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  • L'invité

    Çagla Zencirci, Guillaume Giovanetti

    Invités : Çagla Zencirci, Guillaume Giovanetti, réalisateurs.

    Çagla Zencirci, Guillaume Giovanetti, le couple franco-turc de réalisateurs, racontent le destin d'une jeune femme muette rejetée par son village des montagnes de la mer Noire qui, en parlant la langue sifflée ancestrale, va gagner son émancipation. Un magnifique portrait de femme en rébellion contre la société patriarcale en Turquie, récompensé au festival de Locarno.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Récompensé dans de nombreux festivals,  le film s'appelle Sibel. J'accueille avec plaisir Çagla Zencirci, et à ses côtés, Guillaume Giovanetti. Ce sont les réalisateurs de ce film qui nous amène dans les montagnes turques avec un personnage féminin absolument étonnante  et qui parle un drôle de langage, n'est-ce pas ? Et oui, ça s'appelle la langue sifflée qui est utilisée dans la région de la mer Noire de la Turquie. Il s'agit d'une transcription des syllabes en turc en son sifflé, ce qui nous (...)

    Récompensé dans de nombreux festivals,  le film s'appelle Sibel. J'accueille avec plaisir Çagla Zencirci, et à ses côtés, Guillaume Giovanetti. Ce sont les réalisateurs de ce film qui nous amène dans les montagnes turques avec un personnage féminin absolument étonnante  et qui parle un drôle de langage, n'est-ce pas ? Et oui, ça s'appelle la langue sifflée qui est utilisée dans la région de la mer Noire de la Turquie. Il s'agit d'une transcription des syllabes en turc en son sifflé, ce qui nous permet de dire tout ce qu'on veut dans cette langue. D'ailleurs, Guillaume Giovanette, qui est à vos côtés, parle le langage sifflé. Vous allez d'ailleurs nous en donner un petit aperçu. Dites-moi quelque chose.

    Ça veut dire Tammam Tammam, qui veut dire d'accord d'accord. Je commence par le plus simple, mais notre comédienne parle autrement mieux que moi, donc je vais m'arrêter là. Vous avez découvert un jour qu'il y avait un village, en Turquie, où cette langue existe, cette langue sifflée. Elle est au coeur de l'histoire de ce personnage féminin étonnant. Regardez Sibel. (langue étrangère) C'est une histoire poignante dans un décor époustouflant. Ce personnage,  on l'a compris dans la bande-annonce, est muette. Elle a perdu sa mère. Sa mère est partie. Elle vit avec son père dans un village où elle est rejetée. Cette force qu'elle a en elle a va tout emporter. Exactement. C'était ça, l'idée du film. On a été très sensible, la première fois qu'on est allé dans le village, à la force des femmes dans les champs, dans le village, dans la vie de tous les jours. On a voulu immédiatement mettre en scène un personnage très fort qu'on a construit en nous inspirant de certains éléments et de certaines femmes qu'on a rencontrées dans le village, qui a été incarnée par notre actrice Damla Sönmez. 

    Elle veut une forme de liberté. Elle est rejetée. Elle va faire une rencontre tout en chassant l'ours, une rencontre, on pourrait dire l'étranger, celui qui fait peur.

    C'est vrai. Le rejet, c'est un double mouvement. Non seulement elle est un peu exclue par les femmes, mais elle a aussi un comportement qui l'exclut elle-même. Elle cherche quelque chose. On dit que dans la forêt, il y a un loup qui rôde, ce qui empêche les femmes de monter dans la forêt et faire les cérémonies de mariage comme elles le faisaient avant. Elle voudrait chasser le loup et montrer au village qu'elle est utile au village, que les femmes peuvent remonter au Rocher de la mariée qui est mentionné dans le film. Tout en cherchant une force intérieure, elle rencontre un étranger qui va révéler une autre façon de communiquer et une autre façon de s'entendre. Qui va lui révéler à elle-même sa féminité, qui va casser quelque chose. On ne racontera pas la suite parce que c'est ce qui est vraiment très fort dans ce film. C'est une forme de libération ce que raconte ce film.

    Un petit peu. On est dans un personnage qui est à la marge d'une société. On s'intéresse, dans tous nos films, à des gens qui sont à la marge parce qu'on pense toujours que la marge révèle le centre d'une société ou d'une communauté, comme c'est le cas dans le village. Ce qui nous intéresse, c'est justement l'art du personnage qui va vivre beaucoup, beaucoup de choses pour trouver une forme de force qu'elle va pouvoir rediriger vers le village. C'est ce mouvement qui nous intéresse, c'est comment un personnage comme celui de Sibel, qui est en marge de cette société, va pouvoir changer quelque chose dans l'espace du film, mais aussi peut-être dans l'espace après le film. On va voir des images de ce film. La comédienne est absolument formidable. C'est Damla Sönmez, Elle est animale quelque part. Il y a quelque chose d'instinctif dans son jeu et dans ce personnage qui est très, très puissant.

