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  • L'invité

    Bernard Cerquiglini

    Invité : Bernard Cerquiglini, linguiste français.

    À l'occasion de la Journée internationale de la francophonie, Bernard Cerquiglini, ancien recteur de l'agence universitaire de la francophonie et animateur de l'émission « Merci professeur », est l'invité de TV5MONDE. Le linguiste français vient de signer une tribune dans « Le Monde » pour dénoncer les retards de l'Académie française dans la féminisation des mots. Son dernier livre « Le ministre est enceinte » est un véritable plaidoyer pour une langue dynamique.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Bernard Cerquiglini. Bonjour. Vous êtes linguiste, professeur à l'université Paris 7. Vous avez dirigé l'Agence universitaire de la francophonie, mais surtout, vous êtes Monsieur Professeur. Je vous dis merci professeur. Ça fait combien de numéros ? 1.300 maintenant. 1.300 numéros ! Je vais en enregistrer encore 45 dans quelques semaines. Un succès qui ne se dément pas sur TV5 Monde, partout. Vous faites vivre les mots, comme ça. C'est toute une équipe et je tiens à saluer, en particulie (...)

    Bonjour Bernard Cerquiglini. Bonjour. Vous êtes linguiste, professeur à l'université Paris 7. Vous avez dirigé l'Agence universitaire de la francophonie, mais surtout, vous êtes Monsieur Professeur. Je vous dis merci professeur. Ça fait combien de numéros ? 1.300 maintenant. 1.300 numéros ! Je vais en enregistrer encore 45 dans quelques semaines. Un succès qui ne se dément pas sur TV5 Monde, partout. Vous faites vivre les mots, comme ça. C'est toute une équipe et je tiens à saluer, en particulier, le réalisateur, Sony Alvarez, qui fait les incrustations qui rendent l'émission si plaisante. Les mots, c'est une aventure. C'est une aventure. Je ne m'en lasse pas, et d'ailleurs, j'ai suffisamment de sujets pour faire peut-être encore un millier d'émissions. Je reçois du courrier,  de suggestions, d'engueulade aussi si on n'est pas d'accord avec moi. Il y a toute une communauté autour de cette émission, spectateurs, téléspectateurs et rédacteurs. Les mots sont vivants. Les mots vous interpellent, les mots vous prennent, les mots vous provoquent. A ce point tel qu'il m'arrive de reprendre une chronique sur une question. La féminisation, j'ai fait beaucoup de chroniques. On va en parler, parce que c'est un vrai sujet. Sur le verlan. Récemment, quelqu'un m'a apostrophé sur le verlan. Je vais répondre. Il y a un débat. L'émission est vraiment interactive.  C'est la Semaine de la langue française, la Journée de la francophonie. Je vais vous poser une question peu provocante. Ça sert à quelque chose, Bernard Cerquiglini, la Semaine de la langue française ? Ah oui, certainement, en particulier le jeu des dix mots. Après vingt ans, nous avons demandé un rapport sur la question. On a vu le nombre d'associations qui se sont saisies de concours, de mobilisations, vingt ans de concours des dix mots, vingt ans de succès. Ça veut dire qu'il y a une demande des gens. Ça veut dire que les gens veulent les mots, veulent avoir envie de la langue française. Bien sûr, certains disent que toute l'année est une année des mots et de la langue française, mais il est bon d'avoir une semaine qui permet de mobiliser les énergies, de célébrer la langue et toutes les langues du monde à travers le français. Vous avez été le recteur de l'Agence universitaire de la francophonie. Dans le monde entier, aujourd'hui, le français recule. Qu'est-ce qu'on dit ? On fait quoi ? C'est quoi ? Une compétition ? Etes-vous sûr qu'il recule ? D'abord, on ne l'a jamais autant parlé depuis qu'il s'est détaché du latin, peut-être 275 millions de locuteurs. On ne l'a jamais autant écrit grâce à Internet, en particulier. On ne l'a jamais autant appris. 100 millions de personnes qui l'apprennent. Recule-t-il ? Il recule dans certains domaines. Tout de même, la Commission européenne, les Nations unies, la diplomatie n'est plus en français. Mais regardez,  vous citez l'Agence universitaire de la Francophonie, plus de 800 universités adhérentes, c'est maintenant la plus grande association d'universités au monde, la seule fondée sur une langue, et cette langue, c'est le français.  Est-ce que l'Académie française recule ou avance sur le français ? On va reprendre cette chronique que vous avez signée dans Le Monde, qui s'intitule : "L'adhésion académique à la féminisation des mots n'est pas une réédition anecdotique". Vous dites que l'Académie française s'est rendue. C'est une réédition. Il lui arrive, comme toute institution humaine, de se tromper ou de changer d'avis. Elle l'a fait déjà entre le dix-septième et le dix-huitième siècle, refusant d'abord puis acceptant les accents, dont l'accent circonflexe. Ce n'est pas une anecdote. Certes, elle s'était trompée sur la féminisation. Elle a reconnu. Elle a longtemps refusé, on va le dire très clairement, la féminisation. Plus de trente ans, de façon très arrogante, très hautaine. Vous dites qu'elle l'écrivait. Dire une ministre, c'est une faute, ça n'existe pas etc. C'était noir sur blanc. Certainement. J'ai consacré tout un livre à la question. C'était violent, dur, misogyne. Pourquoi ? Parce qu'il n'y avait que des hommes à l'Académie française, c'est ça ? Il y avait principalement des hommes. Les ténors de l'Académie à l'époque, Maurice Druon, Jean du Tour, étaient farouchement misogynes, mais les raisons sont autres. Je vais y revenir. L'Académie acceptant la féminisation, elle accepte la francophonie car, outre la misogynie, ce qui a heurté l'Académie profondément dans les années 80 où elle a commencé à se cabrer, c'est que la féminisation était issue du Québec. Ce sont les femmes Québécoises, à l'époque de la Révolution tranquille, qui, acquérant des droits, acquérant la possibilité de faire toutes les professions et d'accéder à toutes les fonctions, ont demandé naturellement que leurs fonctions et professions fussent féminisées. Donc, les Québécoises. Ce sont les Québécois qui ont fait basculer l'Académie française ? C'est le Québec, puis la Belgique, puis la Suisse. Mais quand les Québécoises ont décidé d'être procureure, professeure, écrivaine, autrice, elles n'ont pas pris l'avis de l'Académie française,  laquelle s'est sentie dépossédée. La francophonie, c'est un succès paradoxal pour l'Académie. Elle devrait être ravie de voir que 300 millions de personnes… Elle devrait l'intégrer dans son fameux dictionnaire, par exemple.  On en est là, à mon avis. C'est pour ça que je dis c'est une reddition, mais pas anecdotique. Elle a accepté une variation mondiale de la langue française.  Vous avez publié un livre, Bernard Cerquiglini, l'année dernière. Ça s'appelait Le Ministre est enceinte. Vous trouvez ça joli ou pas ?  Non. Parce que c'est l'inverse, évidemment.  D'ailleurs, sur la couverture, nous avons fait rayer le "Le" par un "La". Mais il y a des femmes ministres qui veulent qu'on les appelle Madame le ministre. Ça arrive encore. De moins en moins. On a envie de dire que le ministre est enceinte. C'est incohérent. Ce qui m'a stupéfait, d'où ce livre, c'est que les puristes, donc l'Académie française, obligeaient à pratiquer un usage totalement incohérent, car déjà, imposer le masculin à une femme, c'est la mettre sous le joug de la masculinité, dire à une femme qu'elle est le ministre. Mais avec les mots, on fait des phrases, et dans les phrases, il y a des accords, des reprises. Le ministre des Sports n'a pas pu sauter en parachute car il est enceinte ou elle est enceinte ? C'est un exemple emprunter au journal Le Monde. Ça reflète la société. Derrière, on voit bien que c'est l'évolution de la place des femmes. C'est normal. La langue a un peu du retard, Bernard Cerquiglini. Il y a toujours un peu de retard.

