Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Frédéric Beigbeder

    Invité : Frédéric Beigbeder, écrivain et réalisateur français.

    Écrivain, cinéaste et éternel dandy parisien, Frédéric Beigbeder a décidé de retrouver la vertu des choses simples. « La frivolité est une affaire sérieuse » est le récit de ses chroniques : un regard léger qui cache peut-être une profonde mélancolie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Frédéric Beigbeder. Bonjour. On vous voit avec la même pause que la couverture de votre livre. J'essaye d'imiter la photo. C'est une position de penseur. C'est ça. Je voulais réellement que les gens croient que je suis un intellectuel. Vous êtes un intellectuel. Je vais même reprendre une expression, vous êtes le Jean-Paul Sartre des années 2010. C'est ce qu'a dit de vous, Houellebecq. C'était dans un roman, La carte et le territoire. Je pense que c'était une blague. Vous croyez ? C'est (...)

    Bonjour Frédéric Beigbeder. Bonjour. On vous voit avec la même pause que la couverture de votre livre. J'essaye d'imiter la photo. C'est une position de penseur. C'est ça. Je voulais réellement que les gens croient que je suis un intellectuel. Vous êtes un intellectuel. Je vais même reprendre une expression, vous êtes le Jean-Paul Sartre des années 2010. C'est ce qu'a dit de vous, Houellebecq. C'était dans un roman, La carte et le territoire. Je pense que c'était une blague. Vous croyez ? C'est mon premier essai. J'ai quand même écrit pas mal de choses depuis trente ans. Je n'avais jamais fait un livre de non-fiction totale. C'est le premier. C'est ça. Ça s'appelle La frivolité est une affaire sérieuse, publié aux Editions de l'Observatoire. Ce sont des articles depuis 34 ans. Vous ne pouvez pas vous empêcher d'écrire dans des magazines, sur toutes sortes de choses, sur l'air du temps, sur vos soirées, sur tout ce que vous vivez.  Au départ, c'était très superficiel. J'ai commencé comme chroniqueur mondain, puis chroniqueur nocturne dans des journaux qui n'existent plus. Progressivement, je me suis intéressé à la journée, ce qui se passait, par exemple les défilés de mode, que des choses très légères. Les Fashion Week, comme on dit. De fil en aiguille, j'en suis arrivé à réfléchir parfois. Mais vous aimez bien vous moquer du monde dans lequel vous vivez. Je crois qu'il y a beaucoup de choses absurdes. Plus on regarde l'actualité, plus ça confirme que la légèreté est un combat. Il y a 99 essais. Ça tombe bien, 99, c'est votre chiffre porte-bonheur. Oui, j'espère. Il ne coûte pas 99 euros, parce qu'on est passé à l'euro. Malheureusement, il est vendu beaucoup moins cher. Je me suis dit qu'il faut un chiffre. C'était une centaine, alors 99. D'ailleurs, bizarrement, ça me porte chance parce qu'il ne marche pas trop mal, le livre. Vous dites, je croyais que j'étais un écrivain de la futilité du monde, mais je me suis rendu compte que j'étais un auteur engagé. Il y a eu, entre mes débuts et aujourd'hui, pas mal de tragédies, dont les attaques contre les caricaturistes de Charlie Hebdo. Je me suis aperçu que se moquer de tout pouvait, pour certains, être un crime passible de la peine de mort. A partir de là, ce n'est pas que je me prends au sérieux, mais je m'aperçois que c'est très sérieux. Faire la fête, c'est sérieux. On va dans des endroits avec des amis pour boire un coup et on se fait tirer dessus. Il y a un certain nombre de libertés en danger ou qui embarrasse des personnes abruties. J'ai envie de défendre une frivolité qui est, à mon avis, une valeur fondamentale. Comme vous le dites, c'est être engagé. C'est le droit d'être libre, au fond. C'est quoi, la frivolité ? Tout, la nonchalance, la paresse, la séduction, arriver à rencontrer quelqu'un aujourd'hui est devenu compliqué. Beaucoup de choses sont interdites. J'ai passé ma jeunesse, ma vie à voir les libertés s'amenuiser,  jour après jour. C'est assez bizarre. Pourquoi est-ce qu'on a besoin d'être protégé autant que ça, par l'Etat ou par la santé publique. Vous avez une expression. Vous dites que l'Etat veut me protéger, et pourtant, ce n'est pas un préservatif. Non, je ne crois pas. Vous comparez l'Etat à un préservatif. C'est assez bizarre. Les gens demandent beaucoup à l'Etat comme si c'était leur père. C'est un peu paternaliste comme façon de gérer les citoyens. Pour moi, les citoyens sont des adultes libres qui ont droit de faire ce qu'ils veulent. On devrait l'autoriser le plus possible. Je suis un libertaire, si vous voulez. Etre libertaire, en Mai 68, c'était normal. Aujourd'hui, c'est presque bizarre. C'est le droit, par exemple, d'aimer des femmes nues, de vivre au milieu de ce monde frivole, de commenter les choses. J'ai été censuré par Facebook quand j'ai publié une photo de Mireille Darc aux seins nus. J'ai beaucoup écrit sur ça. Pourquoi la nudité féminine redevient un problème,  alors qu'elle ne l'était plus dans les années 70 ? Pourquoi il y a des régressions dans beaucoup de domaines ? Ce sont des choses qui peuvent paraître anodines. Aller voir un concert de rock et être exterminé, ou les massacres dans les boîtes de nuit en Floride ou à Istanbul. Vous dites d'ailleurs, ce qui est pire, exterminer par des types en jogging. Ça vous gêne encore plus. En plus des gens que je trouve mal habillés. Oui, c'est vrai. Ce n'est même pas moi qui ai dit ça. C'est une des victimes du Bataclan dans le documentaire des frères Naudet, qui dit "Je n'allais quand même pas mourir, assassiné par un type en jogging". Je trouve que c'est assez beau, dans un environnement aussi violent, d'avoir une pensée aussi futile. Je trouve que c'est magnifique, ce qu'il a dit. Et des idées lumineuses. Vous dites qu'il faudrait faire un moratoire contre la connerie. Non mais vraiment ? Comme disait le Général de Gaulle, vaste programme. Il y a du boulot. Il y a une majorité de gens qui ne sont sur les réseaux sociaux. Ces gens-là ne s'expriment pas, donc on a l'impression que c'est important, mais la plupart des gens s'en foutent aussi. Il faut quand même dire la réalité. Je pense qu'on n'est pas obligé de faire partie du nouveau monde.

