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  • L'invité

    Agnès Varda

    Invitée : Agnès Varda, cinéaste française.

    Agnès Varda vient de recevoir un Oscar d'honneur à Hollywood pour l'ensemble de sa carrière. Le Festival international du film de Marrakech lui rend hommage en lui attribuant une Étoile d'or.

    Présentation : Patrick Simonin. Depuis le 17e Festival international du film de Marrakech.

    Transcription

    Bonjour, Agnès Varda. Bonjour. Une déclaration pour nous. Les palmiers sont les plus beaux arbres du monde. C'est vrai. Et ici, ils sont somptueux. Ici, à Marrakech, c'est la plus belle des lumières ? Des fruits, des beautés. Et ça vous intéresse toujours, la vie au fond. Cueillir les choses, c'est ça finalement. Comment dire les choses. Dire les gens quand même, surtout, parce qu'on rencontre beaucoup de gens sympathiques, ouverts, avec des yeux chaleureux. C'est vraiment un pays. Je suis venu (...)

    Bonjour, Agnès Varda. Bonjour. Une déclaration pour nous. Les palmiers sont les plus beaux arbres du monde. C'est vrai. Et ici, ils sont somptueux. Ici, à Marrakech, c'est la plus belle des lumières ? Des fruits, des beautés. Et ça vous intéresse toujours, la vie au fond. Cueillir les choses, c'est ça finalement. Comment dire les choses. Dire les gens quand même, surtout, parce qu'on rencontre beaucoup de gens sympathiques, ouverts, avec des yeux chaleureux. C'est vraiment un pays. Je suis venu la première fois il y a très longtemps, il y a au moins 40 ou 45 ans. On retrouve toujours ce tempérament, comme ça, du Sud avec de la douceur dans les yeux. C'est très impressionnant. Il y a une gentillesse marocaine. Sans doute, et ça fait plaisir. Vous qui avez parcouru le monde, toujours, partout. J'ai été très loin, et des fois,  très dépaysée. J'ai été en Chine en 1956, par exemple,  quand la Chine n'était pas encore reconnue par les Nations unies. J'ai été à Cuba au début de la révolution. A la Havane dans la révolution. Par contre, j'aime bien être près de chez moi. J'aime bien ma rue, mon quartier. J'aime bien la France. J'aime bien les villages de France. D'ailleurs, vous savez que j'ai fait un film avec JR. Visages Villages. Les visages des villages. Sélectionné aux Oscars, formidable ce film. Mais notre travail, c'est la tendance documentariste quand même. C'est ce que j'aime le plus. Mais tout au fond, vous aimez tout, c'est ça qui est incroyable. Je n'aime pas tout. Alors dites-moi ce que vous n'aimez pas. Il y a quelqu'un qui fait des acrobaties. Ne va pas te faire mal. Attention. Mais là, je reconnais l'observatrice. Vous avez une curiosité. Je vois tout ce qui se passe. J'ai les yeux qui tournent les coins. C'est vrai. Mais c'est comme ça. Pour faire du documentaire, il faut être très à l'affût de ce qui est intéressant, de ce qui est rare. Pas forcément rare, de ce qui est particulier,  qu'on a envie de noter, de partager. Et puis ici, on me fait l'honneur de montrer trois de mes films. C'est évidemment Cléo de 5 à 7. Mon classique. Sans toit ni loi et Visages Villages. Sans toit ni loi avec la merveilleuse Sandrine Bonnaire qui joue une rebelle. Deux mots de ces trois films qui ont été choisis. D'abord, Cléo de 5 à 7. Ça a été une révolution. C'est un classique, je crois. C'est un classique de la Nouvelle Vague. C'était un sujet tellement important, comment on est face à la maladie. Est-ce qu'on a peur ? Est-ce que de rencontrer les autres fait du bien ? Sujet qu'on aperçoit dans des films qui marchent très fort. Regardez Le Grand bain. C'est aussi avec l'idée que peut-être, les gens peuvent aller mieux, s'aider. C'est important que ce soit quelque chose qui passe dans le cinéma qui soit en même temps populaire et positif. Alors, on montre aussi Sans toit, ni loi, une fille rebelle, à force d'être rebelle. C'est Sandrine Bonnaire qui est merveilleuse. Mais à force d'être rebelle et de ne parler à personne, elle en meurt quand même. C'est le prix à payer, Agnès ? Elle meurt de froid, donc c'est ambigu. La liberté, ça a prix, un coût ? Sans doute oui, mais ça ne peut pas se montrer sous ce jour-là. Quand le film est montré dans les écoles, ils ne s'imaginent pas que c'est la liberté ou la mort. Ce n'est pas ça. Qu'est-ce que ça veut dire de se décrocher du monde où on est ? Il y a un troisième film. Je ne sais même pas lequel c'est. C'est Visages Villages avec JR qui vous a fait voyager, qui vous a fait aussi retrouver des vieux souvenirs avec Godard,  qui vous a fait rencontrer des gens merveilleux. Nous avons rencontré des gens. Le hasard nous a beaucoup servis. On allait vers des gens et d'autres gens arrivaient. On les écoutait. On leur donnait la parole. C'est tellement ça qui me semble important, qu'on puisse écouter des gens qu'on n'est pas habitué à entendre, des gens qui ne sont pas des vedettes, qui ne sont pas des gens à la mode, qui ne font pas de publicité, qui ne font pas de tape-à-l'œil. On aime bien approcher des gens du quotidien. Ils ont des choses à dire et ça nous touche beaucoup. Autant JR que moi, on aime ça. Il a fait des oeuvres avec toute une communauté. Je ne sais pas. Je pense que c'est ça qui est intéressant.

