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  • L'invité

    Elsa Amiel

    Invitée : Elsa Amiel, actrice et réalisatrice suisse.

    L'actrice et réalisatrice suisse Elsa Amiel sort son premier long métrage « Pearl ». Un récit qui se déroule dans le monde des championnes de culturisme et qui interroge sur l'image du corps des femmes dans la société. Elsa Amiel qui incarne le rôle de « Pearl » est elle-même bodybuildeuse.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Elsa Amiel. Bonjour. Vous avez été initié aux arts du spectacle par votre papa qui était mime. Vous êtes Franco-Suisse. Vous avez travaillé avec Raoul Ruiz, avec Riad Sattouf, avec Bertrand Bonello, avec plein de réalisateurs. Voici votre premier long-métrage qui sort. Il s'appelle Pearl et c'est un film complètement incroyable, dans le monde des bodybuildeuses, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français. Ce sont des femmes qui travaillent leur corps d'une manière incroyable (...)

    Bonjour, Elsa Amiel. Bonjour. Vous avez été initié aux arts du spectacle par votre papa qui était mime. Vous êtes Franco-Suisse. Vous avez travaillé avec Raoul Ruiz, avec Riad Sattouf, avec Bertrand Bonello, avec plein de réalisateurs. Voici votre premier long-métrage qui sort. Il s'appelle Pearl et c'est un film complètement incroyable, dans le monde des bodybuildeuses, je ne sais pas comment on pourrait dire ça en français. Ce sont des femmes qui travaillent leur corps d'une manière incroyable. Oui, des bodybuldeuses, c'est le nom exact des culturistes, qui serait un nom sans genre. C'est un monde fascinant dans lequel j'ai plongé pour ce film et que j'ai vraiment découvert en cherchant un sujet pour mon premier long-métrage. Je dois dire que j'ai été fascinée par ce monde et que j'ai eu vraiment envie d'écrire une fiction. Je trouvais que c'était un terrain formidable pour de la fiction. C'est presque dérangeant. En tous les cas, regardez ce personnage incroyable. "Pearl". Léa Pearl ! (langue étrangère) C'est une sorte de tragédie grecque. Ce personnage est incroyable. Cette femme est incroyable. Elle doit gagner un concours très important. Elle a un coach qui colle à elle et elle a un petit enfant, son enfant qui débarque  un jour, avant la compétition. C'est le petit grain de sel qui vient enrayer la machine, l'enfant. Le film a pour contexte le bodybuilding, mais c'est vraiment le trajet d'une femme. Effectivement, le point de départ, c'est de se dire qu'elle est accompagnée d'un coach qui a une énorme emprise sur elle et qui vit par procuration à travers elle. On est vraiment dans ce rapport, de créateur et de créature. Tout se passe pendant une compétition. A quelques heures de la finale, il y a la chair de sa chair qui débarque, mais elle n'a pas voulu être mère. C'est ça, la réalité. Tout le film va la reconstruire quelque part. Elle va enlever tous ces schémas dans lesquels elle s'est mise pour justement s'affirmer en tant que femme.

    C'est incroyable, je disais presque dérangeant parce que cette femme se construit une identité par son corps, qu'elle modèle d'une certaine façon. Elle crée un autre elle-même.  Oui, le bodybuilding, c'est souvent ça. Ce sont souvent des êtres qui ont décidé d'aller dans cette voie justement pour se créer un nouveau soi, une nouvelle identité. En travaillant son corps de la sorte, ça a des influences sur tout, évidemment sur le mental, mais aussi sur la vie sociale parce que cette discipline impose des régimes terribles. Elle renonce à tout. Elle renonce à être la femme qu'elle avait été. Parce qu'elle s'est mise dans des schémas qui ne lui convenaient pas et qui sûrement répondaient à des injonctions de notre société. Une femme doit être épouse, doit être mère. Elle a essayé, mais ça ne lui convenait pas, et elle a décidé de faire du bodybuilding.

