Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Liz Gomis

    Invitée : Liz Gomis.

    La journaliste d'origine sénégalaise Liz Gomis est membre du nouveau Conseil présidentiel pour l'Afrique, créé par Emmanuel Macron pour donner un nouveau visage aux relations entre la France et l'Afrique. Liz Gomis aura un accès direct au président de la République française pour le conseiller sur sa politique africaine.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Liz GOMIS.

    Bonjour.

    Vous êtes chroniqueuse à Radio Nova, journaliste,

    et désormais membre du Conseil présidentiel pour l'Afrique,

    qui a été créé par le président Macron.

    On voit ici la photo de ce conseil. C'était le 29 août dernier.

    11 membres dont 6 femmes, 5 issues du continent,

    pour conseiller le président Macron pour sa politique africaine,

    et avoir un accès direct au prés (...)

    Bonjour Liz GOMIS.

    Bonjour.

    Vous êtes chroniqueuse à Radio Nova, journaliste,

    et désormais membre du Conseil présidentiel pour l'Afrique,

    qui a été créé par le président Macron.

    On voit ici la photo de ce conseil. C'était le 29 août dernier.

    11 membres dont 6 femmes, 5 issues du continent,

    pour conseiller le président Macron pour sa politique africaine,

    et avoir un accès direct au président de la République.

    Pourquoi vous avez accepté cette mission ?

    Alors, j'ai accepté cette mission

    parce que je me suis dit déjà c'est rare qu'on vienne chercher des gens de la société civile,

    en tout cas concernant l'Afrique, parce que quand on parle du continent africain,

    en tout cas des relations entre la France et l'Afrique,

    on a toujours cette vision un peu paternaliste,

    on a toujours l'impression de tout savoir nous français,

    alors que la réalité est toute autre,

    et que sur le terrain, on n'a pas forcément une bonne réputation.

    Et je me suis dit

    écoute, tu fais de nombreux voyages, tu fais de nombreux allers et retours,

    par exemple au Sénégal puisque que ma mère y vit la moitié de l'année,

    mes activités sont souvent à destination des plus jeunes,

    j'ai entendu pas mal de choses, j'essaye de les écouter au mieux,

    et je me suis dit écoute, si je peux apporter ma petite pierre à l'édifice,

    et en tout cas, remonter des informations vraies de terrain

    qui ne passent pas par les circuits habituels,

    à savoir les ambassades ou les centres culturels,

    parce qu'encore une fois les ambassades, les centres culturels,

    c'est toujours un peu hors sol.

    Et moi, j'ai le sentiment de marcher sur les trottoirs,

    de rencontrer les gens, de discuter avec eux.

    C'est ce que vous a dit le président Macron,

    il veut donner un nouveau visage à la relation entre la France et l'Afrique ?

    Effectivement, c'est un peu ça, alors je ne sais pas si c'est…

    enfin oui effectivement c'est un nouveau visage,

    la relation France-Afrique elle perdurera dans le temps,

    elle existe depuis longtemps

    puisqu'on sait l'histoire de la France et de la francophonie, en tous cas en Afrique,

    et je sais que ça perdurera dans le temps.

    Et l'idée, c'est quand même de se dire comment faire pour améliorer ça ?

    C'est-à-dire qu'on a toujours eu cette position comme je disais un peu paternaliste,

    un peu hautaine,

    et à un moment donné il faut juste regarder les gens, connaître leur culture,

    savoir qui ils sont véritablement, et aller plus loin que ça

    pour pouvoir véritablement vivre ensemble entre guillemets,

    puisque de toute façon, on sera toujours liés, vu la diaspora qu'il y a ici en France,

    je ne vois pas comment d'un coup, d'un seul,

    la relation entre la France et l'Afrique s'arrêterait.

    Moi je fais partie de ces gens-là.

    Oui, mais l'idée, c'est de la changer, cette relation entre la France et l'Afrique,

    de lui donner un nouveau visage, apparemment c'est l'expression qui a été employée.

    Alors oui, il y a cette notion de nouveau visage.

    Nous, ce qu'on va apporter en termes de changement,

    c'est effectivement ce lien en direct de la rue jusqu'à monsieur le président,

    c'est vraiment ça l'idée.

