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  • L'invité

    Luc Ferry

    Invité : Luc Ferry, philosophe et politologue français.

    L'ancien ministre français de l'Éducation nationale, Luc Ferry, publie son « Dictionnaire amoureux des philosophes » et affirme que, par ces temps troublés, le monde peut trouver les réponses aux questions qu'il se pose chez les grands penseurs.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Luc Ferry. Vous êtes philosophe, mais surtout amoureux de la philosophie. Vous n'êtes pas le seul. C'est une véritable passion au-delà des frontières. Pourquoi la philo passionne comme ça ? C'est amusant. C'est un critère très superficiel mais quand même, depuis quatre ou cinq ans, les philosophes Français ont tous fait, ceux qui comptent, la une des grands hebdomadaires. C'est quand même un signe. Ils ont presque remplacé les politiques à la une des grands hebdomadaires. Pourquoi ? Parc (...)

    Bonjour Luc Ferry. Vous êtes philosophe, mais surtout amoureux de la philosophie. Vous n'êtes pas le seul. C'est une véritable passion au-delà des frontières. Pourquoi la philo passionne comme ça ? C'est amusant. C'est un critère très superficiel mais quand même, depuis quatre ou cinq ans, les philosophes Français ont tous fait, ceux qui comptent, la une des grands hebdomadaires. C'est quand même un signe. Ils ont presque remplacé les politiques à la une des grands hebdomadaires. Pourquoi ? Parce qu'on vit dans un monde, je vais vous dire une grosse banalité, mais ce n'est pas parce que c'est banal que c'est faux, on vit dans un monde très, très incertain, très difficile à comprendre. Il y a la révolution de l'intelligence artificielle. Il y a des nouvelles technologies. Il y a mille choses qui se passent. Le monde est redistribué aussi politiquement et géopolitique autrement. Beaucoup de chefs d'entreprise aussi s'intéressent aujourd'hui à la philo parce qu'ils ont envie de comprendre ce qui nous attend dans les dix ans qui viennent.

