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  • L'invité

    Anne-Frédérique Widmann, Isabelle Watson-Reams

    Invitées : Anne-Frédérique Widmann, Isabelle Watson-Reams

    À l'occasion du 16e FIFDH, Patrick Simonin reçoit Anne-Frédérique Widmann, réalisatrice du film "Free Men" et Isabelle Watson-Reams, épouse du condamné à mort Kenneth Reams.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis Genève (Suisse)

    Transcription

    Le festival du film et le forum international droits humains ici à Genève, en partenariat avec TV5 MONDE, ce film choc qui a bouleversé ici les festivaliers s'appelle "Free Men". Il est réalisé par Anne-Frédérique WIDMANN. À ses côtés, je reçois Isabelle WATSON-REAMS. Ça raconte, ce film, l'histoire notamment d'un homme qui attend depuis 25 ans dans le couloir de la mort, dans l'Arkansas. Cet homme, c'est votre mari Isabelle.

    C'est mon mari, oui, c'est ça. J'ai pris la décision de (...)

    Le festival du film et le forum international droits humains ici à Genève, en partenariat avec TV5 MONDE, ce film choc qui a bouleversé ici les festivaliers s'appelle "Free Men". Il est réalisé par Anne-Frédérique WIDMANN. À ses côtés, je reçois Isabelle WATSON-REAMS. Ça raconte, ce film, l'histoire notamment d'un homme qui attend depuis 25 ans dans le couloir de la mort, dans l'Arkansas. Cet homme, c'est votre mari Isabelle.

    C'est mon mari, oui, c'est ça. J'ai pris la décision de vivre avec un homme condamné à mort depuis l'âge de 18 ans, qui a besoin de liberté, qui a besoin de sortir, qui a besoin de… Qui n'est pas à sa place.

    Oui, et qui, pourtant, a décidé de vivre. C'est ça qui est extraordinaire.

    Je suis persuadée que c'est ça qui m'a… Et je ne suis pas la seule d'ailleurs, beaucoup de gens l'entourent, le soutiennent, parce que c'est un homme qui est… Beaucoup de gens me disent qu'il est sage. Moi, je dis qu'il n'est pas que sage, il a… Bon, il a son caractère comme tout le monde. Mais il a une énergie positive qui est incroyable. À l'extérieur, je pense qu'on est beaucoup plus négatif qu'il l'est à l'intérieur, dans une cellule de 6 mètres carrés sur 4, de 6 sur 4, c'est…

    2 sur 3.

    Ou 2 sur 3 c'est… Voilà, un truc comme ça. C'est encore pire.

    C'est incroyable, on va voir des images de ce film. Anne-Frédérique WIDMANN, c'est aussi votre histoire, ce film, quelque part. Vous avez sillonné les États-Unis pour rencontrer des condamnés à mort, et vous avez croisé le destin de cet homme incroyable, Kenneth. Qu'est-ce qui vous a frappé ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de le montrer ?

    Comme disait Isabelle, c'est un homme qui a une force incroyable. C'est un homme qui a un instinct de survie, qui a une volonté, qui a une capacité à espérer, qui a compris qu'en fait l'important c'était vraiment de donner un sens à sa vie maintenant, d'essayer d'éviter la colère, enfin d'essayer d'être très positif. Et ça m'a donné envie de faire un film parce que je me suis dit que finalement, cette histoire incroyable de Kenneth était aussi une histoire universelle. C'est-à-dire que tous, à des degrés divers, on a nos prisons, nos murs, nos limites, on se pose la question du sens qu'on aimerait donner à notre vie. Et je trouve que les réponses de Kenneth sont hyper éclairantes.

    Qu'est-ce qu'il dit ? Quelles sont justement ces réponses ?

    En fait, ce sont des recettes que je trouve qu'on retrouve maintenant dans la pleine conscience, dans toute la sagesse de l'Homme, pour être un peu serein, posé. Donc, c'est vraiment de se concentrer sur le présent, d'avancer pas à pas, d'avoir des projets, et aussi, ce qui est très important, c'est qu'il faut avoir une personne qui t'aime en dehors de la prison. Et ça, c'est Isabelle.

    C'est elle, c'est Isabelle.

    Et puis, pas seulement ça. Il a une attitude constante de se remettre en question, et de faire toujours mieux, et d'apprendre aux autres à faire toujours mieux. J'ai même changé ma façon de vivre et ma façon de réagir envers les autres pour… Il vous apprend à garder une attitude positive, même quand c'est dur, même quand c'est… Il refuse la négativité et j'ai imprimé ça dans ma vie. Et je ne suis pas la seule, beaucoup d'autres gens autour de lui l'ont fait aussi.

    Oui, c'est aussi une manière, ce film, Anne-Frédérique WIDMANN, de mettre un visage sur ces hommes condamnés à mort, montrer ce que c'est que la peine de mort. Et en plus pour un crime qu'il dit ne pas avoir commis.

