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  • L'invité

    Mata Gabin

    Invitée : Mata Gabin.

    « On a subi. On s'est tues. Maintenant on agit. » L'actrice d'origine ivoirienne Mata Gabin est l'une des signataires de cet appel paru en Une du quotidien « Libération » le 28 février. À deux jours de la cérémonie des César du cinéma français, actrices, cinéastes, humoristes, productrices... appellent à agir pour secourir toutes les femmes victimes de violences.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Mata GABIN.

    Bonjour.

    Vous êtes actrice, bien sûr, vous êtes aussi dans des one-woman-shows, on pourrait dire, et puis aussi évidemment au cinéma. Vous êtes nommé au César, dans le César du meilleur film de court métrage, "Le bleu blanc rouge de mes cheveux", et au César, vous allez arborer un ruban blanc, qu’on voit d’ailleurs là.

    Oui, le ruban blanc du #MaintenantOnAgit, la Fondation des Femmes pour la libération de la parole des femmes par rapp (...)

    Bonjour Mata GABIN.

    Bonjour.

    Vous êtes actrice, bien sûr, vous êtes aussi dans des one-woman-shows, on pourrait dire, et puis aussi évidemment au cinéma. Vous êtes nommé au César, dans le César du meilleur film de court métrage, "Le bleu blanc rouge de mes cheveux", et au César, vous allez arborer un ruban blanc, qu’on voit d’ailleurs là.

    Oui, le ruban blanc du #MaintenantOnAgit, la Fondation des Femmes pour la libération de la parole des femmes par rapport à ce qui se passe en ce moment, après le #MeToo, etc. En ce qui concerne les violences faites aux femmes ou les agressions sexuelles, enfin, toutes les mauvaises actions perpétrées par les hommes sur certaines femmes.

    On est à la une de Libération, qui fait beaucoup parler, aujourd’hui ?

    Vous êtes l’une des signataires avec d’autres femmes, des comédiennes, des humoristes des productrices.

    Exactement.

    Finalement, c’est un appel, évidemment, pour dire : "On a subi, on s’est tues. Maintenant, on agit ».

    Oui, exactement, parce que de dire, ça aide à ce que d’autres puissent dire, puissent parler, des femmes à qui on donne la parole si elles parlent ça va aider et encourager les autres. Et puis, pour qu’aussi ça cesse, et puis que les hommes qui perpètrent ces actions se rendent compte de toute la souffrance que ça engendre de tout le… Comment dire… L’espace sombre que ça ouvre sur chaque femme, la façon dont ça peut gâcher nos vies, nos vies privées, nos vies professionnelles, c’est très important de parler.

    Oui, aujourd’hui, la parole s’est libérée, Mata GABIN. Vous pouvez dire, vous aussi : "Moi aussi, j’ai subi, et maintenant j’ai décidé de ne plus me taire".

    Oui, oui je peux dire : "J’ai subi", oui et je peux dire : "Je ne veux plus me taire" parce que je me rends compte que ça a freiné mon énergie, ça a freiné beaucoup de choses, ça donne une mauvaise estime de soi, ça n’aide pas à avancer, et puis il ne faut pas, après, que quelque chose comme de la colère se concentre et qu’on devienne aigri, agressif. Moi, je considère que c’est une chance de pouvoir parler, ou de pouvoir s’exprimer librement. Chaque femme doit pouvoir avoir cette chance aussi, ce droit-là.

    Vous avez subi des comportements inacceptables dans le domaine du cinéma par exemple ?

    Oui, oui, oui, oui. Je trouve que des façons d’expliquer comment faire pour travailler plus ou comment obtenir tel et tel rôle, vous avez des metteurs en scène ou des producteurs qui peuvent vraiment avoir des comportements physiques, verbaux, en dessous de tout, j’ai envie de dire. Après, soit on le dit, on en parle, on donne leur nom. Apparemment, en France, ici, on ne le fait pas trop, mais en tout cas, aujourd’hui, on tient à faire savoir que ça s’est fait, ça existe, et il faut que ça cesse, et il faut que ça s’arrête sinon on va passer à l’étape supérieure, suivante.

    Ça voulait dire, Mata GABIN, que, par exemple, si vous n’acceptiez pas ces avances éventuelles vous ne pouviez plus tourner, par exemple ?

    Eh bien, c’est-à-dire qu’on vous fait comprendre, par exemple, moi, j’ai quelqu’un qui m’a clairement dit : "Si tu ne me donnes pas, je ne te donne rien". J’ai demandé : "Si je ne donne pas quoi ?". "Si tu ne donnes pas de toi, de toi". "De moi, comment ?". Il m’a dit : "Physiquement". Et je trouve ça odieux parce qu’on peut… C’est du marchandage et pour moi, l’amour, le corps, et pour tout le monde, je pense, c’est quelque chose qui se partage, c’est quelque chose qui est consenti, c’est quelque chose qui est tellement beau que le prendre comme une marchandise et après, en tant que femme, on se sent… On se pose des questions, on se demande si ce n’est pas nous qui avons suscité ça aussi. Et ça, c’est terrible parce qu’ensuite on se déprécie, on essaye de se rendre moins belle, de devenir invisible. Il y a des réactions en cascade, des effets en cascade qui sont trop néfastes, trop.

