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  • L'invité

    Jacques Weber

    Invité : Jacques Weber, acteur, réalisateur et scénariste français.

    Jacques Weber sort un nouveau livre « L'Entrée des mots », où il mélange ses souvenirs de lecture à son propre parcours et à la marche du monde. Quand la francophonie se fait théâtrale, elle n'est jamais aussi proche de la vérité !

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Jacques Weber. Bonjour. Vous êtes à "L'Entrée des mots" publié à L'Observatoire. C'est un livre absolument intime, personnel mais qui nous touche tous parce qu'il raconte quelque part toute une époque qui raconte votre vie, raconte, vous le dites, cette relation convulsive, presque amoureuse avec les mots, avec les livres, qui a été celle de toute votre vie.

    Oui c'est une chance. C'est une éditrice qui m'a demandé de raconter les livres qui avaient jalonné ma vie donc forcé (...)

    Bonjour Jacques Weber. Bonjour. Vous êtes à "L'Entrée des mots" publié à L'Observatoire. C'est un livre absolument intime, personnel mais qui nous touche tous parce qu'il raconte quelque part toute une époque qui raconte votre vie, raconte, vous le dites, cette relation convulsive, presque amoureuse avec les mots, avec les livres, qui a été celle de toute votre vie.

    Oui c'est une chance. C'est une éditrice qui m'a demandé de raconter les livres qui avaient jalonné ma vie donc forcément à un moment, on tombe sur des traversées d'époque et par les livres et par les moments où on les a lus. Et puis ce qui m'a vraiment intéressé dans cet exercice, c'est que j'ai eu la chance, le privilège extraordinaire de jouer certains des très grands rôles de la littérature, qu'il s'agisse de Monte-Cristo, de Bellamy dont je parle beaucoup et de Crimes et châtiments mais aussi des lectures de Malcolm Lowry et de Marguerite Duras, (inaudible) ou de Jack London. Bref tous les textes dont je parle sont vus sous deux prismes différents, celui un petit peu lointain ou plutôt intime dans le silence de la littérature qui nous unit le lecteur et le texte, et puis celui beaucoup plus, alors baroque, fantaisiste, sauvage qu'il y a toujours dans le travail de laboureur de l'acteur, d'un acteur et son rôle, d'un acteur et son texte. C'est ça qui est formidable… On se rend très vite compte qu'il n'y a pas… qu'il faut faire très attention à la notion de rôle. Un rôle, on ne peut pas prétendre être Monte- Cristo. Oui.

    On peut prétendre être un autre qui ressemble un peu à Monte-Cristo et un peu à soi-même à partir du respect profond d'un texte. Oui, vous dites finalement en y repensant aujourd'hui : "Je me demande si l'acteur que je suis devenu n'est pas en fait un vieux petit garçon qui revient tous les soirs pour être consolé, celui à qui on prend des larmes et qui est content de les donner".

    Oui peut-être, c'est sans doute ça, vous savez, on a tous tous tous, que ce soient les auteurs, les acteurs et dans n'importe quel corps de métier, il y a quand même une nostalgie plus ou moins appuyée, plus ou moins forte ou excessive de l'enfance, c'est évident. Et moi j'ai un souvenir très marquant dans mon enfance, ce sont les faux nez petits et gros de Orson Welles, cet énorme personnage qui avait d'abord l'air d'un Père Noël donc qui me renvoyait toujours à l'enfance mais en même temps dans la puissance qu'il avait, il me faisait penser à l'avenir que je voulais un jour avoir. Moi je paraphrasais Hugo, je disais : "Je veux être Orson Welles ou rien". Et j'ai remarqué qu'il y avait quelque chose très… il y a d'abord le fameux Rosebud qui parle alors on ne peut plus de l'enfance par rapport au faux succès, au succès extrêmement ambigu de Citizen Kane, écrit à 24 ans mais il y a aussi cette façon fascinée qu'il avait de se foutre toujours un masque, et c'était toujours un faux nez, et j'ai trouvé ça très touchant, très enfantin chez cet énorme bonhomme. Oui finalement comme un gamin. Comme un gamin. C'est le monde de l'enfance parce que là, ce qui va dans ce livre ce qui est frappant, c'est qu'au fond, vous dites : "Je retrouve tous ces livres comme un enfant".  Oui. Donc finalement je construis une enfance.

    Oui. Mais je crois que ce qui est important, c'est qu'on… alors ce qui est vraiment marrant, c'est qu'on se goure quand on est enfant. Quand on lit les premiers livres, d'abord on lit des merdes absolument semblables, c'est ce que je vous ai raconté.

