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  • Les Haut-Parleurs

    Tunisie : qui profite de la pénurie de médicaments ?

    Par Haythem en Tunisie


    #SOCIETE


    C'est la panique chez les Tunisiens qui ont besoin de soins : des dizaines de médicaments ne sont plus disponibles en pharmacie ! Les patients doivent se débrouiller entre eux, à travers les réseaux sociaux. Haythem a voulu comprendre les raisons de cette grave pénurie, entre mauvaise gestion et contrebande.

    Crédits :
    Ecriture et réalisation : Haythem El Mekki
    Image, montage et animation : Houdheyfa Naffeti
    Rédaction en chef : Hélène Seingier, Hanane Guendil

    Transcription

    Mon oncle est décédé parce qu'il n'a pas pu obtenir les médicaments qu'il faut pour soigner son cancer.

    Depuis quelques mois, des Tunisiens lancent l'alerte sur les réseaux sociaux. Ils ont constaté une pénurie au niveau de plusieurs médicaments dont certains sont vitaux. La réponse des autorités se fait attendre et le phénomène prend de l'ampleur, mais aussi la mobilisation. À l'origine, des problèmes structurels au niveau des institutions publiques, mais aussi de la corruption, d (...)

    Mon oncle est décédé parce qu'il n'a pas pu obtenir les médicaments qu'il faut pour soigner son cancer.

    Depuis quelques mois, des Tunisiens lancent l'alerte sur les réseaux sociaux. Ils ont constaté une pénurie au niveau de plusieurs médicaments dont certains sont vitaux. La réponse des autorités se fait attendre et le phénomène prend de l'ampleur, mais aussi la mobilisation. À l'origine, des problèmes structurels au niveau des institutions publiques, mais aussi de la corruption, de la contrebande, et des vautours qui n'attendent que l'agonie d'une santé publique très mal en point. Je suis Haythem El Mekki et je vous parle de Tunis, bienvenue dans Les Haut-Parleurs !

    "Médicaments pour tous", "Où sont les médicaments ?", ou alors "Des médicaments pour les vacances : solidarité entre Tunisiens". Les groupes et les chaînes de solidarité se multiplient sur Facebook. Les familles des patients semblent avoir du mal à se procurer des médicaments. Parmi les premiers mobilisés, il y a Lina Ben Mhenni, célèbre blogueuse et activiste. Atteinte d'une maladie auto-immune qui nécessite un traitement quotidien, elle a constaté la détresse de ceux qui se trouvaient dans la même situation.

    Moi, je prends des corticoïdes. Depuis l'été dernier, parfois, je n'arrivais pas à trouver ces médicaments-là dans les pharmacies. J'ai dû faire des appels sur les réseaux sociaux. Et là, j'ai découvert qu'il y avait d'autres personnes qui avaient le même problème que moi. Pour le cancer de mon père, on se rend compte qu'en fait, le médicament n'existe pas. J'ai dû contacter des amis au Maroc qui m'ont aidé à me procurer ce médicament au Maroc, donc je faisais des allers-retours jusqu'à Marrakech. Il y a certains médicaments qui sont anodins, mais il y en a beaucoup qui sont vitaux pour les patients dont certains antidiabétiques, des produits pour l'épilepsie, des anticancéreux, des produits d'hypertension artérielle. Mais, ceux qui posent problème sont les produits de maladies chroniques, pour les patients dont la vie dépend de ce genre de produits.

    J'ai décidé de lancer quelques groupes d'échanges de médicaments. Oui, on a réussi à aider certaines personnes, mais tout le monde n'est pas sur Facebook !

    Après, mon père a fait un AVC. On va à la clinique. Et là, suite à l'AVC, il a eu une infection bactériologique. Je vais à la pharmacie pour acheter des antibiotiques, un truc de base. Il n'y en a pas ! Première pharmacie, deuxième pharmacie, vingtième pharmacie… Mon oncle est décédé parce qu'il n'a pas pu obtenir les médicaments qu'il faut pour soigner son cancer. Pour comprendre les "raisons de ces perturbations", pour reprendre le lexique des autorités, il faut s'adresser à la Pharmacie Centrale de Tunisie, seul organisme autorisé à importer des produits pharmaceutiques depuis 1961. Sauf que de récents défauts de paiement ont compliqué ses relations avec les fournisseurs. En effet, la Pharmacie Centrale est censée se faire payer par la Caisse nationale d'assurance maladie et les hôpitaux, financés à leur tour par la Sécurité sociale et le fonds de retraite. Il suffisait donc qu'une seule pièce lâche prise et l'effet domino était assuré. (inaudible). Les dettes des structures publiques à l'égard de la Pharmacie Centrale s'élèvent à 880 millions de dinars tunisiens. C'est l'équivalent d'à peu près 300 millions d'euros.

    Et si les caisses nationales ne payent pas la Pharmacie Centrale, c'est parce qu'elles non plus n'ont pas été payées, notamment par les institutions publiques. Mais, si les causes ont créé le problème, ce sont les conséquences qui l'ont compliqué. La nouvelle de la pénurie a causé une certaine panique, mais elle a aussi donné des idées à certains. Le consommateur, le patient tunisien commence un petit peu à s'approvisionner en surstock chez lui. Et les pharmaciens et les (répartiteurs) se sont trouvés dans une situation où ils devaient avoir un léger stock chez eux pour pouvoir assurer toutes les demandes. Ce qui a vraiment créé une distorsion au niveau de la livraison au niveau des officines tunisiennes. Ce phénomène de surstockage va amener à une pharmacie à deux vitesses. Les pharmacies installées au niveau de la capitale qui peuvent se permettre de s'approvisionner auprès de la Pharmacie Centrale directement vont se permettre de surstocker les produits manquants, alors que celles installées à l'intérieur du pays vont voir la pénurie se perdurer et ne pourront pas servir leurs patients.

    En plus, nous avons enregistré des mouvements de contrebande, notamment à travers la frontière sud. Quand on parle des trafics qui touchent les produits d'oncologie, par exemple, ce sont des bandes mafieuses. Il y a une fuite de médicaments à travers les quelques structures publiques.

    Le trentième rapport de la Cour des Comptes révèle que, en cinq ans, une seule clinique publique a donné pour six millions d'euros de médicaments à des patients non pris en charge, et pour quatre millions d'euros à des personnes décédées. Le volume des stocks détournés est loin d'être négligeable. Quant à la contrebande, les statistiques récentes révèlent que dans les régions frontalières, les ventes de l'industrie pharmaceutique connaissent parfois une croissance qui va jusqu'à sept fois la moyenne nationale. Ces facteurs cumulés ont influé négativement sur la situation financière de la PCT et ont engendré le non-paiement des dettes des laboratoires étrangers qui s'élèvent à 500 millions de dinars. Alors que les responsables annoncent des mesures et promettent un retour à la normale des plus rapides, les citoyens se démènent toujours pour dépanner un proche ou même un parfait inconnu. Mais, leurs groupes se font signaler par les utilisateurs et fermer par Facebook, et leurs comptes sont bloqués. Des résidents à l'étranger qui essayent de ramener des médicaments sont menacés d'être dénoncés à la douane. Les vampires de la santé publique n'ont pas dit leur dernier mot. Merci de nous avoir regardés. Je vous invite à découvrir les autres Haut-Parleurs sur notre chaîne YouTube et sur les réseaux sociaux. À bientôt !

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    Publié le 18 sept. 2018
    00:06:06
    Disponible jusqu'au : 19 nov. 2020
    Tous publics
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