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  • L'invité

    Babette de Rozières

    Invitée : Babette de Rozières, cheffe cuisinière.

    Chef cuisinière, animatrice de télévision, visage emblématique de la communauté antillaise, Babette de Rozières raconte son incroyable parcours dans son livre « Toujours se relever ». Elle pousse également un cri de colère après les propos polémiques tenus dans « On n'est pas couché » par l'écrivaine et chroniqueuse Christine Angot sur l'esclavage.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Babette de Rosière, on la connaît parce que c'est une femme d'affaires, entrepreneur. Elle a monté des restaurants au succès fou. Elle a un Salon de la gastronomie d'outre-mer chaque année qui attire des milliers de visiteurs. A la télévision, elle fait aimer… La cuisine créole, la cuisine du monde. Le soleil. Ma cuisine entre autres. Ce que vous nous dites aujourd'hui parce qu'on va parler de ce livre, Babette de Rozières, c'est que tout ça, ce n'est pas forcément la vraie Babette de Rozières. (...)

    Babette de Rosière, on la connaît parce que c'est une femme d'affaires, entrepreneur. Elle a monté des restaurants au succès fou. Elle a un Salon de la gastronomie d'outre-mer chaque année qui attire des milliers de visiteurs. A la télévision, elle fait aimer… La cuisine créole, la cuisine du monde. Le soleil. Ma cuisine entre autres. Ce que vous nous dites aujourd'hui parce qu'on va parler de ce livre, Babette de Rozières, c'est que tout ça, ce n'est pas forcément la vraie Babette de Rozières. Babette de Rozières, quand on la voit, on la connaît, on l'aime, on connaît Babette de Rosière tout simplement, mais qui connaît Elisabeth ? Qui connaît la petite Elisabeth, Elise ? Personne ne connaît. Qui connaît la vie de Babette ? Personne ne connaît. C'est une enfant qui grandit en Guadeloupe. Elise est une enfant qui est née en Guadeloupe de mère très belle, mulatresse, un peu métissée, et elle est née d'un père africain très foncé. Déjà au départ, il y a une différence de peau dans ma famille, ce qui crée un problème. Il faut savoir. Il faut savoir que dans les familles entières, il y en a qui sont plus foncées que d'autres et les plus foncées en payent les frais. On ne le dit pas assez. Je le dis parce que ça s'est passé comme ça. Vous êtes déjà l'objet de racisme d'une certaine façon. Je suis déjà l'objet d'une espèce de discrimination au sein même de la famille, mais en dehors de ça, je n'étais pas un enfant aimé, ni désiré. Je sais aussi que ma mère a tout fait pour éviter cette grossesse. Malheureusement, il n'y avait pas encore la loi Veil. Je suis restée accrochée à mon cordon ombilical et je suis née. Mais il ne suffit pas de naître, il suffit après d'exister. Il a fallu que j'existe. J'ai été élevée par ma grand-mère, mais les rares fois où ma grand-mère m'envoyait chez ma mère, c'était le calvaire parce qu'on mon tapait, on me dénigrait. J'étais dans le coin avec la bonne alors que les autres sortaient habillés, sentant bon, alaient au cinéma et à la plage avec toute la famille. Je n'étais pas reconnue dans la famille. Je n'étais pas dans la famille. On ne savait pas que j'appartenais à cette famille-là. C'est la première chose. Et puis j'ai grandi. Ma grand-mère est décédée, j'avais 15 ans, et je suis arrivée à Paris. Après avoir vécu tout ça en Guadeloupe, arrivée à Paris, évidemment, les Antilles, c'est la France. Oui, mais la France, on ne connaît pas. Quand on arrive, on sort de notre Antille, de notre Pointe-à-Pitre, comme je suis née à Pointe-à-Pitre, et qu'on arrive à l'aéroport d'Orly pour la première fois en novembre, habillée très légèrement, il faut affronter le climat. On ne connaît personne. Il faut se débrouiller. Il n'y a pas de comité d'accueil, ni pour les gens qui viennent faire des études, ni pour les gens qui viennent travailler. En l'occurrence, je venais pour faire des études. J'étais perdue. C'était une culture à refaire. Vous avez dû vous battre. C'est un livre qui s'appelle Toujours se relever que vous publiez chez Orfi dans lequel vous dites, à l'attention de tous ceux qui nous écoutent et qui vous lisent, derrière cette réussite, je le disais, parce que vous êtes le visage de cette réussite.  Il y a un combat. Il y a un combat contre le racisme. Il y a un combat contre la misogynie. Il y a un combat contre la discrimination. Il fallait affronter ces combats-là. Ça m'a renforcé. Ça m'a donné des ailes. Je ne me suis pas laissée faire très tôt et ça a été compliqué. C'est pour ça que je dis, quand on tombe, ce n'est pas grave, c'est dur mais ce n'est pas grave, mais alors se relever quand on est seul, qu'on a personne, se relever, il faut vraiment avoir beaucoup de courage. Vous allez vous battre. Vous allez travailler avec Gilbert Carpentier. Vous allez rentrer à la télévision. Mais avant ça, il fallait vivre. Vous allez faire des émissions culinaires. Vous allez ouvrir des restaurants à Saint-Tropez, partout. A la force du poignet, mais avant, j'ai du