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  • L'invité

    Fabrice Arfi, Benoît Collombat

    Invités : Fabrice Arfi, journaliste français, responsable des enquêtes à Mediapart ; Benoît Collombat, journaliste français, grand reporter à France Inter. 

    Fabrice Arfi et Benoît Collombat publient, avec d'autres journalistes et un dessinateur, « Des billets et des bombes », la première bande dessinée consacrée à l'affaire Sarkozy/Kadhafi.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Des valises de billets, des morts suspectes, des hommes politiques de premier plan mis en examen, une guerre, c'est presque un polar incroyable. Bonjour, Fabrice Arfi. Bonjour. 

    Vous êtes bien sûr l'un des responsables de Mediapart. À vos côtés, Benoît Collombat pour France Inter. Vous publiez une bande-dessinée que l'on pourrait croire irréelle. C'est un scénario absolument entre les Tontons Flingueurs, mais vous dites que c'est la réalité. Vous dites : "C'est en réalité une'bande (...)

    Des valises de billets, des morts suspectes, des hommes politiques de premier plan mis en examen, une guerre, c'est presque un polar incroyable. Bonjour, Fabrice Arfi. Bonjour. 

    Vous êtes bien sûr l'un des responsables de Mediapart. À vos côtés, Benoît Collombat pour France Inter. Vous publiez une bande-dessinée que l'on pourrait croire irréelle. C'est un scénario absolument entre les Tontons Flingueurs, mais vous dites que c'est la réalité. Vous dites : "C'est en réalité une'bande-vérité'". Vous raconter l'affaire Kadhafi-Sarkozy en BD. 

    Oui, le but, avec Benoît Collombat et d'autres confrères à nous venus d'horizons très différents du journalisme, qu'ils soient de la radio, de la presse numérique, de la presse écrite, de la télé, peu importe, on a voulu mettre en commun nos méthodes journalistiques pour raconter, sous une forme nouvelle, celle de la bande-dessinée, une enquête qui touche, en effet comme vous le dites, une sorte de polar du réel, géopolitique, où on croise à la fois les soupçons de corruption, la guerre, et cet enseignement qui je crois est le nôtre quand on travaille sur ce type de dossier, c'est que l'invraisemblable est parfois vrai. Nous avons fait une BD, dont précisément le but est qu'il n'y ait pas un gramme de fiction dedans.

    Donc, tout est vrai, Benoît Collombat dans cette BD. Votre enquête, du moins, c'est ce que vous avez enquêté…

    On a mis en commun toutes nos informations. En fait, la bande- dessinée agit comme un révélateur dans cette affaire. Vous savez, c'est comme les petits cailloux du Petit Poucet : on rassemble tous les petits cailloux, et tout à coup, on arrive à avoir une photographie de cette histoire qui peut apparaître complexe. La bande dessinée permet de rendre claires des choses qui peuvent être compliquées, comme des circuits financiers. Elle permet de mettre des visages sur les personnages principaux de cette histoire, et de donner du sens à tous ces éléments qui peuvent paraître être entremêlés. En fait, tout le monde pense connaître cette histoire, mais en fait personne ne la connaît vraiment.

    Est-ce qu'on pourrait, d'ailleurs… Fabrice Arfi l'a résumé, on a, vous dites : "Une démocratie achetée par un tyran", en quelque sorte. Vous dites : "Une campagne électorale financée par ce même tyran." Et lequel président élu va ensuite lancer une guerre en semblant découvrir qu'en réalité, c'était un tyran.

    Ce n'est pas tellement nous qui disons ça aujourd'hui, puisque c'est un fait inédit dans l'histoire de la République du point de vue judiciaire. Nous avons un ancien chef de l'État français, Monsieur Sarkozy, qui est mis en examen aujourd'hui par trois magistrats instructeurs du pôle financier pour avoir été stipendié par une dictature à laquelle il va faire la guerre quelques années plus tard, comme vous le dites, en faisant semblant de découvrir que c'est une dictature. Nous, nous ne sommes pas du tout dans la thèse conspirationniste qui consisterait à dire que la guerre a été fabriquée par Nicolas Sarkozy et ses amis, pas du tout. Mais qu'il y ait eu de sa part un opportunisme vis-à-vis des révolutions arabes et de la révolte de Benghazi, ça ne fait pas l'ombre d'un doute ; pas plus qu'il ne fait l'ombre d'un doute que le Nicolas Sarkozy de 2007 et celui de 2012, comme le Mouammar Kadhafi de 2007 et celui de 2011, pardon, sont les mêmes hommes. Ils sont liés par cette tragédie qui, à certains égards, relève de la tragédie shakespearienne. 

    Benoît Collombat, il est raconté dans ce livre, cette affaire : on a les personnages, on les voit, on raconte cette histoire, ça commence par la mort tragique du guide. Et on rappelle comment Nicolas Sarkozy en parlait quelques années auparavant, en disant : "Vous êtes la lumière du monde." 

