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  • L'invité

    Denys Arcand

    Invité : Denys Arcand, réalisateur, scénariste, acteur et producteur québécois.

    Récompensé dans le monde entier, avec notamment l'Oscar du meilleur film étranger pour « Les Invasions barbares », le cinéaste québécois Denys Arcand boucle sa trilogie commencée avec « Le Déclin de l'empire américain ». Cette fois, c'est l'argent qui est au coeur de son nouveau film « La Chute de l'empire américain ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    "Le déclin de l'Empire Américain", "Les Invasions Barbares", "La Chute de l'empire américain", Oscar à Hollywood et puis célébré dans le monde entier. Bonjour, Denys Arcand. Bonjour. C'est un grand plaisir de vous accueillir. J'ai entendu à Radio-Canada, on vous a qualifié du "pape du cinéma québécois", c'est un titre ! Ça ne rajeunit personne. Ça vous va ça, "le pape" ? Oh écoutez, on peut dire ce qu'on veut. Oui. Parce que vous êtes là et votre cinéma marque à chaque fois. Vous avez quelque ch (...)

    "Le déclin de l'Empire Américain", "Les Invasions Barbares", "La Chute de l'empire américain", Oscar à Hollywood et puis célébré dans le monde entier. Bonjour, Denys Arcand. Bonjour. C'est un grand plaisir de vous accueillir. J'ai entendu à Radio-Canada, on vous a qualifié du "pape du cinéma québécois", c'est un titre ! Ça ne rajeunit personne. Ça vous va ça, "le pape" ? Oh écoutez, on peut dire ce qu'on veut. Oui. Parce que vous êtes là et votre cinéma marque à chaque fois. Vous avez quelque chose qui fait que vous avez tellement de choses à dire. Oui, je ne sais pas d'où ça vient mais en tout cas, oui je le dis, j'espère qu'il y a des gens qui auront du plaisir à m'écouter, c'est ce qu'on espère à chaque fois. Dans un dîner avec des hommes d'affaires en France, vous avez entendu une réflexion ? Oui, une réflexion sidérante. Parce que quelqu'un faisait référence à Jean-Marie Messier et à la grande faillite à cette époque-là, dont il a été tenu responsable. Et quelqu'un a dit, c'était d'ailleurs le ministre des Finances, qui a dit : "C'était quand même quelqu'un de très intelligent". Et là, il y a un homme d'affaires célébrissime, qui a dit : "Vous savez, en affaires, je ne crois pas que l'intelligence soit un grand avantage. Je dirais même que c'est un handicap". Et cette phrase me hante, elle me hante depuis le jour… L'avantage, la force d'être idiot, en fait. Ce n'est pas tout à fait idiot, mais pas trop brillant. Idiot non, mais pas trop intelligent. Parce que j'ai recommencé à penser à tous les gens hyper brillants que j'ai connus, qui sont isolés, qui sont profs, mais dans un collège isolé ; qui écrivent des livres, mais que personne ne lit, qui n'ont pas de reconnaissance publique, qui sont super intelligents. Et en même temps, des crétins finis que je connais, qui ont des postes importants… Ne citez pas de noms ! …au gouvernement, qu'on voit à la télé tous les soirs. On se dit : "Non, ce n'est pas vrai" ! et c'est le triomphe du crétinisme. Et cette hantise de cette phrase-là et de cette situation-là, ça a amorcé - disons - la première scène de ce film-ci. Oui. Ça s'appelle "La Chute de l'empire américain", le nouveau film-événement de Denys Arcand. Regardez.

    "Je suis prêt à commettre un crime n'importe quand, mais il ne faut pas qu'il y ait des victimes. Il y a toujours des victimes.

    La police, c'est le gouvernement. Il est toujours là pour te nuire, tout le monde sait ça. C'est pour ça que les gouvernements veulent faire disparaître le cash. Ils contrôlent tout le reste.

    Personne ne sait combien d'argent il y a en circulation dans le monde, des milliards, des milliards. Ce qu'on peut dire, c'est vous êtes un spécialiste…"

    C'est incroyable ! Le scénario de ce film est comme une mécanique qui se met en marche. Oui, oui. C'est la mécanique du monde d'aujourd'hui. Oui mais en même temps, c'est un avantage de faire un film qui est un peu un polar, puisque comme c'est quelqu'un qui trouve deux sacs d'argent, entre 10 et 12 millions de dollars. À partir du moment où vous avez ça comme élément dans un film, ça devient un film policier, parce qu'il va y avoir des policiers. Un thriller, un thriller. Ça devient un thriller et pour les cinéastes, c'est toujours une joie extraordinaire. Ça faisait très longtemps que je n'avais pas fait un truc avec des revolvers, puis des gens qui tirent. Et c'est un plaisir, c'est un plaisir enfantin. C'est le même que certains ont à faire un western ou à faire une comédie musicale. Il y a des codes dans le cinéma et ça, c'est un code qui est le film noir, le film policier. Exactement. Et c'est formidable de retrouver ça. Il y a ce personnage qui a fait des études de philo, qui se retrouve finalement livreur, enfin en tous les cas, il est… Oui. Et il y a donc ce hold-up, qui est devant lui et il va se retrouver avec ces sacs. Et finalement, il bascule dans un autre monde.

