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  • L'invité

    Andreï Makine

    Invité : Andreï Makine, écrivain français, membre de l'Académie française.

    À l'occasion de l'ouverture de Livre Paris, dont l'Europe est l'invité d'honneur, l'écrivain et académicien d'origine russe Andreï Makine est notre invité. Dans son nouveau roman, « Au-delà des frontières », il imagine un Occident désintégré sous les coups du terrorisme et de la guerre civile.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Andreï Makine. Bonjour. Vous êtes membre de l'Académie française. Chacun de vos livres est un évènement et celui-ci n'y déroge pas. Il s'appelle Au-delà des frontières. Il est publié chez Grasset. J'ai lu. Ce livre est quelque part un peu scandaleux. Est-ce que vous assumez le fait d'écrire un livre scandaleux ? Un seul journaliste, très intelligent, qui travaille dans la Provence, a dit quelque chose qui peut paraître inimaginable. Il a dit que c'est un livre scandaleux au sens noble du (...)

    Bonjour Andreï Makine. Bonjour. Vous êtes membre de l'Académie française. Chacun de vos livres est un évènement et celui-ci n'y déroge pas. Il s'appelle Au-delà des frontières. Il est publié chez Grasset. J'ai lu. Ce livre est quelque part un peu scandaleux. Est-ce que vous assumez le fait d'écrire un livre scandaleux ? Un seul journaliste, très intelligent, qui travaille dans la Provence, a dit quelque chose qui peut paraître inimaginable. Il a dit que c'est un livre scandaleux au sens noble du terme, c'est-à-dire au sens que lui donnait Bernanos en parlant du scandale de la vérité. Il ajoutait d'ailleurs et il disait : "Le scandale, c'est non pas de dire la vérité, mais de ne pas la dire en entier". Je pense que je la dis en entier dans le livre. Je ne me cache pas derrière mon petit doigt. Ce livre, Au-delà des frontières, c'est un monde qui pourrait être le monde de demain, un monde où il y aurait une transportation, j'allais presque dire une déportation d'une partie de la population parce qu'il se serait passé quelque chose que personne n'a vu venir.  Vous vous souvenez peut-être de cet événement islandais. Les Islandais ravagés, ruinés par leurs banques. Qu'est-ce qu'ils ont fait ? Ils ont refusé de payer la dette. Ils ont mis tous les banquiers véreux en prison et ils ont même changé la Constitution. C'est une sorte de prémonition déjà, de préfiguration de ce que pourrait être ce grand déplacement, bien sûr, avec un clin d'oeil au grand remplacement. Les gens qui ont détruit le Proche-Orient, la Libye entre autres, les élites, les journalistes bellicistes… Des starlettes décérébrées, dites-vous. Les footballeurs milliardaires. Ils sont tous dans la tête de ce jeune romancier qui écrit le grand déplacement, c'est son texte. Ils sont envoyés en Libye. C'est un jeune romancier. Le livre commence par ce texte qui s'appelle le grand déplacement. Il publie un texte, on va en parler, on va dire ce qu'il raconte, qu'il va ensuite proposer à un auteur qui va lui dire mais ça n'est pas publiable, parce que la réalité est pire encore. D'abord, que dit ce grand déplacement ? Le grand déplacement signale quelques faits. Par exemple, le terrorisme qui est devenu une sorte de routine en France. On ne s'étonne pas qu'on puisse entrer dans une école et commencer à tuer des enfants à bout portant.  Mohamed Merah, en l'occurrence. On ne s'étonne plus qu'on puisse kidnapper un jeune homme et le torturer pendant trois semaines. Ilan Halimi. Je peux ne pas les nommer. Pour moi, ce sont des symboles de cette cruauté, de cette atrocité qui s'installe tranquillement en France. Vous dites que pendant ce temps, ce qui est écrit dans ce texte par cet auteur, il y a un système qui explique qu'il faut vivre ensemble. Qu'on est en guerre, mais en guerre contre qui ? J'ai vécu la guerre en Afghanistan. Je sais que c'est un peu différent. Il y a des blindés, l'artillerie, les bombardements. Ce n'est pas vraiment le cas, donc en guerre contre qui ? Peut-être faudrait-il penser aussi à ne pas donner des conseils au monde entier quand il y a 6 millions de chômeurs en France, quand il y a des gens qui sont, passez-moi l'expression, tartinés sur la Promenade des Anglais, avec une cruauté insensée. Bombarder la Syrie en envoyant des missiles dont chacun coûte 3 millions d'euros, on pense à l'APL et les 5 euros enlevés, à ces aides d'Etat, mais 3 millions d'euros envoyés en pure perte, en détruisant ce pays et, bien sûr, en accueillant ces pauvres migrants.  