Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Denise Bombardier

    Invitée : Denise Bombardier, chroniqueuse, romancière et animatrice de télévision québécoise.

    Denise Bombardier publie ses souvenirs sous le titre « Une vie sans peur et sans regret ». Elle y raconte ses combats qui ont accompagné l'histoire du Québec.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    S'il y a bien une journaliste connue, reconnue au Québec, c'est vous Denise Bombardier. J'allais presque dire, vous représentez fidèlement la journaliste libre, indépendante que vous avez toujours été et que vous racontez dans un livre de souvenirs, qui d'ailleurs s'appelle Une Vie sans peur et sans regret, parce que vous dites d'abord, pas de peur, parce que déjà toute petite, vous vous êtes rebellé quelque part.  C'est à dire que j'ai eu trop peur quand j'étais petite. Au fond. J'ai eu trop pe (...)

    S'il y a bien une journaliste connue, reconnue au Québec, c'est vous Denise Bombardier. J'allais presque dire, vous représentez fidèlement la journaliste libre, indépendante que vous avez toujours été et que vous racontez dans un livre de souvenirs, qui d'ailleurs s'appelle Une Vie sans peur et sans regret, parce que vous dites d'abord, pas de peur, parce que déjà toute petite, vous vous êtes rebellé quelque part.  C'est à dire que j'ai eu trop peur quand j'étais petite. Au fond. J'ai eu trop peur trop vite, parce que mon père me terrifiait. Je raconte l'histoire. D'ailleurs je n'ai jamais su, j'ai jamais essayé de mettre par exemple, des diagnostics sur sa folie, parce qu'il était fou quoi. Ce n'est pas parce qu'il nous battait, c'est pas parce qu'il nous,  il nous agressait sexuellement, ce n'était pas ça. C'est que, j'ai dit mon père était un terroriste familial. Dès qu'il est rentré dans la maison, c'était terrible, il passait son temps à hurler.

    Oui, un patriarche qui était très présent dans ce Québec, de quelles années, dans ces moments-là, on était avant la Révolution tranquille. Les années 40, la fin des années 40, les années 50. Mais le patriarcat, c'est même pas ces critères-là qui (sait). Pourquoi, quand il entrait dans la maison, que ma mère était là, j'avais deux ans et demi, trois ans, qu'il rentrait et qu'il disait : "mais tabarnak de chienne de calisse". Il devenait fou, pour rien, parce qu'il n'y avait pas la serviette, il n'était pas près de son… près de sa main. Ou n'importe quoi !

    Ça reflétait fidèlement, ça aussi, votre envie d'être indépendante. Vous l'avez ressenti très tôt ?  C'est à dire que, comment vous dire ? Je me suis blindé. Vous savez, je suis comme spectatrice de moi-même et je me dis : "comment j'ai fait pour passer à travers ça, et garder cette énergie que j'ai ?". J'ai une énergie, je le sais. Et après, après ça, on est blindé ou on s'écrase, où il n'y a plus rien qui (est nous), vraiment.

    Et vous allez vous battre. Evidemment, vous faites de la télévision, de Radio-Canada, vous avez envie de faire aussi du théâtre. Mais par exemple, vous croisez un type qui va avoir des gestes déplacés à votre égard, vous êtes à peine sortie de l'enfance. 

    Oui j'avais 11 ans et ça explique ma sortie. Après, vous savez quand j'ai fait cette sortie chez Pivot avec Matzneff… On va en parler, parce que vous le racontez dans ce livre. Alors donc évidemment, c'était un réalisateur qui faisait que des émissions avec les enfants, et personnes dans la direction, se demandait pourquoi il n'acceptait  pas de faire des émissions avec des adultes. En fait c'était un prédateur d'enfants. Et oui ça m'est arrivé. Et quand je suis revenue de la télévision, parce que durant l'été, il avait demandé à ma mère de m'envoyer, pour faire du ménage dans ses dossiers, et au bout de trois jours c'était pas tout à fait le ménage aussi qu'il voulait que je fasse. Et puis bon, il m'a abusé. Il ne m'a pas violée, mais il m'a abusé.

