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  • L'invité

    Metin Arditi

    Invité : Metin Arditi, écrivain suisse.

    Metin Arditi publie un « Dictionnaire amoureux de l'esprit français ». À l'heure du doute et des conflits, que reste-t-il de l'esprit français qui a rayonné et fait rêver dans le monde ? Il fallait bien un Suisse pour en ressusciter les grandes heures dans un livre drôle et passionné.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Metin Arditi.

    Bonjour.

    Vous êtes un des plus grands écrivains suisses. Vous avez présidé l'Orchestre de la Suisse Romande, vous êtes un peu inclassable. Vous êtes né à Ankara. Vous avez grandi en Suisse. Vous aviez écrit un Dictionnaire amoureux de la Suisse et maintenant vous écrivez un Dictionnaire amoureux de l'Esprit français. Vous, le Suisse, vous êtes amoureux de l'esprit français. 

    Le français, c'était ma langue quasiment dès ma naissance (...)

    Bonjour, Metin Arditi.

    Bonjour.

    Vous êtes un des plus grands écrivains suisses. Vous avez présidé l'Orchestre de la Suisse Romande, vous êtes un peu inclassable. Vous êtes né à Ankara. Vous avez grandi en Suisse. Vous aviez écrit un Dictionnaire amoureux de la Suisse et maintenant vous écrivez un Dictionnaire amoureux de l'Esprit français. Vous, le Suisse, vous êtes amoureux de l'esprit français. 

    Le français, c'était ma langue quasiment dès ma naissance. À Istanbul, on parlait français dans ma famille. Non pas qu'il y avait des membres de la famille qui étaient de nationalité ou d'origine française, mais le français était, à Istanbul, la marque d'une culture, d'une civilisation, et également, ce qui portait un certain nombre de valeurs.

    Oui, c'est-à-dire quoi : la liberté, l'égalité, la fraternité ? Vous dites c'est ça !

    Absolument. Et même, j'ajouterai la dignité parce que, dans un pays où la situation politique était toujours très fluide, pour dire les choses poliment, le français représentait, il incarnait la justice.

    Oui. Pourquoi vous parlez au passé, Metin Arditi, vous dites : "il incarnait la justice". Cet esprit français est toujours là ?

    L'esprit français est toujours là. La situation au Proche-Orient a changé, elle n'est plus ce qu'elle était. Et je dois dire aussi, à ma grande tristesse, que d'une manière générale, la France ne défend pas sa langue comme elle le faisait.

    Oui. Elle ne défend pas non plus cet esprit. Vous dites quelque part même, parfois, elle en a honte de cet esprit français.

    Non, je n'irai pas jusque-là, mais certainement, qu'à un moment donné, en tout cas durant une grande partie du vingtième siècle, la France faisait d'énormes efforts pour la diffusion de sa culture et de sa langue et, je veux dire, de sa culture et de ses valeurs autant que de sa langue. C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui. J'en veux pour preuve, par exemple, que l'Institut français de Naplouse, qui était vraiment peu de chose sur le plan économique pour le Quai d'Orsay, a été fermé au mois de juillet dernier. C'est un crève coeur pour les gens de Naplouse, 150 mille habitants quand même, leur fenêtre vers le monde.

    Oui, donc vous, vous défendez à la place peut-être de certains Français, cet esprit français, sa vigueur, son incroyable histoire. C'est un dictionnaire amoureux que vous publiez chez Plon dans dans cette collection incroyable. Amoureux ?

    Ce serait la moindre des choses. N'est-ce pas ? Bien sûr.

    Vous êtes amoureux de quoi, Metin Arditi, pour cet esprit français ?

    Alors, cet esprit français, il a un certain nombre de facettes. Elles se définissent toutes avec un dénominateur commun qui est la grande légèreté. Tout est léger, tout est très abouti, tout est très maîtrisé. Les Fables de La Fontaine, la haute couture, l'art de la conversation à la française.

    La gastronomie, vous en parlez.

    La gastronomie… Le chant classique à la française qui est une des plus belles choses que l'homme ait créé depuis que le monde est monde. Un air de Duparc avec un poème de Baudelaire et une voix, par exemple, de Natalie Dessay. C'est une pure merveille. On se dit : "on a connu le beau, on peut mourir".

    Oui, mais est-ce-que ça c'est caractéristique de la France ?

