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  • L'invité

    Tahar Ben Jelloun

    Invité : Tahar Ben Jelloun, écrivain et poète franco-marocain.

    Tahar Ben Jelloun, membre de l'Académie Goncourt, se plonge dans les mystères du sommeil pour tenter de réveiller le monde dans « L'Insomnie ». Dans ce nouveau roman, l'écrivain franco-marocain s'amuse avec les mots pour mieux dénoncer l'égoïsme et l'indifférence qui menacent l'équilibre des sociétés.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Tahar Ben Jelloun. 

    Bonjour Patrick.

    Ça s'appelle L'insomnie, on va parler de ce nouveau livre chez Gallimard. Vous êtes membre de l'Académie Goncourt donc vous n'aurez jamais le Goncourt une deuxième fois.

    Ah ben là ça va, une fois c'est bon. Il faut laisser un peu de Goncourt pour les autres.

    Vous ne ferez pas votre Romain Gary ? Non. Vous ne pouvez pas écrire un livre sous un autre nom puis dire : "voilà je vais le présenter" ? E (...)

    Bonjour Tahar Ben Jelloun. 

    Bonjour Patrick.

    Ça s'appelle L'insomnie, on va parler de ce nouveau livre chez Gallimard. Vous êtes membre de l'Académie Goncourt donc vous n'aurez jamais le Goncourt une deuxième fois.

    Ah ben là ça va, une fois c'est bon. Il faut laisser un peu de Goncourt pour les autres.

    Vous ne ferez pas votre Romain Gary ? Non. Vous ne pouvez pas écrire un livre sous un autre nom puis dire : "voilà je vais le présenter" ? Et vous seriez membre du jury vous-même. 

    C'est un truc qui marche une fois le siècle pas deux.  C'est vrai, mais ça change une vie quand même ?  Ah oui, beaucoup beaucoup. Surtout il faut continuer à écrire, mais bien pour ne pas décevoir les milliers de lecteurs. 

    Et pas dormir parce qu'alors là on va découvrir dans ce livre qu'en tout cas votre personnage, on ne sait pas si c'est un peu vous, a un peu du mal à dormir ? 

    L'insomnie est un mal du siècle, beaucoup de gens se plaignent. Moi je pense que c'est un thème qui concerne beaucoup de monde et moi je suis comme tout le monde un peu insomniaque. Ça dépend des périodes, ça dépend des moments. Mais le fait d'avoir trouvé cette astuce formidable, c'est qu'il a bien dormi le jour où il a tué sa mère.

    C'est ça le livre, c'est ça. C'est quand même terrible, c'est un thriller. Parce qu'en fait, votre personnage plus il tue, plus il assassine et mieux il dort. C'est pas un roman très moral.

    Non c'est pas une morale. En même temps c'est un roman, un thriller, un roman policier où il n'y a pas de police, il n'y a pas d'enquête, il n'y a rien. Le type il fait ce qu'il veut. Mais en fait c'est une métaphore et il tue pas vraiment, il hâte la mort de certains qui sont en fin de vie. (inaudible) 

    Oui il accélère la mort oui.  A certains moments, il veut être utile et tuer utile. Et là son copain lui dit : "Tu sais le tortionnaire qui a zigouillé ton frère et tout, il est très mal on va le liquider". Il va tuer le tortionnaire, parce que lorsque Mohammed VI arrivé au pouvoir, il a quand même indemnisé 29.000 personnes qui ont été victimes de la répression sous le règne de son père. Mais il n'a rien fait pour les tortionnaires, ceux qui vraiment torturaient les gens dans les caves. Et dans le roman donc, mon personnage va liquider un tortionnaire et puis sur le chemin, un pédophile était très connu au Maroc. Donc il fait parfois oeuvre utile, mais parfois il fait aussi pour lui, il tue les gens qui sont en fin de vie pour pouvoir avoir des points crédit-sommeil. C'est ça. Des points crédit-sommeil qui lui permettent de dormir mieux. Oui, il dort bien, il dort profondément, c'est très très bien. Il y a une délivrance qui lui permet de dormir et on peut d'ailleurs faire ça pour autre chose. On peut… Alors son copain lui, c'est la libido. Et il a besoin de tuer pour…

    Il y a beaucoup de sensualité dans votre livre aussi, les femmes quand même aiment faire l'amour.

    C'est un livre avec un sujet grave mais traité avec beaucoup de légèreté. C'est mon premier livre drôle parce que les gens me disent qu'ils rigolent en le lisant. Et c'est peut être l'âge, la sagesse, (inaudible) 

    C'est de l'humour on va dire, un peu noir. En fait on l'a dit, vous l'avez compris, ça se passe au Maroc. Et donc derrière ça c'est une parabole, au fond vous racontez la société marocaine.

    Je raconte l'état des hôpitaux, je raconte les problèmes de l'éducation, je raconte le problème de la corruption. Bien sûr, c'est le cadre dans lequel se passe cette histoire. C'est comme un film, moi toujours j'ai besoin d'avoir un décor où ça se passe, et là où ça se passe c'est le Maroc d'aujourd'hui où il y a des avancées, c'est beaucoup de choses qui vont mal. Et il y a toute l'hypocrisie des islamistes… C'est un livre qui fait un portrait d'un Maroc en évolution, mais avec des choses qui ne vont pas très bien. 

    Et donc vous les dites, carrément, ce sont des choses qui vous énervent. Personnellement vous dites : "j'ai envie de l'écrire". 

