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  • L'invité

    Père Pedro

    Invité : Père Pedro, religieux catholique, fondateur d'Akamasao.

    Depuis 40 ans, il combat la misère à Madagascar. Aujourd'hui, le Père Pedro lance un cri de colère face à l'indifférence du monde et tire la sonnette d'alarme.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C’est un homme en colère que je reçois. Bonjour Père Pedro. Depuis 47 ans, à Madagascar, vous avez sauvé des centaines de milliers de pauvres avec l’Association que vous avez fondée, AKAMASOA, et aujourd’hui, vous êtes indigné et vous appelez à une insurrection.

    Oui, il faut s’insurger contre le mal. Il faut s’insurger contre l’extrême pauvreté. Il faut s’insurger contre l’indifférence, contre l’égoïsme. Il faut s’insurger, parce qu’on est des humains, pour s’entraider, pour se don (...)

    C’est un homme en colère que je reçois. Bonjour Père Pedro. Depuis 47 ans, à Madagascar, vous avez sauvé des centaines de milliers de pauvres avec l’Association que vous avez fondée, AKAMASOA, et aujourd’hui, vous êtes indigné et vous appelez à une insurrection.

    Oui, il faut s’insurger contre le mal. Il faut s’insurger contre l’extrême pauvreté. Il faut s’insurger contre l’indifférence, contre l’égoïsme. Il faut s’insurger, parce qu’on est des humains, pour s’entraider, pour se donner la main, vivre ensemble et bien Madagascar, un pays formidable, extraordinaire, où je suis arrivé en 1970, jusqu’aujourd’hui, je ne vois que ce pays est un pays accueillant, heureux de vivre, attachant, mais qui est de plus en plus pauvre. Alors là, on doit insurger… on doit s’insurger contre cet égoïsme, ce manque de volonté.

    Oui. Vous êtes arrivé en 1970, vous aviez 22 ans, vous êtes Argentin, d’origine slovène, vous êtes parti en mission, comme Saint-Vincent-de-Paul. Vous êtes arrivé à Madagascar, vous avez, j’allais dire, sauvé 500 000 personnes ou presque.

    Je n’ai pas sauvé. Je suis un instrument de Dieu. Je suis un instrument dans la main de la Providence, mais j’ai dit oui. J’ai dit oui à cette mission, parce que ce n’est pas facile. Vivre 47 ans dans ce pays qui vous… où il y a tant de maladies, tant de morts. La mort est quotidiennement présente. Les 2 dernières semaines, avant de venir à Paris, il y avait tous les jours des morts. Alors, il faut aller à la famille, réconforter les gens, remonter le moral, appuyer les gens. Ce n’est pas facile, alors. Et pourtant, on peut soigner tout le monde, on peut. Il y a des médicaments, il y a…

    Mais, qu’est-ce qui manque alors, Père Pedro ?

    C’est la volonté. C’est la volonté et l’envie. Je ne dirais pas seulement pour Madagascar, même pour l’Afrique. Pour l’Afrique et pour le monde entier. C’est le moteur, quel est le moteur ? Pourquoi vous vivez ? Si c’est pour gagner l’argent, pour profiter, pour dominer votre frère, eh bien certainement que nous n’aurons pas la paix et que la pauvreté va être de plus en plus importante. Mais si nous vivons, en tant que frères, pour être… vivre heureux ensemble, eh bien, je pense qu’on peut partager davantage et plus vite les richesses de notre terre.

    L’Afrique est oubliée. L’Afrique et Madagascar, c’est un continent oublié par les G7, par les G20, par l’Union européenne, parce qu’on traîne trop. Quand ils aident, ils traînent trop. Quand ils décident aujourd’hui de nous aider, par exemple de Madagascar, c’est dans 3 ans que le projet va commencer. Combien de vies vont mourir, d’ici à 3 ans ? Il faut aider tout de suite.

    Oui. Alors, vous le dites dans un livre, Père Pedro, « Insurgez-vous », publié aux éditions du Rocher. S’insurger, c’est quoi ? C’est mener une guerre contre l’indifférence.

    Mais, oui exactement, la guerre contre l’indifférence, mais aujourd’hui le mot guerre n’est pas… Il est mal vu, parce que nous avons nos frères djihadistes qui tuent, parce que vous n’avez pas la même religion qu’eux, ils vous tuent. Non, ici il ne s’agit pas de tuer, il s’agit de donner la vie. Il s’agit de remonter l’espérance. Il s’agit de donner la chance aux enfants de Madagascar, de l’Afrique, parce que s’il y a une richesse à Madagascar, ce sont les enfants. Ces enfants qui rient, qui ont une envie de vivre et d’avoir un avenir. On se bat pour eux. On a nous, quand même, à AKAMASOA, on a arraché à la rue et à la décharge, aujourd’hui 14 000 enfants, 14 000 enfants et c’est eux qui me poussent à l’avant. Mais il y a combien en Afrique ? Il y a combien dans d’autres continents ? Pour lesquels il faut que nous, les adultes, nous qui… ceux qui sont les élus, ne peuvent pas ne pas voir cette pauvreté.