    Est-ce qu’il faudrait dénoncer, vous l’avez dit à l’instant qu’en France on ne dénonce pas, on n’a pas encore dénoncé des noms, est-ce qu’il faudrait, notamment à l’occasion de cette cérémonie-là, donner des noms ?

    Je ne sais pas, je ne sais pas. Peut-être qu’il faudrait des noms en tout… Peut-être qu’il faudrait donner des noms. En tout cas si quelqu’un est au bord de la souffrance à tel point qu’elle a besoin qu’on sache qui c’est, si elle doit le dire, elle le dira. Moi, je ne suis pas certaine sur cette question-là : "Est-ce qu’il faut dire des noms, dénoncer oui ou non ?" Ça appartient à chacune, ça appartient à chacune.

    Ce message est important à la une de Libé. Avec toutes ces actrices, avec toutes ces comédiennes, avec ces productrices, c’est au fond, pour dire : "Maintenant, on agit". Ça veut dire qu'on agit auprès des femmes, de toutes les femmes, pas seulement dans le cinéma, qui sont victimes des violences sexuelles.

    Oui, toutes les femmes, qu’elles soient des actrices, qu’elles aient un autre métier, ces femmes, aussi, qui sont à la rue, les femmes qui sont réfugiées. Énormément de femmes sont victimes de ces violences-là, il faut qu’elles puissent effectivement avoir la parole et #MaintenantOnAgit, c’est pour ça, pour qu’elles puissent être écoutées, être accueillies, être entendues, prises au sérieux. Parce qu’il y a ça, aussi, des fois, on n’ose pas dire les choses, on a peur de ne pas être prise au sérieux, ou on a peur qu’on pense que nous sommes celles qui avons incité les choses, comme si on n’a plus le droit de se vêtir de telle ou telle façon, il faut qu’on puisse être libre, vraiment.

    Et puis, aider les femmes, notamment, à porter plainte parce que ça coûte cher, parce que c’est compliqué.

    Oui, ça coûte cher. Des fois, elles ne savent pas où s’adresser, à qui, exactement, s’adresser, est-ce qu’elles pourront être protégées si par exemple c’est dans le cadre de la famille, d’un mari, d’une vie conjugale. Comment peuvent-elles porter plainte sans avoir la peur de représailles terribles du mari, etc.

    Donc il y a des appels aux dons pour soutenir finalement cette action dans le concret maintenant ?

    Dans le concret, c’est-à-dire qu’à la Fondation aux droits des femmes qui lance un appel aux dons, qui a été alertée par plusieurs associations qui ont besoin de fonds, qui ont besoin d’aide, de visibilité et surtout de fonds pour aider, sur le terrain, toutes les femmes qui ne vont pas être ici comme moi à pouvoir dire : "J’ai subi, je veux que ça s’arrête". Celles qui ne peuvent pas le dire, qu’elles puissent être entendues et soutenues, aidées financièrement, aidées par une écoute, aidées par la bienveillance.

    Au-delà du cinéma, du milieu du cinéma, on a vu des chiffres terribles, récemment, sur le nombre de personnes, en France, qui ont subi des viols ou des violences sexuelles. Ce sont des chiffres terrifiants.

    Oui, tout à l’heure on en parlait. Les chiffres, je ne les ai plus exactement, mais celui que j’ai retenu, c’est que seulement 1 % des hommes qui ont violé se retrouvent à être effectivement condamnés. Alors que le pourcentage de violeurs est beaucoup plus grand et que les femmes ne le disent pas systématiquement. Et j’ai même vu que certaines… Il y a une association pour les femmes violées au moment des interpellations, ou au moment du travail judiciaire. Mais c’est complètement fou, c’est-à-dire qu’il vous est arrivé quelque chose et vous vous retrouvez à vous faire sexuellement agresser lorsque vous êtes en train de vous plaindre de ce qui est arrivé. C’est trop, c’est trop.

    Mata GABIN, vous allez être dans la salle des César, je le disais il y a quelques instants, nommée actrice dans le meilleur film court métrage, peut-être qui gagnera, "Le beau bleu blanc rouge de mes cheveux" de Josza ANJEMBE. Et puis, peut-être, la pensée qu’un autre monde est possible, y compris par le cinéma ?

    Oui, oui, un autre monde est possible et c’est, aujourd’hui, un moment charnière où la femme… La parole des femmes se libère, et les hommes et les femmes doivent travailler ensemble. Il faut vraiment… On a tellement de belles choses à faire, donc je trouve que ce moment, tout le monde agit, tout le monde parle, tout le monde s’assemble. Moi, je suis heureuse de ça parce que je me dis : "On va être plus fort si on se tient la main ensemble, vraiment, tous, hommes et femmes et toutes les couleurs, tous les horizons".

    Merci beaucoup. Mata GABIN était notre invitée aujourd’hui sur TV5 Monde.

    Merci à vous. Merci.

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    00:08:18
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