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  • L'invité

    Yamen Manai et J.M.G. Le Clézio

    Invités : Yamen Manai et J.M.G. Le Clézio.

    "L'Amas ardent", le troisième roman de Yamen Manai, raconte les espoirs de toute la Tunisie d'aujourd'hui, à travers le destin des abeilles. L'écrivain tunisien a reçu pour ce livre le Prix des cinq continents de la Francophonie. Il est accompagné du prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio, membre du jury de ce prix, attribué à la Foire du livre de Francfort.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis la Foire du livre de Francfort.

    Transcription

    Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO est mon invité avec Yamen MANAÏ qui est également ici, et qui est Prix des cinq continents de la francophonie. On est à la foire du livre de Francfort ici et Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, prix Nobel de littérature, qui fait partie de ce prix, heureux de décerner finalement à cet auteur tunisien ce merveilleux prix pour "L’amas ardent", Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO.

    Oui, nous sommes tous très heureux dans le jury du prix parce que c’est un livre qui a re (...)

    Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO est mon invité avec Yamen MANAÏ qui est également ici, et qui est Prix des cinq continents de la francophonie. On est à la foire du livre de Francfort ici et Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, prix Nobel de littérature, qui fait partie de ce prix, heureux de décerner finalement à cet auteur tunisien ce merveilleux prix pour "L’amas ardent", Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO.

    Oui, nous sommes tous très heureux dans le jury du prix parce que c’est un livre qui a reçu l’unanimité des jurés et c’est un très beau roman, c’est un véritable roman comme le soulignait HADDAD. Je l’ai lu comme un roman policier, c’est-à-dire que c’est une page-turner ; on a envie de tourner les pages pour savoir ce qui va se passer et on découvre donc cette intrigue extraordinaire dans laquelle les abeilles tiennent un rôle majeur.

    Ça, ça vous touche Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO ?

    Oui je connaissais le phénomène de "L’amas ardent", je l’avais lu, décrit dans des revues, dans des magazines spécialisés, mais là Yamen MANAÏ l’a décrit avec une telle sympathie, un tel enthousiasme que tout à coup on devient un peu comme les abeilles elles-mêmes, on est du côté des abeilles.

    C’est vrai, c’est ça que vous avez voulu faire Yamen MANAÏ dans ce livre-là, c’est vraiment raconter à travers ces abeilles finalement une sorte de polars lié parfois au divin ?

    Vous avez bien raison parce qu’il s’agit vraiment bien de relation avec le divin. Ces dernières années j’étais vraiment très sensible à la violence qu’on a constaté et qu’on a vu perpétuer au nom de ce qui est divin et je n’arrivais pas à trouver la façon de répondre à cela, je cumulais de la rage, de l’angoisse de ce que je voyais et je n’arrivais pas à le sublimer, je n’arrivais pas à le ressortir d’une façon littéraire et j’ai attendu, j’ai rangé mon frein jusqu’au jour où j’ai vu un documentaire sur les abeilles où elles étaient attaquées par des frelons ; et là où énormément d’abeilles n’avaient pas de défense contre ces attaques-là, une espèce d’abeille est capable d’une solidarité sans faille, d’une solidarité sans limites et c’est ce qui les sauve. Et j’ai trouvé en fait dans cette allégorie-là ce qui me manquait pour pouvoir entamer l’écriture de ce livre-là, le parallèle entre l’utopie que représente le monde des abeilles et le monde des hommes à un point qu’à un moment j’ai voulu appeler ce roman-là "Des abeilles et des hommes", mais il y a un très beau documentaire déjà qui est sorti il y a deux ans et qui porte ce nom-là et je vous invite vraiment à le voir parce qu’il est très beau et permet encore d’être plus sensible au destin des abeilles qui est aussi notre destin à nous.

    Oui, c’est vrai, le destin des abeilles, c’est notre destin Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO ?

    Oui, on le sait depuis longtemps, c’est EINSTEIN qui l’a dit lui-même que lorsque les abeilles disparaîtront, il nous restera une semaine à vivre à peu près et malheureusement, elles sont très menacées. Heureusement, maintenant on en a pris conscience donc on favorise l’existence des insectes, pas seulement des abeilles, mais de tous les insectes. Et ce livre a cette dimension presque mythique nous rappelle la fragilité de notre existence à nous les humains, nous sommes responsables pour une part de notre propre survie et donc les abeilles en font partie, mais c’est aussi une allégorie, c’est aussi une allégorie sur ce qui envenime notre monde et les abeilles ne sont pas venimeuses, mais en revanche les frelons le sont.

    C’est vrai. Ces frelons et les abeilles, l’histoire du monde aujourd’hui.