    C'est vrai qu'elle amène énormément au film. Quand elle s'est rendu compte qu'elle ne pouvait émettre aucun son, elle a commencé à travailler sur sa respiration. C'est pourquoi pendant tout le film on suit Cibel, donc Damla Sönmez, et sa respiration qui nous rend compte un peu de ses états d'âme. Elle le siffle vraiment. Votre comédienne a appris le langage sifflé. Elle a appris, oui.  Sachant qu'au départ, quand on l'a rencontrée deux ans avant le tournage, elle en savait pas du tout siffler. D'ailleurs, son père se moquait d'elle régulièrement depuis son enfance. Elle a dû apprendre d'abord à siffler et surtout à parler la langue en apprenant les différentes syllabes de tous ces dialogues, au contact d'un professeur de langue sifflée qui l'a un peu pris sous son aile dans le village. Cela a duré de longs mois parce qu'elle partait vraiment de zéro. Elle a eu beaucoup de difficultés pour apprendre, mais quand on voit ce qu'elle arrive à faire sur le tournage et dans le film, on est assez impressionné.  Vous avez projeté ce film dans le village où il a été tourné, là où les gens parlent ce langage sifflé encore aujourd'hui. Le film, je le précise, a été diffusé non sous-titré parce que les villageois comprenaient ce qui était en train d'être dit à l'écran.  Exactement parce que normalement, ils parlent la langue. Les personnes d'un certain âge le parlent et le comprennent. Les tout-petits le parlent et le comprennent aussi, mais la génération au milieu, ils le comprennent très bien mais ne le parlent pas assez bien parce que les téléphones portables ont pris le dessus. Ils ont vu le film. Ils étaient vraiment contents d'entendre la langue sifflée dans ce film, de se voir eux-mêmes, leur maison. A la fin, ils nous ont proposé de faire le deuxième volet. Notre façon de travailler a aussi fait qu'on implique beaucoup les gens où on tourne, soit ils apparaissent dans le film, le film est un mélange entre des comédiens professionnels et des non-professionnels, donc les villageois eux-mêmes. Ceux qui n'apparaissaient pas dans le film faisaient soit partie de l'équipe, soit étaient chauffeurs, sot nous faisait la nourriture. On les a beaucoup impliqués en termes d'écriture, en écoutant leurs histoires et en réinjectant ça dans le scénario.  C'est ce qu'on disait, c'est un premier film. C'est une histoire de libération, une histoire de femme qui affirme son indépendance, sa personnalité. C'est aussi un film qui fait l'éloge de la différence, du droit à la différence. C'était important aussi. 

    Exactement parce que quand on fait des films, on essaie d'observer les gens qui ont été marginalisés et exclus. On le fait parce que quand vous voulez avoir une idée sur une société et que vous regardez les gens que la société exclut, vous avez une idée précise de comment la société fonctionne. Du coup, on s'est efforcé de le faire. L'idée du film, c'est la rencontre entre deux personnes, chacun en marge de leur société. On a Cible d'une part, et Ali qu'elle rencontre dans la forêt. Lui aussi, d'une certaine façon, ne fait pas partie des codes sociaux de l'endroit d'où il vient. Cette notion de l'étranger, on le disait, que l'on qualifie immédiatement de terroriste, que l'on va apprendre à connaître. C'est aussi un film qui dit qu'il faut se comprendre, il faut se parler, quel que soit le langage.

    Ne pas avoir peur de l'inconnu, c'est quand même très à la mode en ce moment, partout dans le monde. Dès qu'on ne connaît pas quelqu'un. On essaie de mettre des étiquettes dessus, terroristes, dangereux, migrants parfois. On a voulu que ce personnage représente vraiment cette peur de l'inconnu. C'était une des grandes thématiques qu'on a voulu traiter dans le film. Ce qui nous intéressait, c'était dans quelle mesure une histoire très locale, parce que ça ne peut arriver que dans ce village avec ces personnes, peuvent avoir une résonance bien au-delà du village, de la région ou du pays. Pour nous, la peur de l'inconnu, de l'étranger, de quelqu'un qui vient de l'extérieur, c'est quelque chose qu'on vit plus ou moins tous, à un moment ou à un autre dans notre vie, dans plein d'endroits de cette planète.

    Merci beaucoup à tous les deux. C'est un film universel. Le petit village où vous avez tourné s'appelle Kuşköy. Kuşköy, ça se traduit littéralement comme le village des oiseaux en turc. Le village des oiseaux, c'est magnifique. Cibel, allez voir ce film récompensé dans le monde entier. Merci à tous les deux d'avoir été nos invités. Merci beaucoup.

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    00:08:16
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