    Et en fait, j'ai choisi de ne pas montrer son visage. Pourquoi ? Parce que je trouvais que montrer un condamné à mort, dans un habit de condamné à mort derrière une vitre, ça les tilterait immédiatement. Donc, Kenneth, c'est son histoire. C'est lui le narrateur, on entend sa voix pendant 90 minutes. Mais vous ne verrez son visage qu'à la fin du film. Et je trouve qu'on le découvre, on découvre sa force beaucoup mieux comme ça. Par les intonations de la voix, on l'entend quand il parle à Isabelle. Il a cette tendresse, on l'entend révolté, on l'entend déprimé. Et je trouve que c'est une manière beaucoup plus pleine de présenter ce personnage.

    Oui, il y a une campagne pour lui demander la liberté : #FreeKennethReams. C'est un hashtag qu'on peut partager, il y a une mobilisation internationale, des comédiens connus qui sont venus pour le dire, que c'était une injustice.

    Oui, tout à fait.

    Que cet homme n'a pas commis le crime dont on l'accuse pour en dire quelques mots.

    Il a été prouvé qu'il ne l'a pas commis, il ne faut pas seulement dire qu'il ne l'a pas commis. Il n'y a pas de doute là-dessus, il n'a pas commis le crime. Il est passé devant un tribunal pour le prouver, voilà. Ça, c'est clair.

    Et maintenant, comme il est quand même incarcéré en Arkansas, l'Arkansas, c'est un État du sud des États-Unis, ultraconservateur, ultra pour la peine de mort. Et son sort, en fait, dépend de personnes qui n'ont aucune envie de le gracier. C'est pour ça que c'est important de se mobiliser, c'est important de faire connaître son histoire, c'est important, chacun dans sa mesure de… On demande à certains, juste de donner leurs noms sur le site de Free Men Movie, parce qu'on aura besoin, en fait, de cet appui pour faire entendre sa voix, puis pour faire entendre justice aussi à la fin.

    Oui, c'est aussi une manière de lutter contre la peine de mort. C'est aussi de dire ça.

    Pas seulement ça, le système judiciaire aussi, je pense. Il y a aussi ça qui est important parce que c'est là où le problème est. Et il n'est pas le seul, il n'est pas le seul à endurer des situations telles. Et le problème, il est dans le système judiciaire, le système politique aussi, ça je le crois. Je crois possible que sa liberté, il la mérite. Ça, je le crois aussi.

    Oui, Anne Frédérique, ce film, il sert à ça aussi, il doit servir à ça aussi ?

    Oui, il doit servir à ça aussi. Et il doit aussi, peut-être, donner la force à tous ceux qui galèrent et tous ceux qui ont des problèmes dans la vie aujourd'hui, de se dire : "Eh bien, tiens, peut-être que c'est possible de continuer à avancer en dépit de tout ce qui nous passe sur les épaules.

    Il faut dire qu'il écrit des pièces de théâtre.

    C'est incroyable.

    Il dessine dans sa cellule.

    Mais écoutez, il faut imaginer. C'est 2 mètres sur 3. 2 mètres sur 3 c'est minuscule. 23 heures par jour. On lui sert le petit déjeuner à 2 heures et demie du matin en lui mettant une lumière immense dans la figure. Il ne contrôle ni l'eau de sa douche ni sa lumière. Quand il sort, il est dans une cage. Il n'a plus senti le soleil sur sa peau depuis 20 ans. Il ne sait plus ce que c'est la pluie. Et en dépit de tout ça, alors qu'il vit dans ce monde complètement gris et bétonné, il a des couleurs plein la tête. Il a des projets, il peint, il écrit, il fait une pièce de théâtre et il chante.

    Il aime, j'avais envie de dire : il aime.

    Ça, c'est quand même le principal.

    Je participe aussi, je vais le préciser aux (inaudibles), aux tableaux. Nous avons tous les 2 travaillé dès le départ durement, et on a… À partir de là, tout s'est construit, des gens nous ont soutenus de plus en plus. Et surtout quand ils ont connu qui était la personne qu'il était. Ça, il faut que je le dise parce que c'est aussi important pour moi de dire que je ne suis pas juste assise là à attendre que quelque chose se passe. J'ai participé avec lui, j'ai dessiné, j'ai aussi étudié comme lui. On a travaillé ensemble.

    C'est ça qui vous donne la force de résister.

    Oui, parce que je ne peux pas juste m'asseoir sur ma chaise et attendre qu'il y ait un changement. Il doit y avoir des actions, il doit y avoir des… C'est obligé.

    Free Kenneth REAMS. Merci beaucoup Isabelle, pour ce témoignage.

    Merci aussi. Ici, au Forum des droits humains. C'est évidemment important que ce film "Free Men" ait bouleversé tout le monde ici, réalisé par Anne-Frédéric WIDMANN. Merci à tous les deux.

    Merci.

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