    On va voir des images dans ce film. C'est incroyable parce que la comédienne, on peut dire que ce n'est pas vraiment une comédienne. Au départ, c'est une vraie bodybuildeuse. C'est Julia Föry qui est dans son propre personnage d'une certaine façon. Vous le dirigez. Elle n'est qu'un corps au début du film. Elle était formidable, Julia. Le point de donnée, quand on cherchait le personnage, on a envisagé de travailler avec une actrice, c'était impossible. C'était de se dire, il faut trouver un corps. C'était le point de départ. Mais au-delà de ça, il fallait trouver aussi une femme qui saurait être féminine, sensible, fragile et qui saurait émouvoir. Julia avait toutes ces qualités. La force n'appartient pas qu'aux hommes. Oui, absolument. On part dans l'idée que l'on voit ce corps et on se dit  que c'est la masculinité parce que c'est la force, parce que ce sont les muscles, donc elle compense en étant ultra-féminine, maquillage, coiffure, bijoux. J'ai un peu de mal en disant que c'est un film féministe parce que, comme Léa, je n'ai pas envie d'enfermer le film dans une case justement en disant que c'est féministe. Ma démarche n'est pas militante. Quand j'ai commencé à écrire le film, c'était il y a sept ans. On n'était pas encore dans les Me too, dans Balance ton porc. On n'était pas encore dans cette réflexion, dans cette chose-là. Tout d'un coup, le film s'est chargé de politique parce que l'actualité. Le point de départ était vraiment de se dire, je vais travailler sur une héroïne qu'on n'a jamais vue au cinéma avec nos a priori, nos préjugés. On part de ce corps. Ce corps peut nous effrayer. On a des idées sur ce corps et c'est le corps qui va faire avancer la narration tout au long du film. Sous le corps, on va découvrir la femme. Il n'y a pas de psychologie dans le film. C'est plutôt de se dire que le corps donne les signaux, petit à petit. Quand on découvre Julia dans son entièreté dans le film, je crois que c'est le moment où on peut l'accepter pleinement parce qu'on a passé un long moment avec elle, on s'est attaché à la femme et on ne s'est plus arrêté à l'apparence.  Au-delà justement, la question de l'apparence est posée, la question de la féminité, la question du droit à être différent. Oui. Quand elles font du bodybuilding, ce n'est pas pour aller sur le terrain des hommes. C'est leur façon de vivre leur féminité. Elles se sentent ultra-femmes en faisant ça. Evidemment, elles savent très bien qu'elles prennent ce chemin et que ce chemin est à part. Elles le savent. Mais en même temps, en faisant du bodybuilding, j'y ai découvert quand même des êtres extrêmement seuls. Faire du bodybuilding, c'est aussi de se dire je maîtrise, c'est peut-être une illusion, mais en tout cas j'ai la maîtrise, j'ai le contrôle sur moi. Je fais ce que je veux de mon corps et c'est moi qui décide. C'est une forme de liberté.  Oui de liberté qui a un prix parce que c'est quand même un sport de sacrifice énorme.  Au prix d'abandonner ou de retrouver ce petit enfant, cette part d'elle-même qui va être la trame de ce film.

    En travaillant sur un personnage féminin comme ça, on se pose justement les questions de formes de féminité et de maternité. Ça m'intéressait de partir de ce corps démesuré, hors norme et de se dire que cette femme a été dans la norme avant, qu'elle a été mère. Elle a enfanté. C'est un corps qui a enfanté. Le fait de retrouver son enfant, elle a abandonné cet enfant. Non seulement elle a choisi une voie qui ne correspondrait pas aux femmes, de se construire ce corps, et en plus, elle a décidé de ne pas élever son enfant. Elle n'a pas voulu de son enfant. Je suis allée dans les extrêmes évidemment,  mais c'était là où je pouvais aussi créer de la fiction et créer un rapport fort avec l'enfant. Ça ne va pas passer pas par de la psychologie entre les deux. Ça va passer juste part de la sensation, par de l'émotion qui va naître petit à petit, par du tactile. Merci beaucoup. Elsa Amiel, on était ravi de vous recevoir pour votre premier long-métrage, étonnant, on l'a compris. Il s'appelle Pearl. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. Merci à vous.

    d'eau.

    Merci.

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    00:08:12
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