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  • L'invité

    Costa-Gavras

    Invité : Costa-Gavras, cinéaste franco-grec, président de la Cinémathèque française.

    Costa-Gavras, réalisateur de « Z », Palme d'or à Cannes, et de tant d'autres classiques du cinéma francophone, raconte dans ses mémoires « Va où il est impossible d'aller » l'itinéraire qui a conduit un jeune grec émigré sans argent à devenir un jour le président de la Cinémathèque française après un parcours de cinéaste qui n'a jamais renié les engagements politiques de sa jeunesse.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    "Z", "L'Aveu", "Compartiment tueurs", Costa-Gavras a changé peut-être l'histoire du cinéma, en 18 films. Bonjour, Costa-Gavras.  Bonjour.

    On est ravi de vous avoir parce que c'est un livre tout à fait exceptionnel : ce sont vos mémoires, elles s'intitulent "Va où il est impossible d'aller". Ce sont des mots prononcés par un écrivain grec, qui résument ce qu'a été votre vie.

    Oui, c'est vrai. Je suis arrivé en France, je m'attendais à au minimum. Et il m'est arrivé le m (...)

    "Z", "L'Aveu", "Compartiment tueurs", Costa-Gavras a changé peut-être l'histoire du cinéma, en 18 films. Bonjour, Costa-Gavras.  Bonjour.

    On est ravi de vous avoir parce que c'est un livre tout à fait exceptionnel : ce sont vos mémoires, elles s'intitulent "Va où il est impossible d'aller". Ce sont des mots prononcés par un écrivain grec, qui résument ce qu'a été votre vie.

    Oui, c'est vrai. Je suis arrivé en France, je m'attendais à au minimum. Et il m'est arrivé le maximum. C'était un hasard extraordinaire, et une chance formidable que j'ai eue de rencontrer des gens exceptionnels, et qui m'ont aidé, qui m'ont accepté, qui m'ont fait travailler. C'est vrai que derrière ça, il y a beaucoup de travail, évidemment. Mais les gens que j'ai rencontrés, c'était une chance énorme. Beaucoup de travail, comme de passion. Mais quand on dit "Va où il est impossible d'aller", c'est vrai. Quand vous débarquez à Paris, vous ne savez presque pas où vous alliez. Vous aviez rendez-vous avec un autre Grec. Finalement, vous ne pouvez même pas dormir là, vous n'avez pas d'argent. Il disparaît. Il disparaît et je me trouve presque dans la rue. Il fallait trouver un moyen de survivre. Et j'ai eu la chance d'aller à Cité universitaire, d'être accepté, etc. Même avant, vous racontez, vous vous retrouvez dans une chambre d'hôtel miteux, avec des murs en rouge. Ça ressemblait un peu au cinéma, ça. Un petit hôtel… Oui, évidemment. C'est bien, ce sont des souvenirs qui vous restent. On n'a rien… Le taxi m'amène à un petit hôtel, et tout est rouge : les escaliers, il y a de la moquette partout rouge dans ma chambre, un peu pourrie même. Moi, ça m'avait beaucoup épaté, la moquette rouge sur le mur. Et ça m'est resté complètement. Je me souviens de chaque moment, de chaque minute de ces premiers jours. Et puis, par la suite aussi. 

    Vous aviez rendez-vous avec un autre Grec. Finalement, vous vous faites engueuler à l'arrivée parce qu'il a été renvoyé. Vous vous retrouvez à devoir reprendre le taxi en retour, vous ne savez pas si vous allez même pouvoir payer la course.

    Ben oui, parce que je voyais le taximètre qui marchait. Et puis, je n'avais pas beaucoup d'argent évidemment. C'était un moment très dramatique, un moment presque cinématographique, je dirais.

    Vous vous dites, à ce moment-là : "Je vais repartir en Grèce." Parce que là-bas, vous avez toute votre famille, qui voulait que vous soyez tailleur.

    Ben oui. En plus, on ne pouvait pas téléphoner. Il n'y avait pas de téléphone à l'époque pour savoir où est passé ce Grec qui devait m'attendre. Et alors, je suis allé à cet hôtel. Et le lendemain, j'ai trouvé des étudiants à la Cité universitaire qui m'ont aidé, très gentiment. Et la chose a commencé comme c'est là. Parce que vous étiez venu auparavant pour participer à un ballet à Paris. Vous étiez danseur ?

    Danse traditionnelle. Aide chorégraphe aussi, un peu. C'était une façon de travailler et d'essayer de trouver autre chose que la banalité du travail quotidien que je faisais avant. Votre mère, c'est vrai qu'elle vous disait : "Il vaut mieux être tailleur parce qu'au moins, on aura toujours besoin de se chauffer, on aura toujours besoin d'habits." Mon père savait qu'il avait un fils qui n'était pas un élève exceptionnel et qui cherchait un travail. Il cherchait tel ou tel travail, et il espérait que j'allais entrer là, faire carrière dans… Je ne sais pas, je suis allé chez les réparateurs des machines à écrire, ou chez les marchands de tissus.

    Et alors, vous allez à l'IDHEC, l'école de cinéma. Vous vous passionnez pour le cinéma. Vous franchissez les portes de la Cinémathèque, que vous allez aujourd'hui diriger. Et à ce moment-là vous, ne connaissez rien finalement, vous apprenez tout.

