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  • L'invité

    Jilali Ferhati

    Invité : Jilali Ferhati, cinéaste marocain.

    Jilali Ferhati a reçu l'étoile d'or du 17e Festival international du film de Marrakech, aux côtés de Robert de Niro et Agnès Varda. Avec lui, le festival rend hommage à l'un des plus grands réalisateurs du cinéma marocain.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 17e Festival international du film de Marrakech.

    Transcription

    Jillali Ferhati, c'est émouvant de monter ce tapis rouge, comme ça, ici, au Festival de Marrakech ? 

    Émouvant, ça l'est. Émouvant, ça l'est. Mouvant aussi. Oui.

    C'est vraiment un bonheur que de retrouver le festival. Et puis en plus y arriver hommagé dans sa reprise. C'est hommagé, comme on dit, puisque vous êtes à côté de Robert De Niro, à côté d'Agnès Varda, vous recevez l'hommage du festival. Ça, vraiment, c'est la cerise sur le gâteau. C'est fantastique, comment d (...)

    Jillali Ferhati, c'est émouvant de monter ce tapis rouge, comme ça, ici, au Festival de Marrakech ? 

    Émouvant, ça l'est. Émouvant, ça l'est. Mouvant aussi. Oui.

    C'est vraiment un bonheur que de retrouver le festival. Et puis en plus y arriver hommagé dans sa reprise. C'est hommagé, comme on dit, puisque vous êtes à côté de Robert De Niro, à côté d'Agnès Varda, vous recevez l'hommage du festival. Ça, vraiment, c'est la cerise sur le gâteau. C'est fantastique, comment dirais-je, mon nom prononcé aux côtés de ces grands du cinéma. C'est reposant. Ça donne un peu de défi, quand même. Vous, le cinéaste marocain, aujourd'hui reconnu dans les festivals du monde entier, vous dites : Là, maintenant, il y a un enjeu. Oui, c'est terrible. C'est un pari, maintenant, à tenir. Comment faire prochainement ? Il ne faut pas décevoir. Et comment ne pas décevoir ? Au fond, se dire, on va, on va… D'abord, tous vos films sont tournés, ici, au Maroc. On va inventer des histoires, on va raconter ce pays de l'intérieur.

    De toute façon, le cinéma, c'est ça, c'est réinventer tout le temps. On n'est pas là pour retransporter la réalité face aux gens qui veulent la découvrir ou la redécouvrir. Mais je pense que, pour continuer, je crois qu'il faut tout simplement rester fidèle à soi-même. Oui. Je crois qu'il n'y a pas de formule magique, il n'y a pas de recette. J'ai une façon de voir, j'ai une façon de regarder et j'ai une façon de laisser deviner. C'est ça, le cinéma. C'est laisser deviner, ne pas dénoncer. Et alors, je disais, tourner ici, au Maroc et à Tanger, en particulier, qui est la ville que vous adorez, qui est la ville de votre cinéma. C'est un défi, au fond ? Non. Disons que Tanger ne m'a pas vu naître. Elle m'a adopté comme la meilleure des mères et mieux que ses propres enfants. Et puis on dit de Tanger, d'ailleurs, il y a un proverbe Tangérois qui dit : Tanger pleure ceux qui ne la connaissent pas et ceux qui la connaissent la pleurent. Donc il est très difficile de quitter Tanger sans lui rendre hommage. Chaque pas que je fais dans cette ville, j'ai énormément de choses en retour que je n'ai pas envie de découvrir. Ces choses-là me surprennent quand je tourne, quand j'écris. Ça, c'est le rapport que j'ai avec cette ville. Au fond, c'est quoi ? C'est la lumière de Tanger, cette fameuse lumière ? C'est quoi ? C'est un ensemble de choses. C'est des sensations. J'ai l'impression que, quand quelqu'un découvre la beauté de quelque chose dans cette ville, j'ai cette envie soudaine de lui dire : " Ne dis rien. Laisse-toi pénétrer par tout cela. Et soit jaloux, ne le donne à personne, que chacun découvre cette ville à sa façon. " (langue étrangère)

    " Souha restera toujours mon meilleur modèle. "