    Quand vous dites les élus, vous attaquez les hommes politiques dans ce livre ?

    Ah oui, parce qu’il faut démasquer tous les menteurs.

    Vous dites « ils parlent et ils n’agissent pas ».

    Et ils n’agissent pas. Alors moi, je pense que c’est un grand manque de respect aux frères. Pourquoi parler, si vous après, vous faites le contraire ? Si vous dites une chose, vous devez la réaliser, vous devez acte… Vous devez passer à l’acte.

    Oui.

    On ne peut pas parler à un peuple et ensuite aller dormir.

    Vous dites « la justice est au-dessus de la loi ».

    Au-dessus de…

    C’est-à-dire que vous êtes prêt à ne pas respecter la loi au nom de la justice ?

    Mais, il y a des lois qui étaient faites pour les privilégiés, pour les riches et je pense qu’il y a des lois qui… Il y a des… La justice est au-dessus de la loi. Au-dessus, parce que justice, ça vient de Dieu, ça vient du cœur, ça vient de l’esprit. Tout le monde sait que ça, c’est juste, ça, c’est injuste et cette justice, elle est au-dessus de la loi.

    Oui, c’est la pire des injustices, la misère.

    La misère, c’est la honte de notre monde, de notre époque, de notre génération, puisque nous avons toutes les armes, nous avons toute la technique, nous avons beaucoup d’argent, nous avons tous les savoirs et nous avons 800 millions de personnes qui ont la faim au ventre. Nous avons 2 milliards de personnes qui n’ont pas d’eau potable, qui n’ont pas l’assainissement. C’est une honte, parce qu’on ne veut pas partager. Il y a aussi la méfiance entre les pays, entre les personnes. Il y a la méfiance. Quand des personnes se trouvent et ils sourient et ils se serrent la main comme des frères, eh bien l’espérance est née. Quand se réunissent les grands de ce monde, s’il y aurait plus de spontanéité, plus de vérité, d’authenticité dans les relations…

    Oui.

    Le monde irait beaucoup mieux. Mais chacun tire la couverture vers soi-même. Les Américains vers eux, les Européens vers eux. Les pauvres, nous les pauvres en Afrique et à Madagascar, et bien on attend, on attend qu’on nous aide plus vite, parce qu’on sait travailler.

    Oui. Vous dites non à l’abîme nord-sud, c’est-à-dire un fossé qui continue de creuser.

    C’est un gouffre que ça fait mal. Non à cet abîme. Il faut que ceux qui ont de la sagesse, qui ont du savoir, qui ont du cœur, ils doivent comprendre que nous sommes sur la même planète Terre, la même planète Terre. On ne peut pas la diviser en riches et pauvres, nord-sud. Nous sommes une seule planète Terre. Il faut s’occuper de tous les humains.

    Et qu’est-ce qui se passera, Père Pedro, vous qui connaissez bien la réalité du terrain ? Qu’est-ce qui va se passer un jour, si on ne fait rien ?

    Mais, c’est la guerre en permanence. C’est la guerre en permanence, ça va être la division de plus en plus importante et ça va faire le malheur de tous ceux qui vont naître après nous. Et nous avons aujourd’hui le devoir de créer un monde fraternel. Moi, quand je vois un homme, une femme, je dis mon frère, ma sœur. J’ai… Pour moi, tout homme, tout être humain, c’est mon frère et ma sœur.

    Oui, vous êtes religieux…

    Mais, humain d’abord, humain d’abord.

    Et vous dites, finalement, vous allez sur le terrain de la politique aujourd’hui Père Pedro.

    Parce que la politique c’est faire le bien commun. La politique, ce n’est pas être astucieux, ce n’est pas être malin, ce n’est pas mentir, ce n’est pas faire semblant. Ce n’est pas l’apparence. Être un vrai politicien, c’est donner sa vie pour son peuple, servir son peuple, servir, et seulement servir, parce que toute autorité, tout pouvoir, ce n’est que pour servir. Et ceux qui se sont servis du pouvoir pour s’enrichir, et bien ils vont payer cher, déjà sur cette terre et dans l’autre monde, peut-être, ils vont souffrir un peu avant de passer au royaume.

    Merci Père Pedro. Avec Pierre LUNEL, « Insurgez-vous » publié aux Éditions du Rocher. Merci d’être venu.

    Merci à vous.

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