Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Chargement du lecteur...
  • L'invité

    Leïla Slimani

    Invitée : Leïla Slimani.

    Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, est l'une des invitées vedettes de la Foire du livre de Francfort. Son dernier livre "Sexe et mensonges" est un essai sur la vie sexuelle au Maroc.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis la Foire du livre de Francfort.


    Transcription

    -La Foire du livre de Francfort, Mathias ÉNARD, Prix Goncourt 2016.

    -Tout à fait.

    -Le prix Goncourt 2016, alors que Bernard PIVOT, avec toute l’académie Goncourt, est venu ici annoncer la toute dernière sélection. J’imagine qu’ils sont anxieux, on voit qu’évidemment toute l’académie Goncourt était rassemblée autour de Bernard PIVOT pour dire "voilà les quelques-uns qui restent encore dans la liste de ce prix fabuleux. " Vous en souvenez, Mathias ÉNARD, vous, il y a 2 (...)

    -La Foire du livre de Francfort, Mathias ÉNARD, Prix Goncourt 2016.

    -Tout à fait.

    -Le prix Goncourt 2016, alors que Bernard PIVOT, avec toute l’académie Goncourt, est venu ici annoncer la toute dernière sélection. J’imagine qu’ils sont anxieux, on voit qu’évidemment toute l’académie Goncourt était rassemblée autour de Bernard PIVOT pour dire "voilà les quelques-uns qui restent encore dans la liste de ce prix fabuleux. " Vous en souvenez, Mathias ÉNARD, vous, il y a 2 ans quand vous étiez dans la dernière liste ?

    -Bien sûr, c’est difficile à oublier, c’est un moment de grande angoisse la semaine qui précède le prix et puis finalement l’annonce du vainqueur, un moment de stupéfaction, un peu, quand on entend son nom à la radio.

    -C’était Boussole, ça a changé votre vie ?

    -Non, ça n’a pas changé ma vie, mais c’était vraiment un moment très fort.

    -Merci, Mathias ÉNARD, on retrouve le prix Goncourt qui vous a succédé l’année d’après, c’est Leïla SLIMANI pour Chanson douce, elle était aussi invitée ici au Salon du livre de Francfort.

    Leïla SLIMANI, ici à la foire du livre de Francfort, la plus grande foire du monde finalement. Un an après le Goncourt, ça fait quoi d’être là, Leïla ?

    -C’est très excitant. Je suis arrivée il y a à peine une heure, j’ai déjà rencontré des gens de 10 nationalités différentes, je viens de croiser mon éditeur chinois, donc c’est très amusant, très enthousiasmant, une sorte de Tour de Babel de la littérature, c’est marrant.

    -Publié dans le monde entier, traduit dans le monde entier, ça c’est fantastique ! Qu’est-ce qu’on ressent de se dire, voilà…

    -D’abord c’est un peu l’effet Goncourt, c’est vrai qu’il y a des effets extraordinaires du prix Goncourt, les Français ne s’en rendent pas compte, mais c’est un prix qui est très, très connu à l’étranger. On ne le mesure pas assez ici en France, à quel point c’est prestigieux et à quel point la littérature française reste une littérature qui fascine, qui intéresse, qui interpelle les gens partout dans le monde, sur tous les continents, donc ça, c’est merveilleux et ça me permet non seulement de voyager, mais de découvrir des sociétés que je ne connais pas à travers les discussions littéraires. En fait, on se met à parler de tout, on parle de la vie quotidienne, on parle de politique, on parle de tout ça, et c’est passionnant.

    -Et quand on écrit, on pense à cette dimension un peu, j’allais dire, presque universelle ?

    -On pense à la dimension universelle, mais pas à la dimension de traduction, on pense à la dimension universelle dans la mesure où on essaye d’écrire pour quelqu’un qui pourrait être, d’une certaine façon, n’importe qui, qui pourrait vivre dans n’importe quel territoire, qui pourrait avoir n’importe quelle religion et n’importe quelle nationalité. Mais c’est vrai que la traduction, ce n’est pas quelque chose à…, enfin, en tout cas moi, auquel je pense en écrivant.