    C'est quoi votre cinéma, Jillali ? Au fond, on peut dire, c'est un cinéma intimiste, mais en même temps, c'est un cinéma qui raconte la société et ses bouleversements. Je ne sais pas. Définir le cinéma, c'est se remettre en question aussi, par rapport aux choses, par rapport aux événements, par rapport à l'histoire. Mon rêve serait certainement d'arriver un jour à ne pas raconter d'histoires, dans un film. C'est-à-dire, ce serait quoi un cinéma qui ne raconte pas d'histoire ? C'est laisser deviner ce que j'aurais aimé dire. Et ça, c'est par la façon de voir, la façon de filmer. Donner des repères, des coordonnées visuelles. Je suis dans l'esthétique totale, je suis un amoureux fou de l'esthétique, un amoureux du clair-obscur. Je suis un amoureux du chaud et du froid. Donc tout cela contribue à faire non pas du cinéma, mais c'est des contes, c'est des poèmes. Raconter l'humanité, c'est raconter ça. Je crois que… On fait un film… Il n'y a pas pire ennemi, parfois, pour le cinéma, que la réflexion. Je crois qu'on est plus dans l'erreur quand on réfléchit trop, s'agissant de cinéma. Je crois que le cinéma est fait d'émotions, de sensibilité. Oui. D'instinct ? D'instinct et d'enthousiasme, aussi. C'est se laisser aller sans calculer les conséquences à l'arrivée. Oui, oui, mais je pense à La plage des enfants perdus. Au fond, il y a de la poésie dans l'image. Tout à fait, de la peinture. Le cinéma, c'est cette joie d'y retrouver tous ces éléments, comme ça. Le théâtre, la peinture, l'architecture, la musique, bien sûr. La littérature. Vous avez adapté des romans. Bien sûr. Moi, j'ai eu la chance, bon, j'ai fait ma licence de lettres en France, à Paris, et donc j'ai eu la chance de découvrir des scénaristes avant la lettre. Pour moi, Émile Zola ou Balzac ou Guy de Maupassant… Ce sont des scénaristes de cinéma. Guy de Maupassant, dans le Horla. C'est des petites nouvelles, mais c'est des courts métrages à vous couper le souffle. C'est fabuleux. Donc j'ai appris à écrire à travers ces personnes-là et à travers la poésie de de Musset en passant par Lamartine. Parce qu'au fond, ces classifications, Jillali Ferhati, ces classifications, aujourd'hui, vous êtes un cinéaste du sud, vous êtes un cinéaste marocain, vous vous retrouvez dans des festivals internationaux. Vous dites : " Au fond, ça n'a pas de sens. On est tous une part de l'humanité. "  Oui tout à fait. D'ailleurs, cet homme du sud, je m'en défais facilement. Je dis : " Je suis le nord de quelqu'un au sud. " J'échappe à cette appellation-là. Parce qu'elle vous classe parfois dans un cinéma venu d'ailleurs. Exotique, on va dire, selon l'endroit ou on le regarde. Exotique, c'est malheureux. C'est malheureux. L'Occident n'a pas encore étayé son regard. Il le pose toujours de la même façon. Les clichés doivent être là. Le cinéma est là pour casser ces clichés. Oui. Justement, c'est ça qu'il faut. C'est pour cette raison que j'ai eu recours à la poésie, recours à l'esthétique pour ne pas laisser trop l'autre deviner la carte postale qu'il a entre les doigts. Donc, voilà, c'est ce travail-là qu'il faudrait renforcer. Mais vous dites, au fond, qu'on a besoin du cinéma pour être ce que l'on est. Tout à fait, tout à fait. C'est une façon de respirer, le cinéma. C'est une façon de coexister avec les autres. Donner. La générosité d'un cinéaste, c'est de ne pas donner, c'est de laisser prendre. La vraie générosité, c'est ça. Donner, on calcule. Mais laisser prendre, ce n'est plus un calcul. Vous êtes ouvert aux autres et votre cinéma doit être cela. Merci beaucoup, Jillali Ferhati. Hommagé, comme vous l'avez dit, ici, au dix-septième Festival International du film de Marrakech. L'hommage de tout le Maroc et bien au-delà, bien au-delà. C'est ça qui est touchant. Merci à vous. Merci à vous. Merci. Merci beaucoup à vous. Merci.

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