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  • Les Haut-Parleurs

    Mon bras de fer pour être relogée


    Par Nassim et Claire en France


    #Société
    Quitter son logement quand on ne l'a pas choisi, ça peut être très dur à vivre. A Roubaix et Lille, les opérations de relogement sont très nombreuses. Nassim et Claire ont rencontré deux Nordistes qui ont plus ou moins bien vécu ce déracinement.


    Crédits :
    Tournage et réalisation : Nassim Sidhoum, Claire Corrion
    DA et rédaction en chef : Hélène Seingier
    Animation et formation : Flora Bellouin, Camille Gallard, Quentin Obarowski
    Merci à l'APU, Asma Boulouiz, Emma Chevaillier
    Archives : France 3, Radio France - Renaud Candelier, La Voix du Nord, eg - Pinterest, ANMT - Archives nationales du monde du travail, Gérald Bloncourt, Table de quartier du Pile
    Chiffre : ANRU - Agence nationale de rénovation urbaine
    Musique : Conscient, Prod. by JAKO
     


    Transcription

    C’est dur, dur, dur, dur de laisser sa maison comme ça et puis d’aller ailleurs.

    Lorsque des habitants d'un quartier doivent être relogés, ils engagent souvent un bras de fer avec les autorités pour que leurs droits soient respectés. Moi, c’est Nassim.

    Et moi, c’est Claire. On a rencontré deux femmes qui ont dû quitter leurs logements dans la Métropole Lilloise. Elles ont plus ou moins bien vécu ce chamboulement.

    En France, depuis la loi Borloo de 2003, (...)

    C’est dur, dur, dur, dur de laisser sa maison comme ça et puis d’aller ailleurs.

    Lorsque des habitants d'un quartier doivent être relogés, ils engagent souvent un bras de fer avec les autorités pour que leurs droits soient respectés. Moi, c’est Nassim.

    Et moi, c’est Claire. On a rencontré deux femmes qui ont dû quitter leurs logements dans la Métropole Lilloise. Elles ont plus ou moins bien vécu ce chamboulement.

    En France, depuis la loi Borloo de 2003, les projets de rénovation urbaine se multiplient.

    Et ils s'accompagnent de démolition de logements. Entre 2004 et 2016, un peu plus de 140 000 logements sociaux ont été démolis.

    Et ça ne compte pas les logements privés.

    Ces projets de rénovation urbaine sont censés améliorer le cadre et les conditions de vie des habitants.

    Pourtant, pas mal d'entre eux sont délogés et se retrouvent souvent dans des logements plus petits et éloignés du quartier auquel ils sont attachés.

    C’est dur, dur, dur, dur de laisser sa maison comme ça et puis d’aller ailleurs. Ce n’est pas nous qui avons choisi de s’en aller, on a choisi une maison, et on s’en va. Là, on est exproprié, donc on est obligé de partir avant qu’ils ne démolissent la maison. On a travaillé dur pour d'avoir cette maison. On avait économisé. Moi, je travaillais et mon mari a travaillé, et des fois, il vend des glaces. Lui, il faisait double tour, (en la lumière) dans les usines. Et moi, j'étais piqueuse chez Boléro.

    Les pouvoirs publics lui ont proposé un peu moins de 80 000 euros pour sa maison, une somme insuffisante pour racheter un logement équivalent.

    De toutes façons, l'argent ne compense pas son déracinement.

    Dans le temps, au Pile, c’était vivant. Le soir, quand il faisait beau, on se mettait devant la porte pour le café, un verre, bavarder, rigoler. Il y avait beaucoup de gens à côté de chez moi. Au Pile, on avait les voisins, les voisines, on s’entendait bien avec tout le monde. Et il suffisait d’aller à la porte pour voir quelqu'un. Tandis qu’ici, derrière, il n'y a personne, devant non plus. J'ai dû tout laisser pour ici. Ici, c'est du balatum qu’il y a par terre, ce n’est même pas du carrelage, ça s'abîme vite. Je ne suis pas contente. J'essaie de mettre mes affaires au même endroit pour me rappeler. C’est des années, des années que j'ai eu ça, ce sont tous les repères que j'avais avec mon mari et les meubles qu'on avait achetés ensemble. Mais, des fois, je cherche, je vais ouvrir : "Non, non, ce n’est pas ici, c’est à côté. Ah non, ce n’est pas ici, c’est à côté". Je suis encore en pièces, je ne suis pas encore bien.

