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  • L'invité

    Yousry Nasrallah

    Invité : Yousry Nasrallah, cinéaste égyptien.

    Le maître du cinéma égyptien est l'un des invités d'honneur du Festival international du film de Marrakech. Cinéaste et citoyen engagé, il raconte le monde arabe de l'intérieur comme dans « Après la bataille » sur la révolution égyptienne qui fut l'un des événements du festival de Cannes.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 17e Festival international du film de Marrakech.

    Transcription

    Bonjour Yousry Nasrallah, invité d'honneur de ce Festival du Film de Marrakech. Dans le programme du festival, vous êtes noté comme un cinéaste et un citoyen engagé. Ça vous va, les deux étiquettes ?

    Je crois qu'on n'a pas le choix. Cinéaste, oui forcément puisque je le suis. Citoyen engagé, je me demande si on peut être cinéaste sans l'être. On ne vit pas dans une tour d'ivoire. La question que je me pose parfois :  Est ce que vous ne diriez pas la même chose de Bresson ? Pas que  (...)

    Bonjour Yousry Nasrallah, invité d'honneur de ce Festival du Film de Marrakech. Dans le programme du festival, vous êtes noté comme un cinéaste et un citoyen engagé. Ça vous va, les deux étiquettes ?

    Je crois qu'on n'a pas le choix. Cinéaste, oui forcément puisque je le suis. Citoyen engagé, je me demande si on peut être cinéaste sans l'être. On ne vit pas dans une tour d'ivoire. La question que je me pose parfois :  Est ce que vous ne diriez pas la même chose de Bresson ? Pas que je me compare… Tous les cinémas sont engagés alors ? Non, ce n'est pas une question si tous les citoyens sont engagés. Tous les cinéastes vivent quelque part et subissent. Je choisis bien mon mot : on subit la politique. Et on résiste à un moment donné parce que ça ne va pas. La question, c'est : Est ce qu'on le fait par le cinéma ou dans les yeux heureux ? Malheureusement, les cinéastes de ma région, puisqu'il n'y a pas beaucoup d'urnes, on est souvent obligés de le faire dans le cinéma. Au fond, on n'a pas le droit de parler juste d'amourette et du beau temps, il faut s'engager parce que c'est une nécessité ? Parce que ça pèse. Parce que ça vous pèse. Vous commencez à parler d'une histoire d'amour, et soudainement vous vous trouvez en plein dans le politique. La politique est partout.

    Oui, elle est nulle part, et donc elle est partout.

    Et là, parce que votre film "Après la bataille" qui a marqué les esprits sur cette révolution en Égypte, dont vous êtes un des grands cinéastes égyptiens aujourd'hui, dans la lignée de Youssef Chahine, avec lequel vous avez travaillé, on va en reparler dans quelques instants. Et là, vous vous êtes dit : "Ça y est, je prends la caméra la plus simple et je vais là dedans." Ce n'était pas aussi baroudeur que ça, c'était c'était le sentiment… J'étais poussé par un sentiment qu'il y avait quelque chose d'énorme qui se passait, de magnifique, quelque chose qui… Dans lequel je suis complètement engagé, mais en même temps quelque chose qui est extrêmement… qui fait peur, dans la mesure où des gens, qui normalement devraient être avec nous sur la place Tahrir, ne le sont pas. Des gens qui sont démunis, des gens qui sont les délaissés de l'histoire, en quelque sorte, qui devraient être avec nous, et ne le sont pas. J'ai été chercher ces gens-là pour raconter la place Tahrir. Donc, c'est un film assez désenchanté parce que je crois qu'un des grands échecs de 2011 a été justement que… Ce n'est pas qu'on n'a pas tenu compte de ces gens, mais on n'avait pas les moyens d'en tenir compte, de ces gens-là. C'est un peu en découvrant ça que je comprends ce qu'il faut faire.

    Regardez, "Après la bataille", Yousry Nasrallah. 

    (langue étrangère)

    Il y a un souffle épique dans ces images, dans cette force que représentent des événements historiques comme ceux-là, Yousry Nasrallah. Et au fond, on se dit que la fiction et la réalité se mélangent.

    Je crois que le souffle épique, on le crée. On le voit. On le vit. Et le cinéma est là pour le reproduire. C'est uniquement comme ça que je peux concevoir le cinéma, c'est-à-dire qu'il y a toujours… Le cinéma, c'est de voir dans la vie les choses extraordinaires.

    En 2002, c'était le deuxième Festival de Marrakech, pas loin d'ici, à côté de cette piscine qui n'est pas loin, j'avais rencontré deux personnages que vous connaissiez très bien, regardez

    On était jeune et beau. Vous n'avez pas changé. C'est une vision d'apocalypse. Tous les deux en maillot… C'est triste. La chair est triste, comme on dit.  C'est bien qu'il l'ai dit au pluriel : "On était."

    Oui, je parle pour nous deux. Je te vois comme tu me vois. Voilà un échange entre Youssef Chahine et Omar Sharif. Quel souvenir. Ce sont deux monstres.



    Vous avez travaillé évidemment avec Youssef, vous avez fait des scénarios avec lui, vous avez été son assistant.

    Ces deux hommes, qui sont fait de charme et qui sont des grands charmeurs aussi, et qui… 

    Je crois que ça vienne de la génération de cinéastes et de comédiens pour qui le cinéma et jouer la comédie et tout ça, ça faisait partie… C'est presque de la sorcellerie. Ce sont des magiciens. C'est de l'ordre d'un rituel magique, le cinéma. Je crois que le cinéma a changé dans la mesure où des gens comme ça n'existent plus, très peu.

    Le charme… L'homme arabe que représentait Omar Sharif. Et puis, le charme… Ce sont des gens qui ont connu Richard Howard, ce sont des gens qui ont connu Ava Gardner. Ils ont connu tous ces… Connu dans le cinéma et connu dans la vie, quand même. Regardez avec qui… Les images que l'on a filmées avec Omar Sharif, comment il filmait. Omar Sharif et Faten Hamama, comment ils filmaient (inaudible) dans le cinéma égyptien, et comment ils filmaient Youssra. Youssra est quand même une diva, une grande diva. Mais ça change, ça a changé. Il y a quelque chose qui n'est plus le rêve. Mais, il y a quelque chose de plus réaliste dans l'œuvre même du même homme. 

    Mais, il arrive toujours à Joe de créer cette magie, à Youssef Chahine.

    Au fond, vous, aujourd'hui, vous incarnez ce cinéma égyptien, Yousry ?

    J'essaye. J'essaye, c'est-à-dire que je suis convaincu que pour faire un film, il faut qu'il y ait des femmes. Il faut qu'il y ait des corps des corps d'hommes, de femmes, une sensualité, quelque chose de… Et pas seulement un sujet. Je crois que c'est un peu… Ça fait rêver, quand même, le corps, le mouvement, la révolte, l'insoumission… Tout ça, ce sont des choses qui font qu'un film est essentiel.

    Merci beaucoup, Yousry Nasrallah. Voilà, le charme de Marrakech est ici, dans le décor. Ça donne envie d'aller au cinéma, aussi. Tout à fait. Complètement, c'est une ville magique, faite pour l'essentiel. Merci, Yousry Nasrallah. Merci à vous.

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    00:08:24
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