    Des livres obligatoires (inaudible) vous détestez ça. Ou alors des livres intégristes et religieux parce que moi j'étais chez les cathos donc on avait droit à des livres absolument épouvantables, qui étaient aussi à droite que la (inaudible) de la France à la sortie des églises. C'était terrifiant. Et puis petit à petit, mais je ne renie pas ça car ces espèces de héros que j'ai aimés, qui étaient pourtant des falsifications absolument effrayantes, m'ont constitué aussi. Et donc après, c'est un regard, la critique se met en place et ce qui est très intéressant, c'est quels que soient les livres qu'on ne peut lire, ils ont toujours une marque extrêmement précise quant à l'époque à laquelle ils sont lus, qu'ils traversent, et les ricochets qu'ils font forcément sur votre enfance où tout se détermine plus ou moins. Oui alors les livres dans le contexte aussi, vous les découvrez, ce qui est formidable, parce qu'avec le contexte de l'époque, des événements. Ah bah oui. De l'histoire, de votre propre vie. Alors (si) par exemple le comte de Monte-Cristo, il y a plusieurs moments où il se livre évidemment vous marquent, notamment à un moment, vous rentrez dans une librairie et ne serait-ce que l'instant où cette femme va monter les escaliers pour aller chercher le livre.  Oui oui oui. C'est que ça aussi, ça vous marque. Je mélange tout parce qu'on mélange souvent beaucoup les choses, alors même qu'on a tendance (inaudible). Vous regardez ses cuisses. Ben carrément je bande. Non mais c'est vrai. C'est sensuel. Bien évidemment. (inaudible).

    Je suis avec mon papa, mon papa veut absolument m'aider à découvrir la bonne lecture, la bonne littérature. Mais il y a un étage pour les enfants, déjà c'est un petit peu énervant et il y a un étage aussi pour les très beaux livres, ça c'est bien, ça fait partie de la sensualité, les très beaux livres. Et puis il y a cet escalier. Et puis cette femme commence à monter l'escalier et là, c'est vrai qu'il y a des jambes que je n'ai jamais pu voir chez ma propre maman mais qui me font d'un seul coup des effets tout à fait troublants, on ne peut pas dire des effets secondaires, j'allais dire plutôt des effets extrêmement primaires qui se situaient un peu dans le ventre, on se dit "Mais qu'est-ce qui m'arrive ?" Et j'avais les mêmes effets que ma première maîtresse d'école. Oui et tout ça c'est dans le livre. Evidemment. Et c'est associé. Bien sûr parce que c'est très important. Et c'est associé à des romans, c'est associer à des (inaudible). Et alors vous dites à un moment : "La réalité est parcellaire, elle nous ment comme elle respire de plus en plus mal. Comme les grands romans, l'acteur reste un pitre qui dit vrai".

    Oui je crois qu'on a besoin de ça et je crois que oui, "les pantomimes des gueux", comme disait Diderot. Mais je crois que le grand grand danger à l'heure actuelle, c'est dans la précipitation non réfléchie voire non méditée à laquelle on nous oblige par les systèmes de compétition et autres choses et le succès obligatoire. Vivre c'est avoir du succès, ça ne veut rien dire, vivre c'est arriver mais arriver à quoi ? On arrive tous au même point, de la poussière donc voilà donc dans ce grand marasme-là, on a parfois besoin de cette espèce de fou où le fou shakespearien, c'est un homme qui dit vrai, où tout est faux. Et dans le cadre où tout est faux pour être vrai, c'est dans le cadre du théâtre, la vie est reproduite chez Shakespeare même à un niveau cosmologique et d'un seul coup, il dit : "Regardez ce cadre royal, c'est celui-là qui est faux mais c'est le fou qui dit vrai". Oui. Et donc je pense que cette nécessité, on la retrouve aussi bien dans la littérature, dans sa rébellion parfois utopique, parfois sur adjectivée comme on peut trouver chez Hugo par exemple et qui fait beaucoup de bien, et on peut le trouver aussi, alors chez l'acteur bien évidemment mais moi ce qui m'amuse beaucoup, c'est de me rendre compte peut-être que ce qui travaille au-delà même des erreurs qu'on peut faire, quand on lit Monte-Cristo, vive ce héros sublime, mais il est tout le contraire de sublime. Oui. C'est un homme qui se trompe, c'est un homme qui empoisonne son enfant. Donc oui, la vengeance est une erreur gravissime. Il reproduit exactement les mêmes horreurs qu'ont fait les gars à son égard. Donc voilà, c'est ça, l'un des thèmes essentiels du livre, qui travaille derrière dans votre conscience. Je suis sûr qu'il travaille cette opposition entre la séduction un peu fausse comme ça du premier abord et l'en creux, c'est ça la grande littérature.

    On voit un rideau derrière vous, là, Jacques Weber. Vous êtes votre titre c'est "L'Entrée des mots". On a l'impression que le rideau va s'ouvrir et les mots vont faire leur entrée. C'est ça le rôle du… hein ? C'est les mots qui rentrent sur scène ? Mais les mots avec… j'ai beaucoup aimé. C'était quelqu'un qui m'a soufflé ce titre, une grande femme de lettres. Et j'ai beaucoup aimé ce titre parce qu'à l'entrée, on est incertain, en même temps on est sûr du lieu où l'on va, derrière une porte, et puis c'est en même temps un certain.. Ça tremble, on a le trac, et les mots c'est ça. Il y a et l'incertitude et le frémissement, la passion et le sens. Et ça c'est… C'est un acteur, c'est sa charge. Il doit se débrouiller avec ce matériel-là.

    Merci Jacques Weber, ça s'appelle "L'Entrée des mots" aux éditions de L'Observatoire. Quel bonheur. Quel bonheur d'avoir un lecteur aussi précis et un vrai lecteur. Allez, les mots ont la parole, j'allais dire, allez Jacques Weber, merci.

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