    Yolanda s'est battue pour obtenir son nouveau logement et elle a été soutenue par un groupe de défense des habitants. Les pouvoirs publics lui ont proposée un premier logement qui ne lui convenait pas, mais après trois ans de lutte, Yolanda était fatiguée et a fini par accepter une offre.

    En fait, dans une opération de rénovation urbaine, le rapport de force est souvent très déséquilibré. Vous avez, d'un côté, une société mandatée par les pouvoirs publics, et de l'autre, des habitants, souvent isolés, qui ne connaissent pas forcément leurs droits. Mais, parfois, le bras de fer du relogement se joue dans l'autre sens. Les habitants veulent quitter leurs logements parce qu'il est insalubre, mais les décideurs de la rénovation prennent beaucoup trop de temps pour leur trouver un autre toit.

    C’est le cas d'Élodie qui a dû batailler pour quitter son logement insalubre à Lomme.

    Au début, c'était bien, on aimait bien, c’était notre premier logement, donc avec mon mari, on était heureux. Maintenant, au fur et à mesure des années, ça s’est dégradé de plus en plus. On a attendu, on a pris notre mal en patience. Dès qu'il y avait une fête, comme fêtes de quartiers, on essayait de voir "Qu'est-ce qu’il en est du logement ? Parce que je n'en peux plus", voilà. On insistait énormément. Ça, plus à Vilogia, on leur téléphonait presque tous les jours pour dire : "Où ça en est ? On n'en peut plus, on n'en peut plus". Comme on avait des cafards, je prenais les cafards dans une bouteille et j'ai pris rendez-vous avec Monsieur le Maire dans son cabinet. J'ai ramené ma bouteille et je lui ai dit : "Voilà ce que j'ai dans mon logement" et je lui ai posé la bouteille de cafards sur le bureau. Ce n’est pas une vie. Donc, quand on est arrivé ici, on a vu le quartier, on a dit : "Oui", soulagés. On était content, de toutes façons, on voulait quitter. On n'est vraiment pas déçu. Le quartier est génial. Le logement, franchement, c'est calme, on dort mieux. C’est ça le plus important, on dort mieux. Les enfants dorment mieux aussi.

    Élodie est certes satisfaite de son nouveau logement, mais sa maison est tout de même éloignée du centre-ville et des commerces de proximité. Elle regrette certains de ses voisins, ainsi que le collège de son ancien quartier, où elle était parent d'élève.

    D'ailleurs, son fils n'a pas voulu quitter son collège. Il fait 30 minutes en vélo tous les jours pour s'y rendre.

    Yolanda et Élodie ont réussi à négocier leur relogement, mais souvent, les habitants, isolés et vulnérables, n'ont pas les moyens de se mobiliser.

    En fait, dans ces situations de relogement, il est important de s'informer sur ses droits, d'aller voir des associations de défense des habitants, des avocats, aussi aller voir ses voisins, s'organiser, échanger, s'informer, pour bien montrer qu'on ne se laisse pas faire.

    Avec ces projets de rénovation urbaine, c'est souvent des familles aisées qui viennent remplacer les familles populaires, c’est ce qu'on appelle la gentrification.

    En fait, ce qu'il faudrait, c'est que la rénovation se fasse après une vraie concertation avec les habitants.

    Alors, à quand la ville par et pour les habitants ?

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    Publié le 02 oct. 2018
    00:05:36
    Disponible jusqu'au : 19 nov. 2020
    Tous publics
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