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  • L'invité

    Jean-François Copé

    Invité : Jean-François Copé, maire de Meaux et ancien ministre.

    Le maire de Meaux, Jean-François Copé, ancien ministre sous la présidence de Jacques Chirac et ancien président de l'UMP, est devenu lanceur d'alerte dans un livre écrit avec le spécialiste de l'intelligence artificielle Laurent Alexandre. « L'intelligence artificielle va-t-elle aussi tuer la démocratie ? » (JC Lattès) se demande-t-il en appelant l'Europe et la France à réagir face à une révolution qui menace les libertés.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour. Merci infiniment Jean-François Copé d'être avec nous, c'est un plaisir de vous recevoir. Vous avez été évidemment un homme politique de premier plan en France, vous avez été candidat aux primaires, vous avez dirigé le plus grand parti politique d'opposition, vous êtes le maire de Meaux et vous publiez L'Intelligence Artificielle va-t-elle aussi tuer la démocratie ? C'est un ouvrage dont tout le monde parle, que vous publiez avec Laurent Alexandre, spécialiste de la question. Vous dites (...)

    Bonjour. Merci infiniment Jean-François Copé d'être avec nous, c'est un plaisir de vous recevoir. Vous avez été évidemment un homme politique de premier plan en France, vous avez été candidat aux primaires, vous avez dirigé le plus grand parti politique d'opposition, vous êtes le maire de Meaux et vous publiez L'Intelligence Artificielle va-t-elle aussi tuer la démocratie ? C'est un ouvrage dont tout le monde parle, que vous publiez avec Laurent Alexandre, spécialiste de la question. Vous dites au fond, la démocratie est menacée de mort par ce qu'on appelle l'intelligence artificielle. C'est presque trop tard déjà ?

    Ecoutez, en tout cas ce qui est sûr, c'est que c'est trop tard, sauf si on s'y met. J'ai voulu écrire ce livre avec Laurent Alexandre, qui est un très grand scientifique, qui participe beaucoup de l'explication de la réalité de ce phénomène qu'est l'intelligence artificielle, c'est à dire, ces techniques qui permettent d'inventer des machines qui imitent l'intelligence humaine. Ou qui la remplacent ! C'est ça le danger. Voire qui la remplacent. C'est exactement cela,  et donc on l'a dans nos smartphones, on l'a dans notre vie. Et puis pendant ce temps là, vous avez des hommes politiques et des femmes politiques qui parlent d'autres choses. Comme Emmanuel Macron qui n'en parle pas dans sa lettre aux Français, dans le Grand Débat par exemple.  Si c'est vrai, d'Emmanuel Macron qui n'en parle pas dans sa lettre aux Français, c'est vrai des hommes politiques et des femmes politiques en général, on parle d'autre chose. Et alors que l'intelligence artificielle, c'est une invention aussi importante que le fût en d'autres temps le feu, la vapeur, l'électricité ou même la machine à imprimer. En réalité on est dans une situation qui est extrêmement importante, avec une invention qui apporte le meilleur dans le domaine de la médecine, dans le domaine de… Et qui est inexorable ! 

    Absolument. Dans le domaine de la médecine, on aide aujourd'hui, par exemple, ceux qui ont un handicap. Ceux qui sont malentendants ou malvoyants, grâce à l'intelligence artificielle vont pouvoir avoir un confort de vie formidable. Et puis de l'autre, de l'autre vous avez le pire.

    Oui ça dire ? Le pire, c'est quoi ? C'est les fake news ? C'est la manipulation ? C'est les ravages effectivement que peuvent, auxquels peuvent conduire certaines d'utilisation de réseaux sociaux. Les fausses nouvelles, c'est ce qu'on appelle effectivement les fake news, du mot anglais. Mais c'est aussi l'écrasement d'un continent comme l'Europe, aujourd'hui, par les Etats-Unis d'un côté avec les fameux GAFAM : Google, Amazon etc. et les Chinois. Et au milieu, nous les Européens, qui regardons le ciel en disant : "ah ben comment on va faire ?". Et on parle d'autre chose. Alors moi je crois qu'il est capital que, c'est toute la thèse de ce livre, c'est pour ça que je souhaite que les gens puissent participer à ce débat, réfléchir à travers ce que nous faisons nous avec Laurent Alexandre, qui est d'interpeller, de dire mais attendez, il y a… Vous êtes un lanceur d'alerte ! C'est vraiment le mot ! 

