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  • L'invité

    Jean Van Hamme

    Invité : Jean Van Hamme, romancier, scénariste belge de bande dessinée.

    Créateur de « XIII », « Thorgal » et « Largo Winch », Jean Van Hamme est l'un des maîtres absolus de la bande dessinée belge. Il signe aujourd'hui « Kivu », un album mettant en scène le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Jean Van Hamme.

    Bonjour.

    Vous êtes ce qu'on appellerait un maître de la bande dessinée contemporaine ; on peut le dire, aujourd'hui. Des séries mythiques, que ce soit Largo Winch, XIII, Thorgal ; on va en parler dans quelques instants. Mais d'où vient cette imagination que vous avez ?

    L'imagination est un muscle comme les autres. Il faut le faire fonctionner pour qu'il reste vivant, pour qu'il reste efficace. D'où vient l'imagination ? Tous les (...)

    Bonjour, Jean Van Hamme.

    Bonjour.

    Vous êtes ce qu'on appellerait un maître de la bande dessinée contemporaine ; on peut le dire, aujourd'hui. Des séries mythiques, que ce soit Largo Winch, XIII, Thorgal ; on va en parler dans quelques instants. Mais d'où vient cette imagination que vous avez ?

    L'imagination est un muscle comme les autres. Il faut le faire fonctionner pour qu'il reste vivant, pour qu'il reste efficace. D'où vient l'imagination ? Tous les gosses ont de l'imagination. Regardez les jouets : ils imitent ce qu'ils ont vus à la télé, les dessins animés.

    Oui.

    Avant, ils imitaient ce qu'ils lisaient dans les livres de contes. On disait que tu étais la princesse, etc. Et arrive un moment dramatique : quel est le pire ennemi de l'imaginaire ? Je vous le demande.

    Je ne sais pas.

    Le poil.

    Le poil ?

    Oui, quand vous attrapez du poil en dessous des bras, que vous cessez d'être un enfant, vous ne voulez plus jouer.

    Bien sûr.

    Vous voulez être comme un adulte.

    Ouais, donc vous voulez dire que vous êtes resté un enfant, quoi. Vous n'avez pas de poils sous les bras.

    Non parce que par un phénomène dermatologique que j'ignore, j'ai des poils ailleurs mais pas sous les bras, je n'en ai jamais eu donc ça doit être ça. Voilà, vous avez la réponse.

    Ouais mais il y a beaucoup d'artistes en Belgique qui n'ont pas de poils sous les bras, qui sont restés des enfants et c'est ça qui est extraordinaire. Au fond, cet album-là, qui est incroyable, c'est le récit glaçant de la réalité au cœur du Congo, avec Simon au dessin et vous qui racontez le docteur Mukwege, qui vient d'avoir le prix Nobel de la paix, qui répare les femmes violées dans cette région du Kivu.

    Et mutilées.

    Et mutilées.

    Mutilées.

    Vous avez eu envie de dire : "Je veux raconter ça, cette tragédie" ?

    Non, pas tout à fait, on me l'a demandé. Le docteur Mukwege a un ami proche qui est un très grand chirurgien belge, spécialiste en laparoscopie, je ne vais pas commencer à vous expliquer ce que c'est, et qui va régulièrement à Panzi donner un coup de main au docteur Mukwege pour réparer les femmes parce que lui, utilise une technique que Mukwege ne maîtrise pas encore toujours. À eux deux, ils réussissent des miracles. Vous savez, en 19 ans, combien de femmes Mukwege a réparé ? 50 000 !

    Ouais.

    Et il ne s'agit pas seulement de les réparer chirurgicalement, il faut les réparer psychologiquement. Ces femmes ont été meurtries parfois un an, deux ans, avant d'arriver à Panzi et, écoutez, elles ont l'entrejambe complètement ravagé et mutilé. On les a transpercées avec des baïonnettes rouillées, avec des machettes : c'est épouvantable. Elles ont perdu toute confiance dans la vie, dans la société, c'est le but d'ailleurs recherché par les salopards qui les mutilent pour s'emparer de leurs terres, pour s'emparer de leurs terres parce que cette terre qui est extrêmement riche, extraordinairement riche, en magnésium, en coltan, en étain, en différents produits et surtout ce fameux coltan qui est essentiel pour la fabrication de vos portables, de vos iPhones, smartphones, etc. Ce coltan contient du tantale et ce tantale est le matériau le plus conducteur et le moins attaqué par la rouille. Comment est-ce qu'on le dit ? Il n'est pas, trouvez-moi le mot…

    Oui, inoxydable.