    Il y a énormément de parallèles, en fait ce qui est intéressant dans le monde de l’abeille, c’est qu’il y a une seule impératrice et elle ne parle pas, elle se promène sur le territoire de ses ouvrières comme n’importe quelle autre abeille, il n’y a pas d’ordre, il y a une volonté commune d’atteindre un objectif supérieur et c’est celui qui animait la mécanique et la roue de la vie. L’abeille en faisant ça, elle pollinise 80 % de ce qu’on mange et ce que mangent les autres créatures aussi parce qu’il n’y a pas que l’être humain qui mange sur cette terre. Ces abeilles-là, en faisant cela, elles arrivent en plus à produire du miel qui est vraiment aussi un médicament, quelque chose de supérieur. L’être humain est-ce qu’il serait capable avec sa conscience et toute l’étendue de sa conscience de faire aussi bien ? C’est ça en fait que je me suis posé, que je me suis demandé dans ce livre-là. J’aimerais en fait dans la mesure de ce qui est possible qu’on puisse s’inspirer de l’abeille et aujourd’hui c’est un enjeu majeur à tous les échelons parce que le biomimétisme en fait, c’est quelque chose d’important. La nature a mis des millions d’années d’évolution pour trouver des solutions de vie aux différentes espèces et l’être humain devrait de plus en plus s’en inspirer pour pouvoir vraiment pérenniser son existence et l’existence de son habitat.

    Oui, ça fait penser au dodo dans votre dernier livre, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, où les Hollandais en arrivant les détruisent finalement à coups de pierres, les mangent alors que ce n’est pas bon du tout et finalement, cet énorme oiseau disparaît et puis un jour, ils sont prêts à donner une récompense pour qui en retrouvera un, mais c’est trop tard.

    Oui, le dodo est un bon exemple parce qu’il mangeait une variété de graine d’un arbre qui s’appelle sidéroxylon grandiflorum, qui ne survivait que grâce au dodo. Il en reste encore quelques-uns, ils ont 400 ans, mais lorsqu’ils mourront, cet arbre ne pourra plus pousser parce qu’il lui manque le dodo. Donc c’est vraiment l’équilibre, l’union entre une espèce animale et une espèce végétale. C’est comparable à celle que décrit Yamen MANAÏ. Je voudrais ajouter pour Yamen MANAÏ que ce qui m’a beaucoup séduit dans son livre, c’est que Yamen MANAÏ est un scientifique. C’est un homme de science aussi, donc il sait de quoi il parle et il parle avec la réserve et l’exactitude de l’homme de science et en même temps avec le feu du poète et l’imagination du romancier.

    C’est ce mariage-là qui est fascinant, finalement.

    Ça m’a fait penser à MAETERLINCK, il y a eu ce grand poète qui a écrit sur "la vie des abeilles" et qui a écrit aussi une poésie magnifique donc quelques fois les deux se rencontrent.

    Oui tout est poésie finalement, tout doit être finalement poétisé pour mieux comprendre peut-être la réalité et même la réalité scientifique.

    Il y en a qui disent que la poésie c’est le monde qui nous revient. Friedrich HÖLDERLIN qui est un philosophe et un poète allemand disait que "seuls les poètes construisent ce qui demeure". Je pense qu’on est là que par les mots, on laissera des traces que ce qu’on a réussi à écrire. Énormément de constructions, d’édifices, de ponts, de bibliothèques se sont effondrés, et énormément d’ouvrages ont parcouru le siècle jusqu’à nous…

    C’est finalement un livre d’espoir Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO ? C’est-à-dire que finalement l’homme peut se sauver de lui-même grâce à la nature, grâce aux abeilles.

    Oui, je me suis senti très bien après avoir lu ce livre, je me suis dit "il y a une solution, on va trouver la solution" et évidemment, c’est littéraire, mais la littérature souvent à ce caractère, prophétique ce serait un peu exagéré, mais elle a un caractère de voyance. Les écrivains même s’ils sont scientifiques comme Yamen MANAÏ, ils ont aussi cette capacité de ressentir profondément ce qui nous affecte, ils ne sont pas seulement une membrane de résonance, ils sont aussi une terminaison nerveuse et donc cette terminaison nerveuse guide leurs mots et au fond, c’est leur inspiration.

    Merci beaucoup, Jean-Marie Gustave LE CLÉZIO, membre du Prix des cinq continents, prix Nobel de littérature et membre du Prix des cinq continents, ce prix attribué cette année à "L’amas ardent" de Yamen MANAÏ, ici, à Francfort à la grande foire du livre avec TV5Monde. Merci à tous les deux.

    Merci, c’était un plaisir de parler avec vous.

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    00:08:13
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