    Ouais ouais, vous l'avez dit donc…  Et là, j'ai compris une chose. Et ça m'a appris une chose, j'ai dit à ma mère que je ne voulais plus aller à Radio-Canada. Ma mère m'a dit : "Ben voyons, tu vas perdre ton émission". Et là j'ai compris, parce qu'après, à chaque fois, j'ai vu des cas comme ça, la mère qui ne comprend pas, ou qui ne veut pas comprendre ou tu ne peux pas imaginer de comprendre, enfin je ne (porte) pas, mais j'en ai voulu à ma mère toute ma vie à cause de ça, qu'elle n'avait pas compris, alors que je demandais à une petite amie de m'accompagner. Et la deuxième fois qu'elle est revenue avec moi, là je n'étais plus seule avec lui dans son bureau, ça a été fini, il m'a dit : "j'ai plus besoin de toi". Voilà. Et elle elle a compris. Et puis ma mère avait pas compris. Ça vraiment, ça a été une des, comment dire, ça a été une des blessures de ma vie.

    Dans les années 90, je le disais…  Et après… On va reparler, je vous le disais à l'instant, de cette émission chez Pivot, Apostrophes. Bernard Pivot, merveilleux, qui vous reçoit et qui vous a reçu souvent, et qui a invité l'écrivain Gabriel Matzneff. Et vous lisez son livre avant d'aller sur l'émission et vous dites à votre éditeur : "c'est pas possible, je ne vais pas rester sans rien dire". Il y a des choses épouvantables dans ce livre et il vous dit : "non surtout ne dis rien parce que…" Non non non. Il m'a dit : "écoute", non, il ne m'a pas dit ça, c'était Claude Cherki, qui m'a dit : "écoute ma petite Denise, il faut que tu saches une chose à Paris, dans les milieux parisiens. Si tu fais ça va casser ton livre, ils vont t'assassiner".

    Ouais et vous le dites pendant l'émission. Vous créez un énorme scandale, vous interpellez Gabriel Matzneff parce qu'il avait écrit dans son livre des choses… Il avait écrit comme il sodomisait les petites filles, les petits garçons et les petites filles qu'il allaient chercher au lycée et elles étaient mineures. Et il a défendu la même position sur le plateau. Et ce n'était pas un roman qu'il a écrit, c'est un journal, n'est-ce pas ? Le Journal inachevé, je crois. Et moi je ne pouvais pas. Et j'ai été content, enfin j'ai trouvé ma satisfaction beaucoup plus tard, je pense que c'était il y a 2-3 ans, Le Monde a fait un grand papier, pour expliquer que la pédophilie c'était accepté dans les milieux parisiens en France, mais surtout dans les milieux littéraires, intellectuels. Même il y avait des gens, Simone de Beauvoir, Sartre et puis d'autres, qui avaient signé une pétition pour dire que pour l'enfant, c'est l'enfant qui voulait aller à l'adulte. Et dans le journal Le Monde, quand ils sont faits cette… c'était toute une page du Monde. Et Denise Bombardier la canadienne est venue, elle a fait un esclandre ça a été un esclandre aussi. Et après ça, il y a quelque chose qui a changé. Et à la suite d'ailleurs de cette émission, j'ai été convoquée par le président Mitterand.  Oui d'ailleurs, vous le racontez. François Mitterrand, Président de la République, il vous reçoit, vous parle de choses et d'autres, et puis vous savez très bien que c'est à cause de l'affaire Matzneff… Nan mais il me faisait venir pour ça mais… Et il vous dit à un moment : "ce Matzneff" et en fait, parce qu'il y avait… Matzneff racontait dans son livre qu'il avait rencontré François Mitterrand.