    On pense que Spinoza ou d'autres vont nous donner des réponses pour aujourd'hui. Parce que ce sont quand même des clés de compréhension du monde. Il y a aussi le fait, c'est tout le fil conducteur de ce dictionnaire, que les grandes philosophies sont des tentatives de répondre, et d'ailleurs des tentatives assez successfull, pour parler en bon français, des tentatives de répondre à une question fondamentale qui est : qu'est-ce qu'une vie bonne pour les mortels ? Qu'est-ce qu'on fait là ? Comment réussir sa vie ? Quel est le sens de la sagesse ? Philosophie, ça veut dire amour de la sagesse, la quête de la sagesse. En gros, il y a cinq grandes réponses à la question qu'est-ce qu'une vie bonne pour les mortels, toutes liées à l'idée d'harmonie, l'harmonie avec le cosmos pour les Grecs, l'harmonie avec le divin pour les croyants,  l'harmonie avec le reste de l'humanité pour les humanistes, comme vous et moi j'imagine. Ma liberté doit s'arrêter là où commence celle d'autrui. Cette petite phrase n'a l'air de rien, mais elle est en vérité très profonde. C'est la naissance de l'humanisme moderne. L'harmonie avec soi-même, c'est ce que vous trouvez déjà chez Freud et dans la psychologie positive  aujourd'hui, par exemple. Et l'harmonie avec les gens qu'on aime. C'est plus difficile. Ce sont cinq grandes réponses. On peut trouver des réponses. Ce ne sont surtout pas les questions. Il n'y a pas la vérité. On peut ouvrir des portes, mais est-ce qu'on peut les fermer ? Très souvent, on dit que la philosophie, c'est l'art des questions. Non, les questions sont très bêtes en vérité. Ce sont les réponses qui sont passionnantes. La question c'est : qu'est-ce que la vérité. La question c'est : qu'est-ce que le bien ou le mal, le juste. La question c'est : qu'est-ce qu'une vie bonne pour les mortels. Ce sont des questions assez banales. Les réponses, en revanche, sont géniales. Les très grands, comme Spinoza, Kant, Platon, Aristote, Homère, Homère est vraiment génial, Nietzsche ou Heidegger, Heigel, Heigel est grandiose, les grandes réponses sont magnifiques. C'est beaucoup plus intéressant que les questions.  Il y en a d'autres qui essaient d'apporter des réponses à ces questions- là. Il y a le monde religieux. Il y a politique. Ils n'y parviennent pas. Vous dites que la philosophie peut réussir ce que les autres ne parviennent pas à faire. Qui attend sérieusement de François Hollande ou de Sarkozy ou de Macron qu'il apporte une réponse à la question du sens de sa vie. Franchement,; je crois que même quelqu'un de très niais, ne va pas y croire. Il y a les religions et les philosophies. La religion elle donne une réponse. Les religions donnent une réponse à la question : qu'est-ce qu'une vie bonne pour les mortels,  mais elles donnent une réponse qui passe par la foi et par Dieu. Par exemple, ce que vous prenez le Christ, j'aime beaucoup l'Evangile de Jean, je ne suis pas croyant, mais j'adore l'Evangile de Jean, adorer est le mot. Le fameux épisode de la mort de Lazare, souvenez-vous. Jésus attend que le corps de son ami soit pourri, qu'il sente mauvais, dit le texte de l'Evangile. Là aussi, je le raconte dans le livre. Il attend pour pratiquer cette fameuse résurrection avec un thème très profond, l'amour est plus fort que la mort. Vous allez retrouver ce que vous avez aimé après la mort. C'est la grande réponse religieuse, en tout cas dans le christianisme. Mais il faut avoir la foi. Elle passe par la foi et par Dieu. Les grandes philosophies apportent des réponses à la même question : qu'est-ce qu'une vie bonne, quel est le sens de la vie, qu'est-ce que la sagesse, mais sans passer par dieu, sans passer par la foi. Par exemple, dans votre Dictionnaire amoureux, on y trouve des entrées comme féminisme. Ce sont des grandes questions d'aujourd'hui. Oui parce que toutes ces grandes questions qu'on appelle, en général, les questions de société, elles renvoient à des questions philosophiques et même métaphysiques de fond. Qu'est-ce qu'un être humain ? Qu'est-ce que l'Homme ? Grande question. Est-ce que c'est un être de liberté ? Est-ce que c'est un animal politique. Dans cette question générale, qu'est-ce que l'Homme, quelle est la spécificité du masculin et du féminin ? Même avec des questions apparemment presque politiques comme celle-là, qu'est-ce que c'est que le féminisme. Je raconte l'histoire. Il y a deux grandes traditions féministes. Il y a une tradition américaine et une tradition française pour aller vite. Les tenants de la parité, c'est plutôt la tradition américaine. On a le républicanisme français avec notamment Elisabeth Badinter, mais même déjà Simone de Beauvoir. On a deux grandes traditions philosophiques qui vont s'opposer sur la question du féminisme, à l'intérieur même du féminisme. C'est un exemple très passionnant. Je ne peux pas le développer, mais si vous prenez les vingt ou trente pages qui y sont consacrées, vous trouverez à la fois les références, mais surtout les fils conducteurs qui font qu'il y aura deux féminismes très différents dans la modernité.  Par exemple, je trouve euthanasie. Encore un autre sujet, la question de la vie de la mort. Vous parlez de la folie. On peut décrypter l'actualité. On peut décrypter le monde.  Très sincèrement, je ne dis pas ça pour vendre le dictionnaire, mais je pense que sans la philosophie, on ne comprend strictement rien à ce qui se passe aujourd'hui. Je pense que c'est une clé de compréhension du monde qui est beaucoup plus puissante que la sociologie par exemple. L'histoire est très importante parce qu'il y a d'ailleurs une histoire de la philosophie. Nous vivons dans ce que Heidegger appelait le monde de la technique, c'est-à-dire un monde dans lequel la compétition entre les entreprises,  entre les laboratoires scientifiques,  entre les nations, est telle que, c'est comme dans la physique de Newton, ce sont des petits vecteurs qui poussent à l'innovation, qui font les moteurs de l'histoire, mais la résultante, personne ne la voit aujourd'hui. C'est une des raisons pour laquelle la philosophie est redevenue à la mode. C'est parce que cette résultante de l'histoire, personne ne la voit, personne ne la maîtrise aujourd'hui. On est dans une mondialisation. Personne ne sait ni quel monde nous construisons, ni pourquoi nous le construisons. Ce sont des questions philosophiques de fond. Est-on physiquement capable d'aller aussi loin, d'aller chercher plus loin ? En tout cas, on n'arrête pas. Ce qui va caractériser l'histoire de la pensée, l'histoire des sciences, pour y revenir, c'est le fait que ça ne s'arrête jamais. Pourquoi ça ne s'arrête jamais ? Parce que nous sommes situés dans un temps qui est lui-même infini, qui est infini dans l'avenir et infini dans le passé. Par conséquent, plus on comprend, plus on sait, plus on sait qu'on ne sait pas. Il y a toujours une part d'obscurité dans toute conquête intellectuelle, dans toute conquête de transparence, dans toute conquête de visibilité. Comme disait Merleau-Ponty, derrière tout visible, il y a une part d'invisible. Il prenait une métaphore qu'il empruntait à Husserl, un autre grand phénoménologue, grand philosophe fondateur de la phénoménologie, il disait, vous prenez un cube. Husserl montrait ça à ses étudiants à l'université. Vous prenez un cube. Il y a toujours une phrase que vous ne verrez pas. Il y a toujours une part d'ombre et une part de mystère, même derrière la vision la plus parfaite. Derrière la connaissance la plus grande, il y a toujours une part de mystère et d'obscurité. 

    Merci beaucoup Luc Ferry. Ce sont mystères qui sont aussi passionnants, découvrir des nouveaux mystères pour pouvoir aller encore et toujours plus loin. Ça s'appelle le Dictionnaire amoureux de la philosophie, publié dans cette prestigieuse collection chez Plon. On était ravi, Luc Ferry, de vous recevoir. C'était très gentil à vous. Merci infiniment.

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