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  • L'invité

    Boualem Sansal

    Invité : Boualem Sansal.

    Alors que la France vient d'être frappée par ce qui s'apparente être un nouvel acte terroriste, l'écrivain algérien Boualem Sansal est notre invité pour son dernier livre « Le Train d'Erlingen », où il accuse l'Europe de lâcheté et d'abdication face à la menace islamiste.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    L'un des auteurs les plus importants de la francophonie, bonjour Boualem Sansal. Bonjour. On est ravi de vous accueillir sur TV5 Monde. "Que cherchent-ils au ciel, tous ces aveugles ?, c'est le sous-titre de votre nouveau livre qui s'appelle Le Train d'Erlingen, publié chez Gallimard. On va en parler dans quelques instants. La situation ici, en Occident, quand vous quittez votre Algérie, quand vous quittez ce village où vous vivez toujours, vous vous dites quoi quand vous êtes ici, en Europe ? C (...)

    L'un des auteurs les plus importants de la francophonie, bonjour Boualem Sansal. Bonjour. On est ravi de vous accueillir sur TV5 Monde. "Que cherchent-ils au ciel, tous ces aveugles ?, c'est le sous-titre de votre nouveau livre qui s'appelle Le Train d'Erlingen, publié chez Gallimard. On va en parler dans quelques instants. La situation ici, en Occident, quand vous quittez votre Algérie, quand vous quittez ce village où vous vivez toujours, vous vous dites quoi quand vous êtes ici, en Europe ? C'est très ambigu. C'est très contradictoire. A la fois, je vais vers des terres de liberté, de tranquillité, d'espérance, que de choses positives, mais je vois aujourd'hui que ce paradis menacé par des fièvres, des choses assez étranges, de la violence qui monte de beaucoup de banlieues qui ont des colorations religieuses inquiétantes. Vous sentez cette menace. En 1999, vous écriviez Le Serment des barbares. Vous diriez qu'aujourd'hui, c'est toujours d'actualité ? Oui, je le sens de plus en plus fort. Plus le temps avance, j'ai l'impression que nous sommes, y compris dans ces bastions de liberté, cernés. C'est un peu le thème central du roman, on se sent cerné par une force maléfique qu'on n'ose pas nommer, qu'on n'ose pas désigner. En échappant à la définition, elle devient d'autant plus dangereuse et d'autant plus menaçante. En un mot, ce serait l'islamisme,  pour donner un mot à cette force dont vous parlez, c'est celle-là. C'est l'islamisme qui utilise les ressources incroyablement puissantes de l'islam. Du coup, la frontière entre les deux, on ne sait pas où elle est. Il y a un double mouvement. Il y a un mouvement "d'évangélisation", l'islam se répand tout naturellement. C'est une religion prosélyte, conquérante, qui va son chemin depuis l'avènement de l'islam. S'ajoutent à cela des choses pas très sympathiques qu'on met sous le titre générique Islamisme, mais là-dedans, il y a de l'ultra-nationalisme, de la revanche, plein de choses comme ça, des choses venant de la crise économique. Vous dites que l'islamisme est né avec l'islam, alors que l'Europe semble le découvrir. C'est idiot de les séparer. L'islamisme est né en même temps que l'islam. Au temps du Prophète, il y avait déjà des gens qui revendiquaient et qui ont même exigé, du Prophète lui-même, une application stricte des valeurs de l'islam. De là à penser qu'il y a un islam modéré, c'est un mot qui fausse l'analyse. Il y a l'islam qui est comme ça, qui est conquérant, prosélyte, et l'islamisme est en pointe, utilisant à la fois les ressources de l'islam, mais aussi les ressources qu'offre la société moderne dans ses contradictions et ses difficultés, le nationalisme, le ceci, le cela, le populisme. Même si évidemment la plupart des musulmans croient tout à fait tranquillement, ne posent pas de problème. A un moment donné, il faut se déterminer alors. Souvenez-vous de la situation des années 30. Il y avait les Nazis qui étaient en pointe, qui voulaient s'emparer du pouvoir, conquérir l'Europe et imposer leur idéologie. Et puis, il y avait cette masse d'Allemands. S'ils avaient parlé, il n'y aurait pas eu le nazisme. Il n'y aurait pas eu de guerre s'ils s'étaient exprimés. Vous dites que l'immense majorité des musulmans devraient s'exprimer davantage. Ils devraient s'exprimer. Ils devraient faire barrage à l'islamisme. Ils devraient chasser les imams qui sont là à faire des choses bizarres, à recruter pour la Syrie, pour la prochaine guerre. Ils devraient et ça devient urgent parce qu'on n'est pas loin de la bascule. C'est-à-dire ? Vous dites qu'on n'est pas loin de la bascule, c'est-à-dire ? Si on regarde la situation de l'Europe, il y a un épuisement. Les Européens ne sont plus en mesure de lutter contre ce phénomène qu'ils ne comprennent pas, qui passent comme l'humidité dans l'air. Vous dites que c'est une forme de lâcheté. Vous dites aussi ce mot-là. J'utilise des mots forts parce qu'il faut secouer. C'est de la lâcheté, voire pire que ça. Il y a des gens qui sont entrés dans un processus de soumission. On se dit, après tout, on ne peut rien contre ces choses-là, dealons avec, trouvons un nouvel équilibre, d'où les discussions nombreuses, diverses et soutenues en très haut lieu, révision de la laïcité, révision de la démocratie qu'elle puisse permettre. A droite, il y a la conquête de l'énergie et  une énorme détermination, et un système qui se délite,  qui se ramollit. Qui se ramollit mais qui va aussi vers les extrêmes avec des populistes qui prennent le pouvoir parfois ici ou là en Europe. Forcément. Si la société européenne se mobilisait et si les musulmans que vous appelez modérés ou les honnêtes musulmans se mobilisaient, on ferait barrage à cet islamisme, à cet islam salafisé, radicalisé, et de l'autre côté, on ferait barrage. C'est le centre mou. Vous racontez dans ce livre, Le Train d'Erlingen ou La Métamorphose de Dieu, une situation en Allemagne et tout part des attentats du 13 novembre. C'est une forme de métamorphose où on se retrouve avec des échanges épistolaires entre une mère et sa fille qui est envahie. Elle demande un train qui va finalement peut-être sauver cette population de cet envahisseur. C'est une parabole que vous nous racontez.

