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  • L'invité

    Baba Diop et Stéphane Soumanou

    Invités du Fespaco 2019

    Baba Diop : Spécialiste du cinéma africain

    Stéphane Soumanou Vieyra : Président de PSV-Films


    Transcription

    Ça fait 50 ans ?

    Ah oui ! 50 ans, c'est jeune quand même. Quand j'entends dire peut-être que 50 ans après, même si on ajoute 50 ans, nous ne serons plus là. Je dis : "Non, vous serez toujours là, parce que les films, il faut aimer les films". Vous, vous êtes toujours là. Baba Diop, vous êtes - j'allais dire - une sommité de la critique de cinéma. En avril, vous avez présidé d'ailleurs la Fédération des critiques de cinéma africains. Oui, c'est vrai. Et aujourd'hui, vous êtes toujou (...)

    Ça fait 50 ans ?

    Ah oui ! 50 ans, c'est jeune quand même. Quand j'entends dire peut-être que 50 ans après, même si on ajoute 50 ans, nous ne serons plus là. Je dis : "Non, vous serez toujours là, parce que les films, il faut aimer les films". Vous, vous êtes toujours là. Baba Diop, vous êtes - j'allais dire - une sommité de la critique de cinéma. En avril, vous avez présidé d'ailleurs la Fédération des critiques de cinéma africains. Oui, c'est vrai. Et aujourd'hui, vous êtes toujours là. Oui mais écoutez, j'ai eu la chance effectivement, d'avoir fait mes premières armes ici. Parce que ce qu'il s'est passé avec Philippe Sawadogo,  nous avions fait nos études ensemble à Bordeaux. Donc quand il est rentré et qu'il a été, en 85 donc, nommé pour prendre le relais de Salimata  donc effectivement, il m'a invité et je me rappelle toujours ce premier voyage. C'est en train que je suis arrivé jusqu'au Mali. Et ensuite, j'ai pris le taxi-brousse et au beau milieu, il y avait le coup d'État hey ! on a passé la nuit dehors. Mais ça, ça fait des souvenirs, quand même.

    Stéphane Soumanou Vieyra… Eh bien oui. …vous c'est évidemment votre papa, personne ne peut l'avoir oublié, parce que c'est vraiment le fondateur de la cinématographie africaine.

    Eh bien voilà. Le fondateur, oui oui oui, parce que de l'Afrique subsaharienne, avec son film "Afrique-sur-Seine", en 1955, il a intégré l'IDEC.

    Sorti d'école d'abord, il y a 4 ans. Il est sorti de l'IDEC en 52. Paulin Soubarou Vieyra, voilà. Vieyra. On peut dire que c'est le précurseur du cinéma africain, dans sa totalité. Bon souvent un peu oublié, mais ce n'est pas grave, les archives parlent d'elles-mêmes. On verra tout à l'heure des beaux extraits. Oui, on va voir des images, d'ailleurs, on va commencer par ça, le festival, c'était en 1969. Écoutez donc ce que l'on va entendre, on va entendre la voix d'Alimata Salambéré, qui à l'époque, était la présidente du Comité d'organisation du premier FESPACO. "Nous aurions pu réaliser un mini-festival, un festival du pauvre, mais notre ambition allait au-delà. Nous voulions une manifestation à l'échelon national, international. Nous voulions prendre une place vacante en Afrique".

    Voilà, on voyait les images, on voyait Oumarou Ganda,  on voyait Ousmane Sembène, on voyait évidemment Paulin Vieyra. Et on se dit qu'en 1969, une page d'histoire est en train de s'écrire.

    Mais oui mais cette page-là, l'amorce avait déjà été faite. Parce que déjà en 66, dès qu'il y a eu le Festival Mondial des Arts Nègres, où Sembène effectivement, avec son film "La Noire de…" a été vraiment celui qui a…on a découvert ce film, on s'est dit : "Oui". Mais parce qu'ensuite, il y a eu "Borom Sarett", qui relève…je dis toujours que notre cinéma est influencé par le néoréalisme italien. Pourquoi ? Parce qu'effectivement, on n'avait pas des moyens de studios, donc on devait tourner en plein air et quand on tourne en plein air, la frontière entre le réel et l'imaginaire, le fil est très ténu. Donc forcément, on s'est dit : "Mais tiens, ça waow ! c'est bien". Ensuite, il y a eu aussi le fait de dire : "Bon maintenant, comme la distribution était aux mains de deux compagnies monégasques, (inaudible), il fallait décoloniser les écrans". Et Tahar Cheria a été l'un des défenseurs de cette décolonisation des écrans. Il a été tellement audacieux, qu'il a fait la première journées cinématographique de Carthage, alors que la Tunisie n'avait pas de longs métrages, n'avait pratiquement pas de films.

    C'est ça l'idée. C'est dans l'extrait, oui, il y a un extrait qui parle de ça, exactement. Oui.

    Alors, on voyait Paulin Vieyra, donc votre papa, il est dans cette aventure-là du FESPACO, dès le départ.

    C'est une aventure naturelle pour lui du FESPACO, comme j'expliquais avec le film "Afrique-sur-Seine". Mais avant, ça je voulais dire quand même que les images qu'on vient de voir, ont été produites par l'INA. Oui, L'Institut National de l'Audiovisuel français.