    Oui, c'est ça. Mais je me disais : souvent dans les films, justement dans les films policiers, le type qui trouve l'argent ou qui vole l'argent, il est un peu bébête et il fait des fautes primaires, ce qui fait qu'à la fin, les policiers le ramassent. Moi je me disais : "Si c'était un docteur en philosophie, il ne ferait pas de fautes primaires, il serait assez intelligent pour savoir : "Je ne connais pas l'argent, il y a des gens qui connaissent ça. Je vais me trouver des conseillers"". C'est ça qu'un homme intelligent fait. Et donc, il va à une sortie de prison, pour chercher un criminel… Oui, il va trouver un conseiller qui est un ex-taulard… Oui, c'est ça. …dans un gang de motards. C'est ça. Et c'est un spécialiste de l'argent, parce qu'il lessivait l'argent pour les motards. Donc il lui dit : "Aidez-moi".  Et c'est ça. Et puis là même lui, il n'y arrive pas tout à fait. Mais avec une call-girl de très haut niveau, ils disent : "Il y a quelqu'un d'autre, il y a des spécialistes du trafic de l'argent, du blanchiment d'argent, on va trouver ça". C'est ça. L'escort-girl, c'est Maripier Morin. C'est ça. Mais c'est un autre personnage, qu'on ne voit pas beaucoup à l'écran. On voit souvent des prostituées, mais c'est des pauvres filles,  paumées etc., elle, ça va très bien. Et elle sait elle-même comment manipuler l'argent. Elle est elle-même riche, elle manage sa fortune et donc tous ces gens-là, font une société de criminels que j'adore, qui sont sympathiques et qui sont bien. Et qui en fait, prouvent le contraire de la prémisse du film, c'est qu'en étant intelligents, ils réussissent à s'en tirer. Oui. Oui, parce qu'ils vont aller affronter ce monde de l'argent, terrible, mais ils vont finalement être plus forts, que tous ces milieux financiers.

    Oui. C'est ça. Mais c'est l'intérêt de faire ça, puis c'est l'intérêt d'avoir une sorte de "happy ending", où ils réussissent à s'en sortir et en plus, à faire du bien avec l'argent de surplus qu'ils ont.

    Oui. Oui, on va revoir des images de ce film. Parce que derrière, il y a une vraie morale, Denys Arcand. Oui oui, la morale c'est que l'argent en soi n'est ni bon ni mauvais, c'est ce qu'on en fait. Oui. Et il y a aussi une dénonciation, quand même, de ce capitalisme fou, de ce capitalisme qui oublie l'homme, qui n'a plus d'intérêt pour l'individu.

    Pourquoi croyez-vous qu'il y a tant de monde dans la rue, qui proteste ? Ils doivent protester pour des raisons données. Oui. Ça vous a donné envie ça, de le dire.

    Oui, bien sûr. Eh bien oui, c'est ça. Et puis vous sentez ça partout, dans le monde entier. Maintenant, il y a cette espèce de grondement populaire, qui est informe, mais qui est là : le Brexit, les électeurs de Donald Trump, vos "gilets jaunes" etc., c'est tout le même phénomène, ça.  C'est des gens qui se disent : "Non, ça suffit. ! On ne peut pas continuer". Mais ils ne proposent rien, parce on n'en a pas de propositions, mais c'est juste qu'il faut trouver autre chose. Oui. Et vous disiez : "Il y a Donald Trump". Oui. Mais vous avez dit un jour dans une interview : "Après, il y aura Néron". C'est-à-dire ça va continuer. Ah oui. Non ça, les États-Unis, ça ne va pas s'améliorer, ça c'est sûr, parce que le pays est devenu de plus en plus ingouvernable. Et puis pour toutes sortes de raisons, on ne va pas entrer dans un cours de sociologie - ou je ne sais pas quoi -, mais c'est mal barré, ça c'est sûr. Oui.

    Mais il y a moyen de s'en tirer, mais il faut trouver des solutions un peu partout, puis il n'y a pas de solution simple. Pendant très longtemps, on se disait : "Bon, le socialisme va triompher". Alors c'est une solution relativement simple, à laquelle on pouvait croire, jusqu'en 1980. Puis tout d'un coup, on s'est dit : "Non, ce n'est pas ça. Ce n'est pas ça, parce que l'ultime socialisme, ça mène au goulag. Alors qu'est-ce qu'on fait sans ça" ? Et il n'y a pas de plan, il n'y a pas de solution claire. Ce n'est pas simple, parce que toutes les gauches, dans tous les pays du monde, ne savent plus quoi proposer. Oui. C'est ce qui explique le désarroi de l'ensemble de la population. Qu'est-ce que vous feriez avec 12 millions de dollars, Denys Arcand ? Ah rien, moi, je n'en ai pas besoin. Je ferais un autre film, probablement, c'est la mauvaise habitude que j'ai..

    Merci beaucoup, Denys Arcand, on était très fiers de vous recevoir. "La Chute de l'empire américain", le nouveau film-événement, donc qui est sur les écrans. Merci beaucoup Denys Arcand, d'avoir été notre invité. C'était un plaisir d'être ici. Merci. 

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