    Ce qui est merveilleux dans tout ça, Agnès, c'est que vous vous êtes dit, très jeune, je veux voir le monde. Je veux le capter. Je veux rencontrer les gens. Je veux aller voir les hippies à San Francisco parce que ça se passe là-bas. Je veux aller voir les révolutionnaires à La Havane. Je veux… Les noirs à Auckland. Toutes ces révolutions du monde. Mais c'est important, surtout d'être au début des révolutions. J'ai été au début de la Chine, au début de Cuba, parce que, après, on sait tous que c'est difficile, ça dégénère. C'est dur à vivre. C'est le moment de l'élan qui est beau, le moment de la révolte. Et puis ici, il y a beaucoup de films qui sont montrés. Il y a deux géants, j'appelle ça des géants parce que quand on a, dans le même festival, de Niro et Scorcese, et qu'ensemble, ils parlent. Ils sont émus parce qu'ils travaillent ensemble, ils se connaissent depuis 40 ans, 50 ans. Ils ont fait des films merveilleux. C'est cadeau. Il y a plusieurs films ici qui sont très beaux. Donc, on va voir des films, on voit des cinéastes. Il y a Guillermo Del Toro qui est là. Il y a de James Gray. Il y a des gens formidables. Extraordinaire, le président du jury. Et il y a vous, Agnès. Vous avez eu l'Oscar d'honneur, vous avez tout eu, mais là, cet hommage vous touche un peu plus ? Je suis la doyenne. Est-ce que c'est une qualité ? Je ne sais pas.  Mais ça vous touche particulièrement, cet hommage ici ? J'ai toujours peur du mot hommage. Je dirais que c'est un salut. C'est un salut collectif. C'est un salut généreux. J'ai un peu peur de tout ce qui m'arrive comme honneur, comme prix et tout ça. Mais bon, je ne peux pas dire non, alors je dis merci. Regardez, je vois quelque chose de très drôle. Sur le mur, il y a l'ombre d'une jambe. C'est très drôle. On dirait un fantôme qui apparaît. Ça ne serait pas JR, là-haut d'ailleurs ? C'est encore toi qui fais le malin. Bouge donc tes jambes un peu plus. Regarde, sur ce mur, on dirait que tu danses en ombres. Elle voit tout. Tout ce qui est contrasté, je le vois. Le reste, je vois flou. Il prend des risques. Je vous vois flou, mais tout va bien. C'est merveilleux. Alors merci Patrick pour cet entretien. On veut continuer encore un peu. Ah ben non. Mais si. Allez, carte blanche, Agnès. Qu'est-ce que vous avez envie de me dire ? Non. Qu'est-ce que vous avez envie de dire à tous ceux qui nous écoutent dans le monde ? Vous avez envie de leur dire quoi ? Vous avez tout dit, qu'il faut être curieux, qu'il faut aimer les autres. Ça y est, c'est dit. Aimer les palmiers, aimer les mandarines, vous avez dit, les oranges, les fleurs. La vie. Ben oui, et les animaux. Allez, à bientôt. 

    Merci Agnès Varda, au Festival de Marrakech.

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    00:08:16
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