    Alors, c'est caractéristique. D'une manière générale, l'esprit français a été construit, au fil des siècles, par une cohabitation très particulière à la France. La France a toujours eu de grands prophètes qui ont coexisté avec de grands saltimbanques.

    Les prophètes c'est quoi ? C'est Pascal, Diderot ?

    Alors, Pascal, par exemple, au 17ème siècle qui a cohabité avec les grands saltimbanques que l'on connaît.

    Vous dites, c'est Molière…

    Molière par exemple. Au 18ème siècle, les grands prophètes, c'était Diderot, c'était Buffon. Ensuite, il y a eu Renan, ensuite il y a eu Péguy. Voilà. 

    Et les saltimbanques, vous citez Colette, vous citez Guitry… Les deux finalement, les prophètes et les saltimbanques, se marient.

    Alors, il s'épaulent les uns les autres. Les prophètes sont là, en quelque sorte, pour donner une structure au pays. Ce sont les garants. Ils libèrent les saltimbanques dans l'expression de leurs talents. C'est quelque chose qui est tout à fait unique à la France. En Allemagne, il y a des prophètes, il n'y a pas les saltimbanques. Au fil des siècles…. En Italie, il y a les saltimbanques, il n'y a pas les prophètes. L'Europe des Lumières a été… Peut être que le premier acte, c'était Copernic, un Polonais mais largement l'Europe des Lumières a été construite par la France.

    "Je me demande si la plus grande des règles n'est pas de plaire". Vous citez cette citation en ouverture de votre livre, c'est Molière qui dit ça.

    Absolument. C'est de rendre dans la critique de l'école des femmes qui dit : "je voudrais bien savoir si la plus grande des règles de toutes les règles, n'est pas de plaire". Et là, il y a une cohabitation entre, d'une part, le désir que chacun de nous a de plaire, ça nous fait plaisir de plaire, quand on me dit : "tu lui as plu…"

    Les Français aiment plaire.

    Monsieur tout le monde aime plaire. Mais, il y a une autre composante en France, pays à fonctionnement vertical, à fonctionnement monarchique, nous le savons, aujourd'hui encore, qu'est le devoir de plaire. C'est ça. Lorsque Saint-Simon parle de la cour au 17ème siècle, et dit que les gens de cour, lorsqu'arrive le roi, craignent, et je le cite : "jusque du moindre de ses regards". Et lorsque vous voyez ce qui s'est passé cet été dernier, les déclarations de monsieur Benalla qui décrit le fonctionnement de l'Élysée. Vous remplacez Élysée par Versailles et vous vous rendez compte du poids des traditions.

    Oui. 

    Donc en France, il y a une nécessité de plaire, autant qu'un goût de plaire.

    Et il y a aussi un goût de l'insolence. Vous citez même les Guignols de l'info dans votre livre mais on pourrait évidemment parler de la Fontaine. Finalement, c'est une forme d'insolence.

    Oui, c'est le rôle du saltimbanque d'amuser le peuple. Sachant que les structures sont là et que le pays est dans de bonnes mains parce que les prophètes sont là, parce qu'il y a eu Pascal, parce qu'il y a eu Diderot, parce qu'il y a eu Renan, très important, parce qu'il y a eu Péguy. Voilà. Parce qu'il y a eu de Gaulle, qui est pour moi encore le dernier des grands prophètes.

    Oui mais alors ce devoir d'insolence, ce droit d'insolence, vous dites qu'il s'oppose, finalement, à un rejet de la gravité. Les Français pensent par exemple que les Suisses ou les Allemands sont les champions de la gravité et qu'eux ont droit à autre chose et refusent cela.

    Absolument, parce que la légèreté, je le disais tout à l'heure, c'est vraiment le dénominateur commun de tout ce qui incarne l'esprit français dans sa plus belle expression. Ces formes sont très abouties. Prenons par exemple la haute couture. La haute couture nécessite un travail fou. Prenons les Fables de La Fontaine : "L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours", on n'arrive pas à un vers pareil sans un travail colossal. Le dénominateur commun de toutes ces expressions, c'est la légèreté.

    Merci. Un dictionnaire amoureux de l'Esprit français, dans la précieuse collection chez Plon Grasset. Évidemment Metin Arditi était notre invité aujourd'hui. C'est un livre formidable. Merci beaucoup Metin Arditi d'avoir été là.

    Merci à vous.

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    00:08:24
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