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  • L'invité

    Élie Buzyn

    Invité : Élie Buzyn, chirurgien français, rescapé de la Shoah.

    À l'heure où l'on célèbre le 75e anniversaire du Débarquement, Élie Buzyn, rescapé de la Shoah, témoigne dans « J'avais 15 ans, vivre, survivre, revivre ».

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Élie Buzyn. Bonjour.

    C'est un témoignage exceptionnel, vous êtes un des derniers rescapés d'Auschwitz, un des derniers survivants des camps de la mort et de la Shoa. Et vous témoignez depuis 70 ans dans les écoles, en rencontrant des enfants, tout le monde, pour dire ce qu'a été cette atrocité, cette barbarie. Vous publiez un livre qui s'appelle Ce que je voudrais transmettre. Qu'est-ce que vous voudriez transmettre aujourd'hui, Élie Buzyn ? Je demande aux jeunes qui nous é (...)

    Bonjour Élie Buzyn. Bonjour.

    C'est un témoignage exceptionnel, vous êtes un des derniers rescapés d'Auschwitz, un des derniers survivants des camps de la mort et de la Shoa. Et vous témoignez depuis 70 ans dans les écoles, en rencontrant des enfants, tout le monde, pour dire ce qu'a été cette atrocité, cette barbarie. Vous publiez un livre qui s'appelle Ce que je voudrais transmettre. Qu'est-ce que vous voudriez transmettre aujourd'hui, Élie Buzyn ? Je demande aux jeunes qui nous écoutent, de devenir les témoins que nous sommes ; à savoir de parler (dire) autour d'eux qu'ils nous ont vus, qu'ils nous ont entendus encore vivants, répondre à leurs questions et qu'ils les transmettent à leur tour, puisque toute leur vie est devant eux… Oui. …leur vie familiale et leur vie professionnelle.

    Pourquoi ? Parce que vous vous dites : "Cette histoire-là risque de tomber dans l'oubli" ?

    Voilà, exactement. Je pense que les jeunes, on se rend compte d'ailleurs maintenant (de) que les jeunes générations, ils ne savent déjà plus rien de ce qui s'est passé. D'ailleurs comme nous, on pense à la guerre de 70 ou aux deux guerres précédentes, on a des souvenirs pas très précis sauf quelques histoires, dans des manuels d'histoire qu'on peut lire. Pourquoi ? Vous vous dites : "Sinon, l'antisémitisme va continuer" ? C'est ça votre message ?

    Alors le message, c'est le problème de l'antisémitisme mais surtout, ce n'est pas tellement l'antisémitisme, c'est la mise à l'index de qui que ce soit, les discriminations quelles qu'elles soient. Justement prévenir les jeunes générations contre tout sentiment de discrimination et à ce qu'ils comprennent que nous sommes tous égaux et que nous pouvons vivre ensemble, en paix et en clarté.

    Oui. Pourquoi ? Vous, vous dites : "Sinon, ce qui est arrivé pourrait se reproduire" ? Vous le pensez ça ? Je pense que ça peut se reproduire effectivement, sauf si les jeunes générations se mobilisent assez tôt, assez vite à réagir, ne serait-ce déjà par la parole.

    Votre histoire à vous, Élie Buzyn, vous l'aviez racontée dans ce livre, qui vient d'être publié au Livre de poche, il s'appelle J'avais 15 ans, vivre, survivre, revivre. Vous êtes né en Pologne en 1929, la Pologne est ensuite annexée par les nazis. Vous devez être contraint, avec toute votre famille, à aller dans un ghetto, ce que votre père refuse de faire. Et là, votre famille est d'abord marquée parce que vous perdez votre frère, qui va être abattu par les nazis.