Alors que dit finalement ce texte qui est le point de départ de votre roman, écrit par ce jeune qui est un symbole de cette société. Comment vous la décrivez d'ailleurs, cette société ? Vous dites que c'est une société libertaire qui, à un moment donné, se retourne contre elle-même. Qui se renverse en son contraire. Nous parlons de l'émancipation. Nous parlons de la permissivité, mais en France, il y a 75.000 femmes violées chaque année. Il ne faut pas l'oublier, c'est-à-dire une femme toutes les huit minutes. Toutes les huit minutes, il y a une femme qui se débat sous les assauts d'une brute et qui meurt, étranglée ou violée. On ne le cite pas. On ne cite pas cette statistique effrayante. Tous les deux jours, un agriculteur en France se suicide, ruiné, désespéré. Quand Linden regarde ce pays froidement… Linden, c'est ce jeune auteur. C'est ce jeune auteur qui a écrit ce brûlot impubliable. Il ne peut pas être publié. Il dit que finalement, ce que je vois, je suis parfaitement objectif dans mes analyses. Ce sont ces analyses et cette objectivité qui nous manquent aujourd'hui.  Comment vient-il à écrire cela, à écrire ce grand remplacement, ce grand déplacement ? Comment on arriverait là ? Comment on pourrait arriver là. L'intérêt de son livre est ailleurs. Il montre l'expulsion en Libye. Il montre aussi ce qui se passe en Libye. Et là, ça devient une sorte d'anti-utopie pamphlétaire, satirique. D'anciens présidents de la République qui refont leur vie là-bas. Les deux présidents même. On ne va pas les nommer, on va les deviner. L'un ouvre une boutique de Rolex, on sait de qui il s'agit, l'autre devient un maire d'une petite localité Moulzouk, 12.000 habitants. Il dit, je vous promets une gouvernance normale.  Il y a de l'humour évidemment. Il y a de l'ironie. Derrière la situation qu'ils laissent derrière eux, la France, vous la décrivez, vous décrivez des villes entières placées sous la loi de la charia. C'est comme ça qu'il le voit. Bien sûr, il exagère. C'est une sorte de projection hyperbolique de ce qui pourrait arriver, mais il se base sur des faits. Il parle d'une petite école maternelle où il y a des djihadistes, des intégristes qui rentrent et qui commencent à tuer des enfants. A Toulouse, c'est a été arrivé. Il n'est pas tout à fait dans l'invention pure. Ce n'est pas une imagination. Il y des bombes, il y a des attentats tous les jours. On vit avec cela. Finalement, l'armée dirige. Il projette une guerre civile, une guerre ethnique. A un moment, un journaliste, un de vos confrères, quand le palais de justice brûle, il dit c'est la conjonction de la lutte des races et de la lutte des classes, la conjonction de tous les mécontentements qu'on voit. Quand il décrit cet état anti-utopique en France, il comprend que ce n'est pas suffisant, qu'il faut aussi indiquer une issue. Ce qui m'a vraiment intéressé dans ce livre, c'est plutôt comment on sort de cet état de choses.  C'est ce que montre le film. Sans promettre un nouveau paradis, parce que j'ai vécu dans une société qui nous promettait un paradis sur terre, cette grande utopie communiste. Ce qui m'intéresse beaucoup plus, c'est comment on peut refonder l'humain, comment chacun de nous, sur quels critères, il peut être refait, mais dans le sens spirituel du terme, intellectuel existentiel, et non pas seulement en se basant sur je ne sais quelle structure philosophique ou économique. Lorsque vous publiez le brûlot en question, parce que vous le publiez dans ce livre, il était impubliable mais il est là, vous dites qu'il est là pour ne pas avoir à être un jour publié réellement.  Quand j'ai déposé ce manuscrit chez Grasset, je n'étais pas du tout sûr de pouvoir le publier. Il fallait ce courage, presque une témérité éditoriale d'Olivier Nora pour se saisir de ce roman et pour le publier. C'est comme ça que je vois un vrai éditeur.

    Merci beaucoup Andreï Makine de l'Académie française. Au-delà des frontières est publié chez Grasset. C'est le nouveau livre événement d'Andreï Makine. On était ravi de vous recevoir sur TV5 Monde. Merci.

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    00:08:22
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