    Vous lancez un appel. Vous dites : "A vous tous, humains, fragiles, blessés, comme moi, qui vivez dans ce monde de frénésie ostentatoire et prétentieuse que sont les réseaux sociaux, rejoignez-moi". Ralentissez. Ralentissez le rythme. On le sait aujourd'hui, et là, je deviens presque politique, c'est cette frénésie consumériste qui nous tue. Je le répète ça depuis vingt ans. 99 francs, c'était en l'an 2000. Maintenant, on le voit. C'est la fin du monde. Tout le monde parle de la fin du monde. Il faut ralentir il faut changer de vie. Il faut vivre autrement. La paresse me paraît un bon chemin. L'oisiveté, la paresse, la lenteur, retrouver le contact avec la nature, s'occuper de ses enfants, s'occuper des autres. C'est un grand changement, Frédéric Beigbeder. Vous dites vous-même, j'étais un amateur du bruit, et maintenant je cherche le silence. C'est l'âge ou quoi ? Sûrement. Il y a une part de ça, mais c'est pas mal parce qu'avec l'âge, vient la sagesse. Aujourd'hui, on n'a plus le choix. D'ailleurs, je suis pour le bordel, donc je trouve que c'est pas mal ce qui se passe en ce moment avec les Gilets jaunes. Je trouve que c'est pas mal qu'il y ait cette agitation. C'est très bien. Je crois que la panique que ressentent beaucoup de gens, l'angoisse que ressentent les gens, c'est aussi de ne pas avoir prise sur l'économie. En fait, on a tous tout à fait un pouvoir sur l'économie. Un des pouvoirs, c'est évidemment de punir les marques qui polluent la planète, mais aussi de vivre plus lentement, de retrouver une vie plus naturelle, plus authentique aussi. Plus simple. Plus simple et plus vraie parce que la frivolité, c'est quoi au fond ? La frivolité, c'est une forme de résistance. Vous dites d'ailleurs, j'aurais pu appeler mon livre résistance, comme Macron a appelé son livre Révolution, mais là, je vous laisse continuer. J'ai un peu plus le sens du ridicule que lui. Il ne faut pas non plus se prendre trop au sérieux. Ce que j'en englobe sous le terme de frivolité, c'est un certain mode de vie, un art de vivre, le goût pour la beauté, pour regarder les nuages, regarder la mer. Ça ne coûte pas d'argent. On peut vivre probablement beaucoup mieux en travaillant moins et en étant moins dépensier. J'ai tendance à penser que tout se réglera si les riches sont moins riches et les pauvres un peu moins pauvres, c'est-à-dire qu'on se rapproche. C'est le côté un peu coco du bouquin. Il faut prendre un petit peu plus d'argent aux riches et le donner aux gens qui n'en ont pas. Vous avez commencé coco, non. J'ai conseillé Robert Hue.  Vous avez été un communiste. En 2002. Bien sûr, j'étais au siège social, la place du Colonel Fabien. Malheureusement,  le PC n'est plus là. C'était tellement beau. La frivolité, en tous les cas, est une affaire sérieuse. 99 essais aux Editions de l'Observatoire. Merci beaucoup Frédéric.  Merci beaucoup.

    Voir plusmoins
    00:08:22
    Tous publics
    Tous publics