    Oui, il a été abattu effectivement, lors de notre déportation de chez nous, de notre appartement dans la grande ville, vers les quartiers déshérités, où les nazis ont décidé de former un camp de travail pour les Juifs. C'est-à-dire - si vous voulez - le principe nazi était d'exterminer tous les Juifs européens, peut-être même mondiaux ; mais auparavant, de profiter de leur force de travail, aussi longtemps qu'ils peuvent travailler, qu'ils travaillent, s'ils ne peuvent plus travailler, ils doivent mourir. En 44, vous êtes déporté avec toute votre famille à Auschwitz. Oui, tout le complexe de notre ville a été liquidé en 44 et on nous a envoyés - soi disant on devait aller en Allemagne - et en fait, on est arrivés à Birkenau Auschwitz, où la majorité des gens incapables de travailler ont été exterminés, dont mes deux parents, qui ont survécu encore de 42 à 44. Oui. Vous apprenez vous, encore enfant dans ce camp de la mort, quelques jours plus tard, quelqu'un vous dit… On m'explique ce que sont les chambres à gaz, comment on assassine sauvagement les gens là-dedans et comment on traîne leurs corps, pour les incinérer dans le four crématoire etc., on vous explique ça en 30 secondes, alors que vous n'étiez pas très au courant de la façon. Et que vous savez que vos parents, avec lesquels vous avez vécu quatre ans extrêmement lourds et difficiles, à survivre ces quatre années de 40 à 44, quand vous pensez comment ils ont terminé leur vie, ça m'a été insupportable et je voulais les rejoindre d'ailleurs. Et on m'a dit que je ne pouvais pas quitter le camp où j'étais, on m'a désigné "bon pour le travail", parce que j'ai menti sur mon âge. J'avais 15 ans et en fait, j'avais dit que j'avais 17 ans et c'est comme ça que j'ai pu passer du côté du travail. Parce que si j'avais dit :"J'ai 15 ans", je serais parti et j'aurais été exterminé avec eux.

    Vous allez participer à ce qu'on a appelé La marche de la mort… Oui. …à la "libération du camp" terrible, dans le froid. Oui. Écoutez on marche ou on meurt ou on marche, vous n'avez pas deux solutions. Et donc - si vous voulez - en 44, Auschwitz est liquidé aussi, puisque les Soviétiques se rapprochaient vers Auschwitz. Et donc on a liquidé l'ensemble du complexe d'Auschwitz et on a mis sur les routes des dizaines de milliers de gens pour marcher, pour arriver en Allemagne. Et c'est comme ça, en rentrant du travail, on nous a dit : "Prenez vos affaires, dehors" ! Et on ne savait pas combien de temps, où et comment, on a commencé à marcher dans la neige. Et pourquoi on a appelé ça La marche de la mort ? Parce que toute personne qui montrait la moindre velléité, la moindre faiblesse de ne pas pouvoir marcher aussi vite qu'il fallait - on était convoyés nous, notre colonne, par des SS qui étaient assis à cheval, qui nous convoyaient, qui nous voyaient, parce qu'ils étaient un peu plus haut que nous qui marchions - et puis à bout de fusil, ils vous mettaient le fusil au niveau de la nuque, ils vous tiraient une balle, vous étiez mort, c'est tout. Et donc toute défaillance pendant la marche, c'était signer la mort. Et ceux qui n'était pas morts encore devaient prendre le cadavre et le jeter sur le bas-côté de la route parce que sinon, ils gênaient la progression des gens qui venaient par derrière, ils tombaient, ils trébuchaient sur les cadavres et ils étaient exécutés à leur tour. Et donc notre obsession était d'abord de marcher et si tu marches, mais si ton camarade est mort, il faut que tu prennes son corps, tu le jettes à droite ou à gauche, ce qui est le plus près, sur le bord de la route. Vous rencontrez encore une fois les enfants, ils vous disent, les jeunes… Comment ? Ils vous disent : "Pourquoi vous ne vous êtes pas vengé" ? Oui, oui. Ils vous parlent de la vengeance, les jeunes. Oui, la vengeance, donc la vengeance, c'est quelque chose de très simple. Premièrement, ce n'est pas parce que quelqu'un est un assassin que vous devez, par vengeance, devenir un assassin comme lui. Ça c'est une question - si vous voulez - de moralité humaine, si vous l'avez en vous d'accord, mais si vous ne l'avez pas, eh bien non…

    On vous a proposé même de tuer des soldats allemands, on vous l'a proposé. Oui, on nous a proposé de tuer des prisonniers allemands, des soldats de la Wehrmacht etc. - même de SS, peu importe -, qui étaient transférés dans des camions des camps de prisonniers, on nous a donné des mitraillettes pour tirer dans le camion, les Américains. Et nous, nous avons refusé, en disant : "Non, nous on n'est pas des assassins comme ça, de tuer aveuglément des gens d'une façon". Je l'ai dit ouvertement à la télévision, tous ces antisémites ont disparu. Et les antisémites actuels d'aujourd'hui, malgré leurs paroles, même les actions, ils vont disparaître  avant les Juifs. Qu'ils le sachent : ils disparaîtront et on va lutter contre eux. Et je demande à tout le monde, sans exception, de s'opposer à toutes les discriminations, quelles qu'elles soient.

    Merci infiniment d'être venu aujourd'hui témoigner sur ce plateau. Je vous en prie.

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    00:08:21
    Tous publics
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