    C'est à dire qu'il avait été invité avec d'autres écrivains à l'Elysée et que le président lui avait dit : "cher Matzneff, continuez votre bon travail". On ne savait pas si c'était de sodomiser l'enfant, ou l'écriture. 

    (inaudible) qu'il vous a reçu, explicitement, il a fait un communiqué pour dire qu'il vous a reçu, pour essayer de se démarquer.

    Parce qu'il voulait prendre cette distance. Mais bien sûr, et puis en plus le président Mitterrand n'était pas un pédophile, et il m'a dit : "vous savez, il est vrai", m'a t il dit "que je lui ai trouvé quelques qualités à un moment donné. Malheureusement, il a sombré…" et c'est dans l'ordre, "dans la religion orthodoxe, et la pédophilie". Et il m'a dit :"vous connaissez le milieu parisien, ils veulent toujours être affranchis de tous les codes, et de toutes les morales". Il m'a dit ça le président, parce que n'oubliez pas que le président Mitterrand, il venait d'un milieu catholique provincial, quand même. Et il savait très bien qu'en sortant de l'Elysée, j'allais raconter ça tout le monde, c'est ce qu'il voulait. Et puis en plus, c'est la seule fois où il m'a reçu, où l'Elysée a émis un communiqué officiel via l'AFP. Oui c'est ça, c'est ça. Et alors après, ça vous avez après, dans ce scandale que suscite cette émission de télévision, vous vous retrouvez un jour chez (Lipp) avec monsieur Parizeau, un homme politique éminent.

    Mais là c'est… Sollers qui est à côté… A côté il y a Philippe Sollers, qui avait, quelques jours auparavant, qui vous avait, on va dire, insulté.  C'est à dire, il avait dit que j'étais mal baisé, comme Jacques Lanzmann avait dit que la mal baisé retourne sur ses banquises  et se gèle le cul dans Libération. Parce que vous savez, vous savez ce qui est arrivé… Alors, chez (Lipp), vous dites à Parizeau, très fort pour Sollers entende… Qu'est-ce que vous dites ?

    Je dis, Monsieur le Premier ministre, c'est… à côté c'est Philippe Sollers. J'ai dit que c'est celui qui dit que j'étais mal baisé, donc qui insulte tous les Québécois que j'ai pu connaître.

    Là vous le dites très fort pour qu'il entende.

    Je crois que ça… Oui. Pour qu'il… Oui oui je l'ai dit pour qu'il comprenne, pour rire de lui.

    Ouais, alors… 

    Mais ce que je veux vous dire sur les femmes, parce qu'après moi dans ma carrière, quand j'ai interviewé Trudeau, ou interviewé tous les chefs d'état que j'ai interviewés et tout, moi les gens qui ne m'aimaient pas, les téléspectateurs surtout, ce sont les hommes, ils disaient : "elle est agressive, c'est une mal baisé". Quand une femme a la crédibilité, la même crédibilité qu'un homme avait, ça a un peu changé, ça a un peu changé. Qu'est ce qu'on dit ? On dit que c'est parce qu'elle est mal baisé. Donc on s'attaque au système génital, et un jour j'ai appelé un de mes confrères, qui avait écrit des niaiseries dans un éditorial et des gens lui avait répondu. Je lui ai dit : "Dites-moi, vous, est-ce qu'on vous dit que vous avez pas de couilles, et que vous bandez pas quand on n'aime pas vos papiers politiques ?". Voyez la différence de traitement entre les hommes et les femmes.

    Ça c'est bien vous, Denise Bombardier, votre franc parler. Vous avez été un des premiers visages Québécois apparus à la télévision française, et depuis qu'on a pas oublié. Merci beaucoup, Denise Bombardier d'avoir été notre invitée.

    Merci infiniment.

    Voir plusmoins
    00:08:23
    Tous publics
    Tous publics