    -Oui, la littérature au fond c’est quoi ? C’est un message de liberté ? Quand on voit, effectivement, il n’y a pas de frontières ?

    -Je dirais que la littérature, justement, c’est l’inverse du message. La littérature, ce n’est pas un message, la littérature c’est un espace, c’est une voix, c’est, comment dire, un espace de liberté absolument immense, mais justement il n’y a pas de message, c’est le seul lieu où il y a une espèce de flottement, d’ambiguïté possible où on dit quelque chose et en même temps son contraire, où on peut explorer ce qui est impossible à explorer dans le monde du quotidien, on dit tout ce qu’on peut pas dire dans la vraie vie.

    -Oui c’est vrai que vous avez souvent dit ce qu’on ne peut pas forcément dire dans la vraie vie à travers des histoires qui n’étaient pas conventionnelles au moment où vous avez écrit tous ces premiers livres. C’était se dire au fond, voilà, peut-être que ça va choquer, mais je veux le raconter.

    -Mais moi je n’ai jamais pensé que ça allait choquer. D’ailleurs, j’ai même souvent été étonnée quand on m’a dit après que j’avais choisi des sujets subversifs parce que moi je ne le voyais pas du tout comme ça, mais je pense que justement le fait de choisir d’être écrivain, moi avec mon histoire, avec ce que je suis, c’était de toute façon un choix tellement subversif qu’après quoi que je raconte de toute façon le simple fait de dire tout haut les choses et de les mettre sur le papier, d’accepter de, voilà finalement, de donner ce qu’on a créé au public, et d’accepter d’être critiquée, d’accepter d’être sous les yeux des autres, c’était déjà, de toute façon, très subversif. Donc après, peu importe le sujet.

    -Mais, après quelque part, quand on a touché le public, c’est quoi ? C’est ça ? C’est la grande récompense, c’est ça ? C’est au fond se dire j’ai touché le cœur des gens ?

    -Ah oui, ça c’est la plus belle récompense et puis le sentiment non pas d’avoir été compris, mais le sentiment que des gens ont compris vos personnages et les ont aimés autant que vous, vous les avez aimés. Peut-être pas pour les mêmes raisons que vous, peut-être pas de la même façon que vous, mais en tout cas que ces personnages, ils ont à un moment eu vraiment une vie, ils ont été vivants dans le cœur et dans l’âme de certains lecteurs, ça, c’est une sensation extraordinaire.

    -Oui, dans le dernier livre Sexe et mensonges, c’est des personnages, des personnages de femmes que vous rencontrez, mais quelque part c’est des personnages de littérature, chaque femme est un personnage de littérature qui raconte.

    -Mais je crois que c’est la force des mots, en fait les mots une fois qu’on les met ensemble et qu’on essaye de retracer une vie, on fait toujours un peu de la littérature dans la mesure où on restitue une dignité à l’individu, on lui restitue des contradictions, on lui restitue ses difficultés et on est dans autre chose que le langage du quotidien ou parfois même le langage médiatique qui par souci d’information est obligé d’être plus rapide, de plus résumer les choses. Et là j’ai essayé dans ce livre, effectivement qui est malgré tout un livre de témoignages, de rendre aussi à ces femmes leur caractère, effectivement, presque de personnages littéraires.

    -Ce qui est beau c’est qu’en même temps ce sont des personnages anonymes, des personnages, on pourrait dire, simples, mais dont la vie finalement est incroyablement riche, au fond.

    -Mais c’est ça la littérature aussi. C’est-à-dire que quand vous lisez les plus grands auteurs, quand vous lisez FLAUBERT, quand vous lisez TCHÉKHOV, ils parlent toujours de personnages très simples, de sujets triviaux, de gens absolument banals qui vivent dans des petites villes et leur vie sont immense, leur destin sont extraordinaire et c’est à ça que sert aussi l’écriture de manière générale, c’est à nous rappeler que, finalement, la grandeur n’est pas toujours là où on croit.