    Je ne connaissais rien. Je découvre à la Cinémathèque qu'il y a un autre cinéma que celui de l'action, des cowboys, etc, des pistolets, qu'il y a un cinéma sérieux, grave comme le théâtre. Sérieux et grave. Et je me suis dit : "Ça m'intéresse beaucoup d'apprendre comment ça se fait." Et c'est vrai qu'à l'IDHEC, on apprend tout sur le plan technique. On n'apprend pas quoi choisir, quel film choisir, etc. On apprend la technique. On apprend comme pour écrire. On apprend l'orthographe, la grammaire, tout cela. Ça aide beaucoup, quand même. Vous vous passionnez. René Clément, "La Bataille du rail". Vous vous passionnez pour Abel Gance. Vous découvrez les cours magistraux de Henri Langlois à la Cinémathèque.  Abel Gance, génial. Génial, quand on voit… Même des petits morceaux de ces films qu'on voyait à l'époque, que ce soit "Napoléon", "La roue", etc, tu étais passionné. Comment il a fait à l'époque où il n'y avait pas les moyens que nous avions à l'époque ? Que nous avons encore plus aujourd'hui. C'était des génies du cinéma. Ils ont fait ça à l'époque où on l'appelait le cinéma muet, qui d'ailleurs n'a jamais été muet. Il y avait toujours… Mais des Anglo-Saxons l'avaient appelé muet pour le dénigrer, pour aller vers le cinéma parlant. Et c'est Langlois, à 22 ans, qu'est-ce qu'il a dit ? "Il faut sauver le cinéma muet". Il crée une cinémathèque à 22 ans, avec quelques autres. Cocteau les a aidés, beaucoup. Et ils ont fait la Cinémathèque qui est aujourd'hui la première cinémathèque au monde.

    Vous devenez assistant de grands réalisateurs. On pense évidemment d'abord à Claude Pinoteau. Quel souvenir !  Claude Pinoteau, il cherchait un stagiaire. J'y suis allé, j'ai travaillé avec lui. Après, il me dit : "Tu vas être mon deuxième assistant." Et après, il m'a dit : "On va être tous les deux co-premiers." C'était une chance extraordinaire. Claude, c'était un grand personnage. D'une honnêteté formidable, d'une famille de cinéastes. Son père était déjà cinéaste. Son frère était cinéaste. C'est vrai que rencontrer Claude, c'était une chance. Claude a eu beaucoup d'assistants. Je crois qu'une dizaine de ses assistants sont devenus metteurs en scène. Parce qu'il avait le sens : choisir le bon assistant et leur apprendre comment on fait un film aussi. Les nécessités de l'organisation d'un film.

     Vous vous retrouvez embringué sur des tournages, par exemple "Le triporteur" avec  Darry Cowl. Ce n'est pas tout à fait votre genre de cinéma, mais vous apprenez. Les premier film qu'on fait comme assistant, on est ravi de faire… Darry Cowl était très drôle. On a voyagé beaucoup. On a fait une partie en Espagne. Et malheureusement, le film n'était pas un grand succès. Ce n'était même pas drôle comme tout le monde le souhaitait. "Tout l'or du monde" avec Bourvil, René Clair.

    C'était formidable. Bourvil jouait trois rôles : le père, le fils qui a hérité, et un fils qui était parti en Amérique latine, élevé de lamas. Et ça, c'était une découverte formidable avec Bourvil. C'est un homme d'une gentillesse extraordinaire.

    Une première rencontre déterminante avec Simone Signoret. C'était au moment où vous êtes avec le film "Le Jour et l'Heure". De René Clément. Et de René Clément. Et là, vous rencontrez Simone Signoret. Elle va un peu changer votre vie.

    Oui, parce que je rencontre Simone Signoret, et je m'occupe de son programme : de ses costumes, de tout ce qu'elle devait faire dans le film. Je vais chez elle souvent. Et je rencontre Montand, qui commence à me taper sur l'épaule. Je me sentais tout fier. Pourtant, il chantait. Vous l'entendez chanter avec son pianiste, à s'engueuler avec son pianiste dans la pièce d'à côté. Avec Bob Castella. Oui, il a gueulé. La première fois, je me suis dit : "Ils vont se taper dessus, ce n'est pas possible." Pas vrai du tout, ils s'adoraient tous les deux. Montand lui faisait une confiance énorme. Et après, on m'a invité à la campagne jouer au volley-ball. Et puis, peu à peu… Jusqu'à ce que je fasse mon premier film, qui était "Compartiment tueurs", qui a été fait grâce à lui et à Simone. On ne fait pas de films politiques, au fond. Votre cinéma, ce n'est pas sur la politique, c'est du cinéma tout court.

    On fait du cinéma, on parle des victimes dans la vie, on parle des gens qui réussissent, des gens qui ne réussissent pas. On parle de la vie, ce que le cinéma fait en général. Et c'est magique ? Ça reste magique, pour vous ?  C'est magique, pourquoi ? Parce qu'on fait quelque chose qui peut être vu à travers le monde, partout : en Amérique latine, en Asie, au Japon. Je viens de Chine, et j'ai découvert qu'ils connaissent mes films. En tout cas, pas tout le monde parce que certains sont interdits. Mais les étudiants du cinéma, les étudiants aussi de certaines écoles d'art, ils connaissent mes films. Je ne savais pas. Ils peuvent changer la vie, les films ? 

    Bien sûr. "Z" a pu changer les choses ?

    C'est ce qu'on me dit souvent, mais bon je ne veux pas le savoir.

    C'est vrai ? Je ne veux pas le savoir. Un film agit sur le spectateur d'une manière X ou Y. Le metteur en scène ne doit pas le savoir. On ne peut pas se dire : "Je vais faire des films pour changer ceci et cela." Non, on fait un film parce qu'on aime cette histoire, on veut la raconter aux gens, et puis ça s'arrête là. Et les gens en font ce qu'ils veulent.

    Merci beaucoup. Costa-Gavras, c'était notre invité. "Va où il est impossible d'aller", ce sont ses mémoires, publié chez Seuil. Vous l'avez compris, c'est un livre formidable. Merci beaucoup, Costa-Gavras. Merci à vous.

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