    Oui, il est quasiment inoxydable. C'est un matériau unique dont la valeur n'est apparue qu'avec le début de l'informatique.

    Mais vous vous êtes dit…

    Avant, le Kivu était un terrain agricole.

    Mais vous vous êtes dit : "Ça, on peut le raconter en bande dessinée, on doit le raconter".

    Cet ami chirurgien belge, qui s'appelle le docteur Cadière, Guy-Ber Cadière, a demandé à me rencontrer. Il a dit : "Voilà la situation", que je ne connaissais pas ou mal et vous non plus, vous ne la connaissiez pas parce qu'on n'en parle jamais, "Est-ce que tu pourrais faire quelque chose autour de ça ?". Je n'ai pas voulu faire l'histoire de l'hôpital, j'ai mis une histoire fictive d'un jeune homme qui est envoyé là par sa multinationale. Ce jeune homme représente le lecteur qui découvre en même temps que lui l'horreur de ce qui se passe et qui, bien entendu, la refuse, démissionne de sa boîte, et donc menacé parce que la multinationale ne veut pas qu'on sache que ce coltan, avec lequel ils fabriquent leurs appareils, est un minerai plein de sang. Ils ne veulent pas le savoir. Ce minerai, le coltan, va à demi clandestinement au Rwanda et c'est le Rwanda qui vend le coltan aux multinationales. Le Rwanda n'a pas un gramme de coltan dans sa terre, c'est le Rwanda qui le vend. Donc la multinationale ne veut rien savoir. J'accuse les multinationales également là-dedans.

    Ouais, c'est un livre presque militant ?

    C'est un livre tout à fait militant.

    Ouais.

    Bien entendu. Et maintenant, que va-t-il se passer ? Est-ce que la lecture de ce bouquin par les lecteurs va changer quelque chose ? Je ne sais pas. Je ne pense pas. Je crois que ça ne pourra changer là-bas que si le Congo, qui est un état souverain, lui, réagit et fait le nécessaire pour se débarrasser de ces rebelles qui viennent du génocide du Rwanda. Ce sont des génocidaires qui sont là mais ils sont un million et demi. Alors chasser un million et demi de personnes, de guerriers, de bandes armées, qui saccagent tout, ce n'est pas évident : c'est une guerre. Est-ce qu'il faut vraiment une guerre ? Je n'en sais rien.

    Oui, Jean Van Damme, on peut dire, évidemment : XII, Largo Winch, Thorgal. Aujourd'hui, c'est Kivu, ce livre sur le Congo et sa terrible réalité. Vous dites au fond : "La bande dessinée, ça sert à tout ça." Ça sert ?

    Dans certains cas, oui.

    Ça sert à la fois à distraire, à éveiller, à alarmer ?

    Oui mais on va parler du Kivu pas seulement à cause du bouquin, on va parler du Kivu à cause de vous, grâce à vous, grâce aux journalistes qui se sont intéressés à ce bouquin, qui font des articles. Nous faisons une émission, on parle du Kivu. Les gens vont peut-être avoir envie d'acheter le bouquin pour voir ce qui se passe mais seulement, c'est grâce à l'écho que vous en donnez que quelque chose va peut-être changer, quelque chose, je l'espère, mais ça demandera… On n'a pas envie d'avoir une nouvelle Syrie, d'avoir un nouvel Irak, d'un nouveau Yémen ; on voudrait que ça puisse se faire le plus pacifiquement possible mais la situation est quand même extrêmement tendue et compliquée, comme je l'explique là-dedans.

    Merci. Jean Vandamme était aujourd'hui notre invité. On était très heureux de vous recevoir. Merci beaucoup.

    "Dziękuję", comme vous dirait un autre ami, Grzegorz ; ça veut dire merci.

    Grzegorz Rosiński, voilà.

    Et : "do widzenia", qui veut dire au revoir.

    Merci beaucoup, Jean Van Damme.

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    00:07:54
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