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  • L'invité

    Pascal Brice

    Invité : Pascal Brice, ex-directeur de l'OFPRA, auteur de « Sur le fil de l'asile ».

    Ancien patron de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), Pascal Brice lance un cri d'alarme dans un livre témoignage « Sur le fil de l'asile » (éditions Fayard). Il affirme que le droit d'asile est aujourd'hui menacé en France et en Europe, après l'une des pires crises migratoires de l'histoire. Une question qui risque d'occuper et d'enflammer encore le débat public avant les élections européennes de mai 2019.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Pascal Brice. Bonjour. Pendant cinq ans, vous avez dirigé l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, l'OFPRA. Vous êtes celui qui a organisé, en France, l'arrivée et l'accueil des réfugiés. Vous dites qu'aujourd'hui, il y a une véritable menace sur le droit d'asile.

    Oui, dans tout le monde occidental, en France, en Europe et aux Etats-Unis, parce qu'il y a ces crispations sociales identitaires. Ce n'est pas nouveau dans l'histoire. A partir du moment où ces (...)

    Bonjour Pascal Brice. Bonjour. Pendant cinq ans, vous avez dirigé l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides, l'OFPRA. Vous êtes celui qui a organisé, en France, l'arrivée et l'accueil des réfugiés. Vous dites qu'aujourd'hui, il y a une véritable menace sur le droit d'asile.

    Oui, dans tout le monde occidental, en France, en Europe et aux Etats-Unis, parce qu'il y a ces crispations sociales identitaires. Ce n'est pas nouveau dans l'histoire. A partir du moment où ces crispations sont là, il y a la tentation de remettre en cause l'accueil des étrangers, et notamment le droit d'asile. Or, le droit d'asile, c'est le plus profond de notre humanité, de notre droit, de nos engagements internationaux, l'accueil des persécutés et des personnes qui fuient les guerres. C'est donc tout à fait fondamental de le préserver de ces menaces.

    Dans un livre publié chez Fayard, vous racontez votre témoignage qui s'appelle Sur le fil de l'asile. Vous dites que c'est un combat de tous les jours pour faire reconnaître cela.