    -Oui. Et l’inspiration, elle est où finalement ? Elle est dans ces rencontres-là, elle est dans ces personnages, peut-être un fait divers qui peut inspirer ?

    -Oui, elle est dans tout, elle est dans ce que j’écoute à la radio, dans ce que je lis dans les journaux, dans les romans que j’ai aimés, dans les gens qui m’entourent, dans les paysages, elle est vraiment partout, je pense que c’est une espèce d’obsession après donc, on essaye vraiment de se nourrir de tout ce qui nous entoure.

    -Et être prix Goncourt, on entendait là, il y a quelques minutes, ici au moment d’enregistrer cette édition à Francfort, la sélection des tout derniers noms. On a le cœur qui bat, là on se dit voilà, c’était il y a un an, effectivement, vous étiez dans la short-list, comme on dit, en mauvais français, c’est ça, cette émotion-là ?

    -Oui, c’est vrai que c’était très émouvant, bien sûr, et puis il y a une attente qui ne fait que grossir au fur et à mesure que les sélections avancent. Mais moi, il faut dire qu’à cette époque j’étais quand même, je me souviens, très calme, je m’étais beaucoup protégée, j’étais au tout début de ma grossesse, j’étais dans un état de grande sérénité donc je ne l’ai pas du tout vécu comme quelque chose d’angoissant, mais comme un moment très, très heureux, où j’avais le sentiment que, même si de toute façon, au bout du compte je ne l’avais pas, c’était déjà très, très beau pour le livre qui avait déjà rencontré en partie son public donc, c’est une période pour moi très heureuse.

    -Amélie NOTHOMB dit qu’un livre, c’est comme un enfant, c’est comme un accouchement, elle dit. C’est, pour vous, pour le coup, c’était presque un vrai accouchement.

    -C’est ça, exactement.

    -C’était ça, déjà ?

    -Non. Moi je ne le vois pas comme ça, je ne le vois pas comme un accouchement, non, pour moi ce sont deux choses quand même très, très différentes. Il y a des choses, voilà les enfants, on les maîtrise quand même moins que les livres, les livres on peut plus les maîtriser, on peut les ranger sur des bibliothèques et leur demander de se taire alors que les enfants, c’est plus compliqué.

    -Oui, mais il y a quand même un besoin d’écrire, il y a une nécessité ?

    -Je ne sais pas, oui, oui, il y a quelque chose comme un besoin d’écrire, je dirais plutôt une envie, moi, c’est plus de l’ordre du désir que du besoin.

    -C’est-à-dire le désir, c’est quoi ?

    -J’ai envie d’écrire, j’ai le désir d’écrire, mais je ne peux pas dire que je me réveille la nuit en me disant si je n’écris pas, je meurs, ce n’est pas tout à fait ça.

    -C’est un acte de partage avec le public, de générosité ?

    -Non, pas quand on écrit. Quand on écrit, on n’est pas d’abord dans le partage, on est d’abord dans une grande concentration, dans un travail, le partage, il vient une fois qu’on a écrit, une fois que le livre existe.

    -Merci beaucoup.

    -Merci à vous.

    -Leïla SLIMANI, le public, il est là maintenant, il y a ce public finalement, il vous dit quoi, ce public ? Il vous dit : "On attend le prochain !"

    -Non, non, ils sont gentils, il faut qu’ils soient patients.

    -Il faut qu’ils soient patients. Merci beaucoup, Leïla SLIMANI, ici à la Foire du livre de Francfort avec TV5 Monde. Merci beaucoup.

    Voir plusmoins
    Diffusé le 06 nov. 2017 - 18h00
    00:08:15
    Disponible jusqu'au : 4 sept. 2050
    Tous publics
    Tous publics