    La langue a un peu de retard, l'Académie en a eu un peu plus. C'est terminé. Au fond, l'Académie française a maintenu un usage du dix-neuvième siècle, une époque où les femmes n'avaient pas accès aux préfectures, aux ambassades, aux rectorats, où elles n'étaient que l'épouse. L'ambassadrice, à l'époque, c'était l'épouse de l'ambassadeur car elle n'était pas en (inaudible). C'est écrit noir sur blanc. Vous le citez dans les définitions de l'Académie française. Ce qui est stupéfiant, c'est de constater qu'à l'heure actuelle, dans le dictionnaire de l'Académie française, ambassadrice est définie comme épouse de l'ambassadeur. Cette femme n'a pas le droit d'être ambassadrice, à moins d'être la femme d'un ambassadeur. Mais voilà. Or cela a changé depuis la Deuxième Guerre mondiale où on a nommé une femme, en France,  à la tête d'une ambassade, puis une préfête en 1983. Ces femmes sont devenues ambassadrices au sens propre. Il faut que la langue suive, et le dictionnaire. Si on compare, par exemple, le Petit Larousse. Le Petit Larousse a opté, c'est-à-dire que, ambassadrice, femme représentant un Etat auprès d'un autre Etat. Bravo Le Petit Larousse. Et le Petit Robert aussi. Les petits sont les meilleurs. Ils sont meilleurs parce qu'ils sont publiés tous les ans. Je crois que l'Académie devrait se déprendre d'une habitude fâcheuse, c'est de mettre 50 ans à écrire son dictionnaire.  C'est un peu lent. L'usage va vite en ce moment grâce à l'internet, grâce aux réseaux, grâce aussi à une sorte de grande démocratisation de la langue. Les francophones, dans le monde, possèdent la langue et la font bouger. Nous en sommes fiers ici, à TV5.  Merci beaucoup Bernard Cerquiglini. Bonne Semaine de la langue française partout dans le monde, évidemment avec votre chaîne de la Francophonie TV5 Monde. Et Merci Professeur d'avoir été là. Merci beaucoup Patrick Simonin.

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    00:08:19
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