    Vous voyez bien qu'on est tout le temps dans la tentation de dire, soit il n'y a pas assez de demandeurs d'asiles et de réfugiés, soit il y en a trop. Or, le droit d'asile est un droit. C'est une protection due à celles et ceux qui fuient les guerres et les persécutions. Dans le contexte dans lequel nous sommes, notamment au niveau européen, parce que l'Europe a été défaillante dans ce moment de crise l'asile que je raconte au cours de ces dernières années, avec ces sommes d'engagement, d'actions, il faut préserver ce droit fondamental qui est menacé. Vous arrivez en 2012 à la tête de l'OFPRA. Vous découvrez une institution ravagée, qui n'est pas en ordre de marche réellement, et vous allez affronter la pire crise migratoire de l'Europe depuis très longtemps. C'est le récit que j'ai voulu donner, de cette capacité de ces fonctionnaires, des officiers de protection de l'OFPRA, mais aussi des bénévoles, des associations et des travailleurs sociaux, un peu partout dans le pays, à un moment où ces demandes d'asile ont augmenté fortement, notamment en Allemagne, un peu partout en Europe, où des inquiétudes se sont faites jour, mais aussi une capacité à accueillir. Nous avons modernisé cette administration pour être en situation d'appliquer pleinement ce droit et de réaliser cet accueil. Encore une fois, nous sommes dans un moment où des questions se posent, des inquiétudes, des doutes sur cette capacité à accueillir dans notre société et à intégrer. C'est un doute qui est répandu dans l'opinion publique. On le voit dans le débat politique, en particulier. Il faut être lucide. J'ai essayé d'être lucide sur ces doutes, sur ces inquiétudes, sur ces instrumentalisations politiques aussi. Dans ce contexte-là, il faut être bienveillant et totalement rigoureux, organisé et maîtrisé. Lorsque l'accueil est organisé et maîtrisé, je le montre à travers les 10.000 personnes que nous sommes allés convaincre à Calais de quitter le bidonville et accueillis partout en France, les missions que nous avons conduites au Niger, au Tchad, en Turquie, au Liban et en Jordanie pour des réfugiés Syriens, lorsque c'est organisé et maîtriser, nos missions de protection dans les ports espagnols, italiens, maltais, alors là, nous arrivons à faire en sorte que le droit d'asile s'applique et que chacun puisse s'y retrouver.  Il y a la fameuse théorie de l'appel d'air. On vous accuse de favoriser cette arrivée de réfugiés, par exemple 150.000 demandes d'asile l'année dernière, dont une seule partie est reconnue et le reste s'évanouit dans la nature. C'est un fantasme que j'ai côtoyé, hélas, pendant ces six années à l'OFPRA, mais l'accusé, ce n'est pas l'OFPRA. Ce n'est pas ma modeste personne. C'est le droit d'asile. La réalité, c'est que dès lors que, depuis trente ou quarante ans, en France et ailleurs dans le monde occidental, les politiques migratoires se sont restreintes, la seule porte ouverte, c'est le droit d'asile. Les personnes demandent donc l'asile. La solution ne peut être, parce que c'est notre humanité la plus profonde qui est en cause, de mettre en cause le droit d'asile. Il est de l'organiser, de le maîtriser, de le faire fonctionner, notamment au niveau européen où les règles sont défaillantes. De le durcir aussi, peut-être pour éviter des demandes d'asile qui n'en sont pas, comme une grande partie des demandes qui sont faites. Le droit d'asile est le droit d'asile. Il n'est ni dur, ni mou. C'est la Convention de Genève. Ce sont des critères qui font que vous êtes persécuté ou parce que vous fuyez des conflits, vous devez être protégé ou non. Mais en effet, lorsque vous n'êtes pas protégé, vous devez repartir. Ce n'est pas le cas d'ailleurs, ils ne repartent pas. Ce qui n'est pas le cas aujourd'hui et c'est un des problèmes du système. Au niveau européen, parce que ce sont des règles européennes qui doivent maintenant pouvoir être mises en œuvre, au niveau national, il faut faire en sorte que la protection s'applique pour celles et ceux qui doivent relever du droit d'asile, en revanche, celles et ceux qui n'en relèvent pas, repartir, ou alors conduire une réflexion sur la politique migratoire par ailleurs, hors du droit d'asile. Cette théorie, je le dis encore, de l'appel d'air, vous la condamnez ou c'est une réalité ? Il y a une tentation de venir en Europe. Il faut être lucide sur cette affaire-là. La réalité, quelle est-elle ? La crainte de l'appel d'air conduit certains, notamment dans le monde administratif, à penser que dès lors que vous créez des conditions de vie indignes pour les personnes, elles ne vont pas venir en Europe ou en France, ce qui est faux. Les gens viennent de toute façon. Ils ont vécu de telles choses dans leur parcours, qu'ils viennent de toute façon. Il faut être conscient, en même temps, du rôle des passeurs. J'essaie, dans ce livre, de décrire ces réalités, qui est que certains utilisent les drames de l'exil. A partir du moment où vous êtes lucide sur la nécessité d'appliquer le droit d'asile de manière pleine et entière, des instrumentalisations qui existent, notamment des passeurs, c'est dans ces conditions-là que vous pouvez faire respecter pleinement le droit d'asile dans notre pays, notamment d'éviter, je le raconte, que vous ayez des gens dans les rues de Paris, dans les rues de Nantes. Ou comme on a vu à Calais, la jungle.  La seule solution, c'est d'appliquer pleinement et absolument le droit d'asile. Protection pour ceux qui en relèvent, retour dans les pays d'origine pour ceux qui n'en relèvent pas. On voit bien, Emmanuel Macron veut restreindre l'arrivée des migrants et renforcer le contrôle aux frontières en Europe, en reformant les accords de Schengen. On voit bien dans le débat européen qui s'annonce que la question migratoire sera au cœur du débat politique. On s'entend bien qu'on ne va pas aller dans le sens d'un accueil plus important de réfugiés.  Rien ne le dit. Il faut éviter ce qui est la constante que j'ai vécue pendant ces six années. Vous êtes soit avec des discours politiques qui sont dans le déni, qui vous disent qu'il n'y a pas de problème, il y a une question qui est posée dans l'opinion, et d'autres qui vous disent, de manière hystérique, il y en a trop, il faut arrêter. La solution est effectivement de faire respecter pleinement l'espace européen, l'espace Schengen, donc de renforcer le contrôle aux frontières extérieures. C'est ce veut faire Emmanuel Macron. Absolument. De faire en sorte qu'aux frontières extérieures, tel que l'OFPRA l'a pratiqué au cours de ces derniers mois, on puisse instruire les demandes d'asile pour accueillir celles et ceux qui relèvent du droit d'asile parce que les réfugiés, c'est notre devoir. De définir une politique migratoire pour accueillir, si on le souhaite ou pas, celles et ceux qui sont des migrants économiques, c'est un débat qu'il faut avoir. Celles et ceux qui ne relèvent ni du droit d'asile, ni de la migration économique légale telle qu'on l'aurait défini, doivent repartir. C'est tout cela. Encore une fois, respectons le droit et faisons-le de manière organisée et maîtrisée. Et que ce soit accepté par l'opinion publique, ce qui n'est pas toujours le cas. La fameuse convention de Genève, qui est à la base de tout, dit que l'Europe et la France ont un devoir d'accueil. C'est remis en question par beaucoup aujourd'hui, cette notion que l'Europe aurait une obligation d'accueil. Je n'en suis pas si sûr. D'abord, redisons que celles et ceux qui appliquent le plus l'accueil et la Convention de Genève, sont hors d'Europe. Ils sont dans le Sud où ils accueillent le plus grand nombre de réfugiés. En Europe, il existe, en France encore, ce consensus autour du droit d'asile, les réfugiés, les persécutés. Qu'on mélange souvent avec le reste de l'immigration. Il faut arrêter de tout mélanger et avoir des règles de pleine application du droit d'asile, et encore une fois, un accueil maîtrisé et organisé. Au-delà, de manière distincte, un débat de politique migratoire au niveau européen et national. Vous n'en êtes pas sorti complètement indemne, de cette expérience. Vous racontez vos grands-parents eux-mêmes avaient fui la guerre dans les années 40, en Bolivie. Vous dites "je ne suis pas sorti indemne de cette jungle de Calais". C'est cette expérience que vous racontez dans ce livre chez Fayard. De tous ces parcours, de toutes ces rencontres. J'en suis d'abord ressorti, avec les officiers de l'OFPRA, riche de tous ces engagements parce que c'est cela que j'ai voulu démontrer dans ce livre. Il existe des doutes. Il existe des enthousiasmes. Il existe surtout des solutions qui sont compatibles avec l'honneur qui est celui d'accueillir les persécutés. Merci beaucoup Pascal Brice d'avoir été notre invité aujourd'hui. Merci à vous. 

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