consigner les bouteilles des clochards pour acheter une baguette. J'ai mangé un hamburger par jour pour faire des économies. J'ai connu tout ça. Les gens ne le savent pas. Ils pensent que Babette est arrivée comme ça. J'ai énormément travaillé et je n'avais qu'un objectif, réussir. Dans mon livre, je voudrais rebondir sur un passage parce qu'aucun journaliste ne m'en parle. Je parle de l'esclavage dans mon livre. Tu l'as lu. Dans ce livre, vous en parlez, parce que vous portez aussi cette souffrance en vous. Vous l'avez toujours porté, Babette de Rozières. Absolument parce que ce sont mes ancêtres qui en ont souffert. Je suis née le 27 mai. Le 27 mai 1848, c'était l'abolition de l'esclavage. Joséphine, la femme de Napoléon, Napoléon l'avait aboli en 1802 et a remis l'esclavage qui a duré quarante ans. Pendant quarante ans, les peuples ont souffert. J'entends, il n'y a pas longtemps, que Christine Angot dans l'émission On n'est pas couché qui se permet de faire une différence entre les souffrances des esclaves et la Shoah. Mais elle a un gros problème. Comment, sur une chaîne publique, on peut se permettre de faire des comparaisons de souffrances, de parler de mémoriel au niveau de la souffrance. Ce n'est pas possible. C'est une femme qui manque de réflexion. Elle manque de culture historique. Elle manque de sensibilité. Ce qui a choqué particulièrement, lorsqu'elle a dit que leurs esclavagistes faisaient tout pour les maintenir en bonne santé. Est-ce que vous pensez que les Noirs qui sont enchaînés, qui sont dans les champs en train de travailler, meurtris, torturés, une chaîne au cou, une chaîne aux pieds, frapper, tout ça pour l'économie, c'est ça aussi l'esclavage ! L'esclavage est un crime de l'humanité, il ne faut pas l'oublier. Ce n'est pas un crime contre l'humanité. Ça vous fait mal. Ça me révolte parce que je me mets à la place de ces hommes, 14 millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont subi l'esclavage. L'esclavage, tous les peuples l'ont connu à des époques différentes. Comment peut-on oser dire que ce n'est rien ? Comment peut-on des souffrances ? Elle est malade. Elle est folle. Elle est sotte. Angot est sotte. Si elle veut des renseignements, je peux lui donner des documentaires, des films, des bouquins pour qu'elle puisse revoir un peu son passé historique. On a un mémoire de devoir. La France a été meurtrie par l'esclavage. Il faut qu'elle arrête parce que j'ai très soif d'elle. Ce qu'elle a dit est inacceptable et aucun de mes compatriotes ne l'a accepté. On ne parle pas de ce qu'on ne sait pas. Je parle de ma vie parce que je l'ai vécue. On voit le visage de Babette de Rozières. On voit la femme qui s'est battue. On la voit en ce moment. Je me suis battue, battue, battue. C'est pour ça que j'ai écrit ce livre pour donner espoir parce que je ne voulais pas du tout écrire ce livre. Ecrire sur soi, c'est très compliqué. Ecrire sur moi, moi qui suis pudique, je n'aime pas raconter ma vie, jamais tu ne m'a entendu raconter ma vie à la télévision. Là, je me suis dit qu'à mon âge, je peux me permettre parce que les jeunes qui viennent là, je les reçois. Je fais venir des jeunes. Ils sont dépaysés. Ils n'ont pas de structures d'accueil. J'avais posé la question au ministère de l'outre-mer il n'y a pas longtemps. Il faut que ces jeunes se disent que rien n'est perdu. Il faut avancer. Il faut croire en quelque chose et il faut aller jusqu'au bout. Quand j'ai choisi ce métier de restauration et de cuisine, il n'y avait pas de femmes à l'époque comme maintenant, en cuisine. Il a fallu que je fasse mes preuves. J'ai pleuré. J'étais dans tous mes états. C'était très dur. Ça a été plus dur pour vous peut-être. Mais j'ai ouvert le chemin pour les autres. Maintenant, ça me fait tellement plaisir de voir ces petites femmes en cuisine, quelles que soient leurs races, leurs couleurs de peau. Je suis heureuse quand je vois des petits bouts de femme en cuisine chef et qui font de belles choses. Voilà pourquoi j'ai écrit mon livre. Voilà pourquoi j'ai écrit, pour donner du courage parce que le Grand 8, quand ça monte, c'est formidable. Quelquefois, ça descend. On croit que ça va s'arrêter. Eh ben ça ne s'arrête pas. Toute ma vie, ça a été comme ça. Je remonte tout de suite et je repars. Jamais je n'ai plié l'échine. Jamais je n'ai pleuré devant qui que ce soit. J'ai toujours montré que la réussite est au bout du chemin. C'est si vrai. Maintenant, je suis une femme heureuse et épanouie. Je suis mariée, j'ai une vie normale. Je vis de mon travail. Je me permets de faire des choses que j'aime. La vie est belle et la vie continue.  Merci Babette de Rozières telle qu'on l'aime. Toujours se relever. Et oui. C'est un livre qui donne la pêche. Quand tu dis ça, tu as la pêche. C'est sûr. Merci Babette de Rozières. On rigole, on pleure, on rigole, mais on a la pêche. Merci Babette de Rozières. Merci de m'avoir reçue.

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    00:08:29
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