    Oui, ce qui est fascinant dans cette histoire, c'est que finalement on passe du tapis rouge au tapis de bombes. On a deux animaux politiques, Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, qui ont leur propre stratégie ; Nicolas Sarkozy qui veut conquérir le pouvoir dès 2005, alors qu'il est ministre, il y a des négociations, des rencontres qui s'opèrent entre Nicolas Sarkozy, son entourage, et Mouammar Kadhafi. Et puis, de l'autre, il y a Kadhafi qui, lui, veut gagner une respectabilité. Il annonce qu'il veut renoncer au terrorisme, aux armes de destruction massive… Et voilà, ça va être la rencontre entre ces deux stratégies qui va donner lieu à l'histoire qu'on raconte, et encore une fois, on passe du tapis rouge parce qu'il y a cette visite en décembre 2007 absolument incroyable, où Kadhafi est reçu avec tous les honneurs en France, le pays des droits de l'Homme, et puis quelques années plus tard, la France qui va se retrouver à la pointe de cette coalition militaire, en allant au-delà même du mandat qui avait été accordé par les Nations unies, où l'objectif à peine déguisé, c'est tuer Kadhafi. Il y a les rebondissements dans cette affaire qui ne manquent pas, parce que c'est un vrai polar. Il y a comment on exfiltre le grand argentier de Sarkozy, trois jours avant l'élection présidentielle de 2012. On raconte comment on retrouve un corps qui flotte sur le Danube, et comment un autre qui prenait des notes se retrouve aujourd'hui réfugié, et vient encore d'échapper, il y a quelques mois seulement, à une mort promise.

    Oui, c'est vrai que cette histoire est parsemé d'un certain nombre de morts suspectes et de violence, qui n'est pas qu'une violence symbolique. Vous faites référence, par exemple, à l'homme qui a été retrouvé flottant dans le Danube, en Autriche, à Vienne, dans l'entre deux tours de l'élection présidentielle de 2012. Cet homme, qui est un ancien ministre et Premier ministre libyen, n'est pas n'importe qui dans cette affaire, puisqu'il est celui qui, en 2007, consignait à la mai les versements pour la campagne de Nicolas Sarkozy & Co, si je puis dire. C'est un document capital qui a été authentifié par plusieurs justice européennes, les carnets de cet homme, qui s'appelle Choukri Ghanem, pour une raison simple, c'est que la grande thèse sarkozyste est de dire que l'affaire des financements libyens est une fabrication du régime Kadhafi, à l'aube de la guerre, parce qu'ils allaient se prendre un tapis de bombes sur la tête. Or, nous avons plusieurs documents, notamment ce document de 2007, qui montrent que quatre ans avant, quatre ans avant la guerre, Choukri Ghanem, l'ancien Premier ministre libyen, ne pouvait pas prévoir qu'il y aurait la guerre dans quatre ans. On était à l'heure de la lune de miel. Cette visite inouïe, une forme de remboursement symbolique, comme le pensent les juges, de la présumée corruption franco-libyenne, qui est consignés à la main. Et le carnet original, la copie figure dans les annexes de la BD, parce que nous avons voulu, en plus de la BD, lui adosser à peu près 30-40 preuves documentaires qui montrent que ce dossier est soutenu par des éléments matériels. Benoît Collombat, on va rappeler la présomption d'innocence. Les prévenus, comme le disait Fabrice Arfi il y a un instant, sont présumés innocents pour l'instant, et donc est-ce que cette BD pose problème ?

    Nous, cette BD, on l'a écrite exactement comme une investigation journalistique, avec le même code de la route, avec le même respect d'être au plus près des faits, avec le contradictoire, on donne la version des uns et des autres. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'on a introduit un personnage qui finalement est notre voix, qui est notre voix intérieure collective, qui permet de dire, à chaque instant aux lecteurs, ce qu'ils voient, quelle est la source, d'apporter le complément d'information qu'il faut, pour que le lecteur à chaque moment sache ce qu'il se passe. C'est vraiment très important. C'est vrai que, vous parliez de polar tout à l'heure, il y a un fumet noirâtre, assez nauséabond, qui flotte au-dessus de cette histoire. C'est dangereux d'enquêter sur cette affaire, pour vous.  En tout cas, c'est un constat qui a énormément de témoins clés. On parlait du ministre du Pétrole, Choukri Ghanem, dont le corps a été retrouvé dans les eaux du Danube. Il y a d'autres personnes : une personne qui détenait des enregistrements potentiellement compromettants qui est mort dans des conditions très suspectes. Bechir Saleh, qui est le directeur de cabinet de Kadhafi, qui est le grand argentier du régime lybien, a été victime d'une fusillade, il s'en est sorti par miracle, en Afrique du Sud. Enfin, le climat est extrêmement lourd.

    Pour l'instant, nous avons, encore une fois, trois des hommes politiques qui ont été les plus en vue, dont un ancien chef de l'État, qui sont accusés d'avoir été corrompus, au moins pour deux d'entre eux, par une dictature à laquelle nous avons fait la guerre quelques années plus tard.

    Et les premières révélations, c'était Médiapart en juillet 2011. Comme quoi, ça pris du temps.

    Merci beaucoup, Fabrice Arfi, Benoit Collombat. Cette BD, publiée à la Revue Dessinée chez Delcourt. C'est une autre manière, voilà le travail journaliste d'investigation, de traiter et de rapporter les faits. Merci à tous les deux. Merci à vous.

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    00:08:24
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