    Voilà. Et j'ai aidé l'INA justement, à mettre en images, puisqu'ils avaient des bandes sonores, donc j'ai trouvé dans les archives que j'ai conservées et c'est mon rôle aujourd'hui. On va voir encore d'autres images, d'ailleurs, c'est tout à fait formidable. Justement, des images qu'on voit, où on voit Paulin effectivement. On voit aussi Marpessa Dawn, pour son premier FESPACO, descente de l'avion et voilà, venir rejoindre Alimata Salembéré, la présidente donc du premier Comité d'organisation de 69. Donc ces images font partie des archives aussi. Ça fait partie de l'histoire. Je vous propose d'en voir encore des images, parce qu'en 69, on a déjà l'idée d'exporter le cinéma africain. Voilà. Eh bien c'est ces images, la distribution. On regarde les images, on en parle tout de suite, regardez. …maintenant que le public de Ouagadougou a fait connaissance avec "son" cinéma, tout soit mis en œuvre pour que les réalisations les plus marquantes du cinéma africain, quittent les salles des festivals et les ciné-clubs et soient présentés dans les salles de spectacles. Et que ce premier festival soit suivi de nombreux autres et que pourquoi pas ? Ouagadougou devienne la capitale du cinéma de l'Afrique noire".

    Oui Baba Diop, on entendait ce discours : exporter le cinéma africain. On sent bien que dès le départ en 69, ce FESPACO, c'est l'Afrique qui veut parler au reste du monde.

    On avait déjà parlé de l'Afrique, rappelez-vous "Afrique 50", de Vautier. Ils se sont retrouvés à Paris, Paulin Soumanou Vieyra, Sembène Ousmane et d'autres, Ababacar Samb, qui avaient leur troupe. Donc déjà, la décolonisation cinématographique était là, on parlait effectivement des travers de la colonisation. Arrive 66, avec bien sûr le Festival Mondial des Arts Nègres, arrive Tahar Cheria, qui était dans la culture, donc arrive aussi la FEPACI. Il y avait nécessité de regrouper aussi les cinéastes, avec la création de la FEPACI, la première "Semaine du cinéma", au Burkina, ensuite deuxième semaine, troisième semaine, il y a une nécessité maintenant, de faire un grand festival.

    Oui. On voit bien qu'à travers ces images - qu'on découvre ensemble, qui sont complètement inédites - avec l'Institut National de l'Audiovisuel, qu'il y a cette mémoire, qui fait aussi partie maintenant de l'histoire du FESPACO, qu'il faut préserver. Qui fait partie de l'histoire. C'est ça, qu'il faut préserver. Et moi justement, j'ai conservé énormément d'archives de mon père et que j'ai discuté un peu avec l'INA justement, pour leur proposer les bandes audio, puisque j'ai aussi des extraits sonores. La distribution du cinéma africain, je voulais dire un petit mot puisque aujourd'hui, je m'occupe aussi de distribution un peu du cinéma africain, en mettant les films de différents réalisateurs, à Tours. Donc voilà, ça fait partie de "faire voir" au moins les films africains, puisque l'engagement de Paulin à l'époque, c'était surtout de faire des films et il n'avait pas pu aller en Afrique tourner, donc il avait fait "Afrique-sur-Seine" justement, en bord de Seine. Qui est restauré, qui va être projeté ici pour la première fois. Qui est restauré, qui va être projeté demain voilà, pour la première fois. Voilà, c'est important. Alors on se disait, dans les années 80 écoutez, encore un document, parce qu'on en parlait, Thomas Sankara, il est ministre et voilà ce qu'il dit, au FESPACO.

    "Nous avons le devoir d'occuper le terrain du cinéma, faute de quoi, c'est d'autres qui vont l'occuper et qui vont enseigner et qui vont diffuser,  distiller les messages qui les intéresseront".

    Et là Baba Diop, on se dit que tout est dit là, Thomas Sankara, 1980. Mais Thomas Sankara je l'ai vu, il venait à l'hôtel Ndé. Un dimanche je ne sais pas, il faisait son footing et il a eu le bras ou la jambe cassé, mais il est venu avec son plâtre. Quand il y a eu aussi la bataille du rail, quand effectivement, on n'a pas voulu soutenir les financements du chemin de fer, il y a eu un FESPACO et les documents existent ; où il a dit à tous les cinéastes : "Que chaque cinéaste vienne pour serrer un boulon". Ça, c'est l'expression qu'il a, incroyable. Et ça, ça a été magnifique, ça, c'était la bataille du rail. C'est pour montrer l'engagement du cinéma, pas seulement pour les images, mais pour le développement aussi de notre pays. C'est-à-dire un cinéaste doit être engagé dans une cause, ce que l'on voit aujourd'hui, les jeunes. Moi, ce qui me fascine dans le cinéma documentaire de ces jeunes, ce n'était plus l'engagement politique, pancartes à la place de Sembène etc.. Mais dans les causes et dans les sujets qu'ils traitent, il y a un réel engagement de développement, mais un engagement politique aussi. Merci beaucoup, Baba Diop, merci Stéphane Soumanou Vieyra. C'était l'anniversaire, bon anniversaire. Bon anniversaire. Merci, bon anniversaire. On souffle les bougies.

    50 ans après, on sera toujours là, de par les œuvres d'abord, de par les œuvres et tout ce qu'on a laissé comme écrits. Merci à tous les deux. Merci. Merci.

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    00:08:14
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