    Exactement, c'est le mot de lanceur d'alerte, en disant attention, si on ne fait rien, on va être dévoré. 

    Alors on voit le mouvement des gilets jaunes en France, vous avez toute une partie de la population qui a le sentiment d'être complètement à l'extérieur de ce mouvement mondial, qui ne trouve pas sa place et qui finalement se dit : "il faut casser ce système". Vous avez totalement raison. Et c'est pour ça que le lien avec les gilets jaunes, en fait il est permanent. Parce que je ne parle pas des extrémistes d'extrême gauche et d'extrême droite, qui en réalité ont mis des gilets jaunes, mais qui ne sont pas dans l'essence même du mouvement de dizaines, de centaines, de milliers de Françaises et de Français qui disent : " mais attendez, on n'en peut plus, ça marche pas, comme on va faire ?". Et le message par rapport, effectivement, à Internet, à l'Intelligence Artificielle, c'est de dire : "mais est-ce que je vais comprendre ? Est-ce que je vais pouvoir en profiter ? Est-ce que je vais y arriver ? Est-ce que c'est pas trop tard ? Et mes enfants ?". Vous voyez ce que je veux dire.. "Et mon emploi ?" Face à ces angoisses en réalité, seuls des politiques peuvent apporter des réponses, en proposant un plan stratégique sur les dix années qui viennent. Quand Kennedy dans le début des années 60 a dit : "On va emmener l'Amérique pour faire en sorte qu'il y ait un Américain qui aille sur la Lune", le programme Apollo, dans 10 ans.  Vous dites aujourd'hui qu'on veut faire un programme Apollo, pour l'Intelligence Artificielle. Exactement, exactement.  Comme la conquête spatiale.  Exactement. Alors nous, évidemment, on ne va pas faire le nouveau Google, c'est trop tard. En revanche, on a les opérateurs téléphoniques, par lesquels, c'est les tuyaux par lesquels passent l'information. Eh bien, c'est nous qui les avons. Sauf qu'on en a 105 en Europe 105. Donc il faut voir comment on peut les regrouper, comment faire des synergies. On peut se protéger avec ce qu'on appelle un cloud européen. Qu'est ce que c'est un cloud ? Vous avez, aujourd'hui pour pas perdre vos photos dans votre portable, qu'est-ce que vous faites ? Vous envoyez sur un cloud, qui va évidemment chez les Américains à Palo Alto. 

    Avec un Jean-Claude Juncker qui n'a même pas un smartphone sur lui et qui dirige l'Europe aujourd'hui.

    Aujourd'hui, je pense qu'il faut changer de génération de ce point de vue, ça ne veut pas dire être plus jeunes ou moins jeunes, c'est pas une question d'âge, c'est une question de sensibilisation. Paradoxalement, c'est ce qu'on écrit dans notre livre. Vous avez des gens, qu'on appelle les seniors, qui sont très très connectés, alors qu'à côté de ça, vous en avez d'autres qui passent un peu à côté, parce qu'il y a un effort à faire. Mais c'est aussi dans notre relation avec nos enfants. Oui c'est vrai que là aussi c'est important. Eux ils sont dedans. Si on veut y être aussi il faut s'y mettre.