    C'est-à-dire que vous allez avoir l'accès direct au président de la République,

    c'est ce qu'il veut,

    vous allez le rencontrer à chaque fois qu'il fait un voyage en Afrique ?

    Alors, pas forcément à chaque fois qu'il fait un voyage en Afrique.

    L'idée, c'est d'avoir une vision beaucoup plus globale.

    Alors moi, je ne connais pas l'historique du président concernant ses relations,

    enfin concernant sa connaissance du continent,

    mais une chose est sûre, c'est qu'il a envie d'en savoir un peu plus,

    il a envie d'avoir vraiment les mains entre guillemets, j'allais dire dans le cambouis,

    pour savoir véritablement quelle est l'essence de cette relation.

    Il sait très bien que, comme je vous disais, que la relation n'est pas au mieux.

    Des discours de Dakar de Nicolas Sarkozy nous ont fait beaucoup de mal,

    je pense qu'on paie encore la facture de ça.

    Oui. Ce discours sur le fameux "l'homme africain n'est pas rentré dans l'histoire".

    Et l'idée, c'est vraiment de se dire, bon il y a eu ces erreurs-là,

    il va falloir qu'on trouve un moyen d'assainir tout ça,

    parce que le passé est vraiment lourd,

    que la jeunesse n'a pas envie de vivre ce que leurs parents ont vécu.

    Ma phrase, c'est vraiment ça, moi je ne suis pas mes parents,

    et eux non plus ne sont pas leurs parents.

    C'est-à-dire que moi j'ai vécu avec des parents

    qui ont connu la colonisation et la décolonisation, mais depuis la France.

    Eux sont encore au Sénégal, ou au Togo, ou au Bénin, ou au Burkina Faso,

    et ça fait 60 ans, et ils ont l'impression que rien n'a changé, rien n'a bougé.

    Or, aujourd'hui, avec l'accès aux communications,

    le fait que les gens soient allés à l'école, ça change vraiment toute la donne.

    Et vraiment, les choses ont changé, ont bougé…

    C'est-à-dire on rompt avec la Françafrique pour parler très clairement ?

    Avec les réseaux, avec…

    De notre point de vue en tous cas pour les membres du CPA, c'est vraiment ça,

    moi je n'ai absolument pas envie, enfin…

    je ne veux même pas entendre parler de tous les réseaux

    qu'a pu construire la France durant toutes ces années.

    Vous signez d'ailleurs une charte de transparence.

    Et d'éthique.

    Voilà, et d'éthique.

    Pour laquelle… oui, voilà, donc on a signé, nous sommes absolument bénévoles,

    on continue absolument toutes nos activités.

    Qu'est-ce qui se passera si ces conseils ne sont pas du tout suivis ?

    Eh bien, c'est très simple hein, la porte de sortie c'est tout droit

    "merci je ne vous en veux pas, vous ne m'en voulez pas,

    mais je suis désolée, mais là je ne vois pas en tout cas les résultats de ce que j'espérais".

    Oui. Qu'est-ce que vous attendez le plus, Liz GOMIS ?

    Qu'est-ce que j'attends le plus ? Comme je vous dis il y a une…

    Concrètement, par exemple, pour que les Africains voient un changement

    dans la relation entre la France et l'Afrique.

    Alors, il faudrait déjà que les mentalités changent.

    Ça, ça prend beaucoup de temps, ça c'est la première chose.

    Ça prend énormément de temps,

    mais si ça part du chef de l'état, déjà je pense qu'on lance un message fort.

    C'est-à-dire que si le président MACRON…

    en fait, ce n'est pas qu'une histoire de discours,

    ce n'est pas juste de dire "on va conseiller le président pour faire des discours".

    Oui, parce qu'il va faire un discours au mois de novembre au Burkina Faso.

    Son discours africain, vous allez le conseiller sur ce discours.

    Ce discours qui va être symbolique, mais il faut vraiment aller au-delà du discours.

    Moi, ce qui m'intéresse c'est ce qui va y avoir après.

    C'est, sur le terrain, qu'est-ce qu'on fait ? Comment on le fait ?

    Dans quelles conditions on le fait ?

    Favoriser la mobilité, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

    Je suis même témoin de ça.