    Bien sûr. Mais c'est ça le rôle de l'écrivain, c'est de témoigner sur ce qui se passe dans son pays, dans la société à laquelle il appartient, d'être sévère et en même temps de faire œuvre d'imagination et d'entraîner avec eux les lecteurs dans une… voyager avec lui dans une histoire qui ne tient pas toujours debout. Mais enfin, on dort debout mais pas tout à fait. Parce que le problème, c'est d'arriver quand même à accumuler un certain nombre de points de crédit-sommeil pour dormir et à la fin il veut faire un grand coup, comme tous les gangsters. Il veut vraiment en finir avec l'homme le plus riche du pays et il se rend compte que c'est un entrepreneur, un banquier qui a beaucoup d'argent. Et bon après on verra comme ça se passe. 

    Oui, ça vous permet de dire beaucoup de choses, à travers cette parabole, on va dire, d'humour aussi quelque part parce qu'à la fin, on peut se dire qu'il y aura le repos éternel parce que ce type passe ses journées à préparer ses nuits en fait.

    Absolument et puis j'en veux beaucoup à certaines très grosses fortunes au Maroc qui ne font rien pour le Maroc, qui font de petites choses, qui font (du Zaka), de la mendicité. Mais je vois toujours l'exemple de Bill Gates qui lui, a mis la moitié de sa fortune au service des démunis dans le monde. Et les milliardaires marocains qui sont sur la liste Forbes au niveau international, ils ne font rien, ils ne font rien pour le peuple. Et ça c'est quelque chose qui m'énerve toujours. C'est pour ça qu'un des personnages, celui qui va mourir à la fin, c'est une des grosses grosses fortunes du pays.

    Oui le sommeil, c'est quoi au fond ? Parce qu'au fond, le sommeil est réparateur, le sommeil est criminel. 

    Il est réparateur, mais en même temps quand on ne dort pas, c'est qu'on est tellement angoissé qu'on a peur de tomber dans le trou de la mort. Or au début il comprend ça et il ne veut pas mourir lui. Mais il peut tuer les autres et ça lui permet de dormir à ce moment-là.

    C'est dire qu'au fond vous comparez le sommeil à la mort ? 

    C'est un peu ça. On accepte de tomber, on accepte de fermer les yeux et se laisser emporter. Parfois, je connais certaines personnes qui ne dorment pas parce que vraiment ils ont peur de se réveiller. Et ça c'est une maladie. C'est terrible.

    Mais il y a des rêves, il y a la possibilité effectivement, quand on a la chance de pouvoir dormir. Alors vous avez les trois S, le sommeil sans somnifère. Vous appelez ça les trois S.

    Oui ça s'appelle les salauds. Oui, vous êtes un peu jaloux de ceux qui dorment. Oui, ceux qui dorment tranquillement, sans problème. 

    Au moins, ils ne tuent personne. C'est ça qui est bien.  Ils ne tuent personne, mais on se dit : "pourquoi eux arrivent à s'endormir facilement et pas moi ?" 

    Apprends à négocier avec la nuit, parfume l'espace, retire tout ce qui pourrait lui nuire, élimine images et sons, fais de ta chambre un havre de paix. Finalement le sommeil est une sorte de grande mise en scène. 

    Absolument. Tous les médecins, quand on voit pour le problème de sommeil vous disent : "vous préparez votre sommeil d''abord". Il ne faut pas regarder la télé, il ne faut pas écouter de musique très forte, il ne faut pas lire des livres agités, c'est un peu… c'est un peu la mort. Et on ne prépare pas assez le sommeil. Il ne faut pas manger trop, bien sûr, ça ils ont raison. C'est pour ça que les Anglais dînent à 6 heures de l'après-midi. Comme ça, ils peuvent dormir après. Mais nous au Maroc, ou même aussi en France, les gens dînent à partir de 8h30 ou 9h. Donc quand il y a un grand dîner, pour dormir c'est impossible. C'est impossible.

    Là il y a des secrets là-dedans. Mais on entend bien les choses qui vous énervent. Vous parliez de la télé à l'instant Tahar Ben Jelloun, c'est dans ces émissions un peu clash tout ça, ça vous énerve aussi. 

    Oui il y a beaucoup de vulgarité et de médiocrité qui est devenu vraiment très très très banal. Depuis quelques années vraiment on est dans la très grande médiocrité et les attaques personnelles contre les gens, un racisme qui passe comme ça. Non bien sûr, non mais..  Vous vous entendez un racisme ? 

    Mais vous savez, j'ai été très très très choqué par l'affaire de la petite chanteuse syrienne Mennel, qui avait été… qui chantait Leonard Cohen en arabe et qui a été finalement éjectée de The Voice à cause du fait qu'elle a chanté en arabe et qu'elle avait fait quelques tweets qui n'étaient pas très très très bien. Mais enfin bon, de là à l'éliminer… parce qu'il y a une journaliste qui a dit : "en plus elle a chanté en arabe". Vous vous rendez compte ? C'est comme si elle avait commis un crime. Et ça ce sont des choses que je ne supporte pas. C'est des émissions que tout le monde regarde malheureusement, c'est très très vulgaire, avec beaucoup de bruit et beaucoup de narcissisme… Ça s'appelle donc L'insomnie chez Gallimard; votre nouveau livre Tahar Ben Jelloun, vous n'allez pas vous coucher tout de suite là ? Non non non non non, je ne vais tuer personne. Ah ouais, non. Merci Tahar Ben Jelloun. 

    Merci beaucoup Patrick.

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    00:08:15
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