    Est-ce que vous ne pensez pas, Jean-François Copé, que l'intelligence artificielle disqualifie aussi les hommes politiques dans la façon traditionnelle d'exister finalement, au profit d'une sorte de populisme, alimenté sur les réseaux sociaux que l'on voit aujourd'hui… Bien sûr. … Qui est au fond une espèce de démocratie directe qui disqualifie… Vous savez, si j'étais un peu provocateur, encore que, je vous dirais aujourd'hui, pour faire une loi, il faut aller, 18 mois, pour un tweet il faut 18 secondes. Comment voulez-vous que le match soit égal ? En fait il est asymétrique donc… Alors les populistes gagnent. C'est à dire qu'aujourd'hui, on oblige des responsables politiques, qui sont hommes et femmes de gouvernement, qui savent que pour prendre une décision, il faut la mûrir, il faut l'argumenter etc. et on les confronte à des populistes qui disent : "tout ça c'est n'importe quoi, on va renverser la table, on va tout casser". Il n'y a pas de match, on le sait très bien. Surtout dans les périodes de doute, d'interrogation, de crise pour les gens. Je crois que si on veut essayer de remettre, comment dire, un peu d'apaisement, bien il faut un grand projet, dans lequel tout le monde peut se retrouver. Et ce grand projet, c'est de mon point de vue de dire aux citoyens d'Europe, et évidemment aux Français, de leur dire qu'on a les ingénieurs, on a les scientifiques, on a les inventeurs, on va les payer mieux, on va mieux les considérer pour qu'ils ne soient pas aspirés par les mécaniques américaines et on va faire un grand projet européen, dans lequel chacun, quel qu'il soit, quel que soit son niveau de qualification, de compétence, trouvera sa place. Mais par exemple Jean-François Copé, la montée de l'antisémitisme, 74 % d'actes antisémites en plus en France, le visage de Simone Veil avec une croix gammée, des épiceries barrées de la mention "juif"… C'est aussi une conséquence de ce phénomène que l'on ne veut pas maîtriser ? Alors, ce qui est vrai, c'est que comme toujours, lorsqu'il y a un mal être dans une société, on cherche des boucs émissaires. C'est vieux comme le monde. Et de ce point de vue malheureusement, l'antisémitisme est un des boucs émissaires, les juifs sont un des boucs émissaires les plus systématiques. Il y en a d'autres malheureusement, mais surtout ce que je vois derrière ça, c'est qu'il faut une réponse et qu'il faut une réponse politique extrêmement forte. Moi je voudrais qu'on ait un président de la République qui considère cette affaire comme une affaire majeure, qu'il aille à la télévision. Il va beaucoup à la télévision pour parler de beaucoup de choses, pour dire qu'il ne le tolérera pas et qu'il fasse ce que Jacques Chirac, j'étais à l'époque membre de son gouvernement, avait fait dans les années 2002-2003 quand on avait constaté ce type de résurgence de l'antisémitisme, de constituer un comité interministériel qui était présidé par le Premier ministre. Il y avait à la fois du répressif, instruction au parquet instruction dans les commissariats et de l'autre toute une dimension pédagogique, pour dire : "on ne peut pas accepter cela" et ainsi, petit à peti,t on a cantonné les choses. Or, aujourd'hui on voit bien que la parole est banalisée dans des proportions folles, qu'on raconte n'importe quoi et qu'il n'y a pas de réponse. C'est ça qui n'est pas possible.

    Oui mais on a vu des édifices nationaux bafoués, des ministères forcés…

    Mais moi, j'ai beaucoup regretté qu'il n'y ait pas une plus grande dramatisation de cet événement insupportable, qu'a été l'attroupement à l'Arc de Triomphe devant la tombe du Soldat inconnu, un mois seulement après l'évocation du 11 novembre 1918. Je suis maire de Meaux, vous savez, j'ai fait construire à Meaux un musée de la Grande Guerre qui est le plus important d'Europe, où on évoque les tragédies de la Première Guerre mondiale et même de la seconde, où on parle de cette Europe en guerre du 20ème siècle. On n'a pas le droit de laisser… de bafouer cela. C'est un travail énorme, qu'il nous faut faire dans tous ces domaines et moi je souhaite que l'on fasse le lien avec ce débat sur l'intelligence artificielle, qui est à soi tout seul, l'incarnation du 21ème siècle et qui va avoir des conséquences énormes dont il faut parler. C'est tout le sens de ce livre.

    Merci beaucoup, Jean-François Copé. L'Intelligence Artificielle va-t-elle aussi tuer la démocratie ? écrit donc avec Laurent Alexandre et publié chez Lattès. Coup de sang d'ailleurs, d'ailleurs c'est le titre de cette collection, c'est un coup de sang que vous poussez-là.

    Absolument, un cri d'alarme, un cri d'alarme. C'est indispensable que chacun en ait conscience.

    Merci Jean-François Copé d'avoir été avec nous.  Merci.

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    00:08:25
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