    Je fais un documentaire sur le Togo, on devait faire venir un artiste,

    et il se fait bloquer au consulat,

    on lui demande des papiers improbables pour venir en France

    alors qu'il est déjà venu trois fois.

    Vous allez le dire au président ça ?

    Évidemment, ce sont des choses que je vais remonter

    parce que ce sont des choses qui me qui me fâchent, plus qui me chagrinent.

    C'est vraiment des choses qui me fâchent parce que je me dis

    alors attendez deux secondes, vous voulez qu'on ait une relation saine,

    sauf qu'au final on parle de "il n'y a plus de frontières, tout est beau,

    sauf qu'il y a plus de frontières sur le nord.

    Pour tout le sud, les frontières elles existent vraiment,

    aller juste dans un consulat français en Afrique, c'est hallucinant,

    quand on demande des papiers improbables,

    des sommes d'argent improbables,

    et qu'au final, on est reçu comme si on était un moins que rien,

    ça fait vraiment mal au cœur de voir ça,

    parce que moi je suis Française d'origine Sénégalaise et Bissau-Guinéenne.

    Oui, vos parents ont travaillé longtemps chez Renault.

    C'est ça, mon père travaillait chez Renault, ma mère faisait le ménage à la mairie,

    donc en termes de symbolique française, enfin en termes de symbolique…

    Oui. Vous dites d'ailleurs, votre maman,

    elle nettoyait la devise Liberté, Egalité, Fraternité sur le fronton de la mairie.

    Et j'ai mis du temps à ancrer ça. Ça a été compliqué, ça ne s'est pas fait en 36 ans.

    Encore aujourd'hui, je continue de me battre

    contre toutes ces inégalités et les discriminations.

    C'est des choses qui me tiennent à cœur parce que j'ai vécu ça,

    j'ai vu ma mère et mon père en gros baisser la tête toute leur vie.

    Et ils nous ont demandé limite de faire la même chose.

    Mais encore une fois, je ne suis pas ma mère.

    Moi je suis allée l'école de la république, cette fameuse école-là.

    Vous m'avez donné les moyens, ben je vais m'en servir,

    et je vais vous montrer qu'effectivement, je ne suis pas ma mère.

    Je sais lire, je sais écrire et je vais me servir de ces moyens.

    Vous allez lui parler comme ça à Emmanuel Macron ?

    Je ne sais pas si je vais lui parler comme ça,

    mais en tout cas, une chose est sûre,

    je ne vais pas avoir ma langue dans ma poche.

    De toute façon, si on est venu me chercher, c'est aussi pour ça,

    sinon, on aurait pris quelqu'un d'autre, qui aurait eu un discours beaucoup plus lisse,

    beaucoup plus consensuel, et qui ferait plaisir à tout le monde.

    Mais je pense qu'il a quand même envie…

    Il a été chercher une équipe un peu poil à gratter.

    L'idée c'est vraiment ça, c'est de lui dire

    "non, là ça ne va pas, là ça ne va pas, là ça ne va pas".

    Ensuite encore une fois, il fera ce qu'il fera, il l'entendra ou pas,

    mais en tout cas je l'aurais dit,

    et pour moi, c'est une façon d'amener un peu plus que mon bulletin de vote.

    Alors voilà, la seule arme que j'ai aujourd'hui en France de m'investir,

    c'est de voter ou de militer.

    Je vote, mais là on me propose de faire partie de cette cellule de consultation,

    et d'être assise à la table, mais je ne vais jamais refuser ça.

    C'est-à-dire que j'y vais,

    et je vais vraiment utiliser ce petit moyen qu'on me donne pour m'exprimer.

    Encore une fois si ça marche, tant mieux,

    si ça ne marche pas "merci, au revoir, c'était génial".

    J'aurais appris, quoiqu'il arrive j'aurais appris de cette expérience.

    Merci beaucoup, Liz GOMIS.

    Merci à vous.

    C'était un plaisir de vous recevoir.

    Membre du conseil présidentiel pour l'Afrique et journaliste chroniqueuse à Radio Nova.

    (Liz Gomis) Merci à vous.

    (homme 1) Merci d'avoir été avec nous.

    Voir plusmoins
    00:08:13
    Tous publics
    Tous publics