    C'est une parabole. Je crois qu'on n'a pas parfaitement compris ce qu'a été le 13 novembre. Le 13 novembre a été le passage d'un mouvement islamiste qui pratiquait le petit terrorisme, le petit truc, l'envahissement par les morts, et il est passé à l'état de guerre. C'est une déclaration de guerre. C'est le premier acte de la guerre que l'islamisme a décidé consciemment, volontairement, de manière organisée, lancée contre l'Europe. Vous dites que cette guerre, l'islamisme peut la gagner. Oui, ça me paraît presque, je n'oserais pas dire certainement, mais on n'est pas loin. Pour moi, oui. On a fait le même raisonnement en Algérie. L'islamisme est arrivé après l'échec du socialisme,  etc. L'islamisme est arrivé. Il a tissé ses réseaux. Ça nous faisait rire. Ça faisait folklo. De plus en plus, on a été tolérants. Après tout, nous étions socialistes, nous les avons empêchés de ceci, nous les avons marginalisés. On les a maintenus à la périphérie. C'est normal, aujourd'hui, qu'ils se montrent conquérants, qu'ils veulent leur place au soleil et leur part de la rente pétrolière. On raisonnait comme ça, mais ils étaient sur un plan prophétique, lointain. C'est la conquête totale et pas seulement la conquête, c'est la destruction de l'autre. C'est la conquête absolue. Quand on a pris conscience de cela, il était trop tard. On n'a pas vu l'acte 1 de la guerre. On ne l'a pas vu en Algérie. En France, on l'a vu. C'est le 13 novembre que la guerre a commencé. Ça s'appelle Le Train d'Erlingen, votre nouveau roman événement chez Gallimard, ou La Métamorphose de Dieu. Merci beaucoup d'avoir été notre invité aujourd'hui sur TV5 Monde. Merci.

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