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  • L'invité

    Michel Onfray

    Invité : Michel Onfray, philosophe et essayiste français.

    Le philosophe Michel Onfray publie « Le Temps de l'étoile polaire » (éditions Robert Laffont), où il dit sa passion pour les écrivains de la liberté, comme Camus ou Proudhon, et célèbre les philosophes à travers la peinture. Il réagit également au débat actuel sur le voile en France. 

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Michel Onfray, philosophe, vous publiez Le Temps de l'étoile polaire, votre journal hédoniste chez Robert Laffont. On va en parler dans quelques instants.

    D'abord, l'actualité. Vous êtes un homme passionné des religions, le voile suscite un profond débat encore une fois en France. Emmanuel Macron hier a appelé à un consensus, à faire bloc pour éviter les amalgames après cette affaire d'une mère de famille voilée qui accompagnait son enfant pour une sortie scolaire, et la s (...)

    Bonjour, Michel Onfray, philosophe, vous publiez Le Temps de l'étoile polaire, votre journal hédoniste chez Robert Laffont. On va en parler dans quelques instants.

    D'abord, l'actualité. Vous êtes un homme passionné des religions, le voile suscite un profond débat encore une fois en France. Emmanuel Macron hier a appelé à un consensus, à faire bloc pour éviter les amalgames après cette affaire d'une mère de famille voilée qui accompagnait son enfant pour une sortie scolaire, et la sortie qu'a fait à un élu du rassemblement national. Elle a d'ailleurs décidé de porter plainte. Vous réagissez comment à ces événements ?  Je pense qu'Emmanuel Macron a tort d'imaginer que le problème c'est l'amalgame. Le problème, c'est l'islamisme. Et l'islamisme, il est très facile à voir. On sait très bien qu'il y a eu un sondage commandé pour pour la Fondation Jean-Jaurès. C'est Ipsos, je crois, qui l'avait fait, et qui montre que 25% des musulmans estiment que la charia devrait prendre le pas sur les lois de la République. C'est ça, le problème. Le fait est qu'une majorité est pour les lois de la République, c'est ça aussi qui est important. Effectivement, l'amalgame il ne faut pas le faire. Et d'une certaine manière, Macron aurait raison sur ce sujet. Sauf que quand il dit "pas d'amalgames", c'est juste pour dire que l'islam ne pose pas problème. Il pose problème quand 25% d'entre eux estiment que la charia devrait faire la loi. Le voile en l'occurrence pose problème aujourd'hui ? Non, moi je pense que le voile c'est un faux problème. Le problème n'est pas ce qu'il y a sur la tête, mais ce qu'il y a dans la tête. Et moi, je connais des gens, des femmes voilées, qui ne sont pas radicalisées. Simplement, c'est un signe d'identité, elles sont parfois jeunes, c'est une façon de redire un passé, on leur a demandé de totalement oublié… Donc il ne faut pas l'interdire comme le dit le Premier ministre ? Bien sûr. Moi, je suis contre les interdictions. Le libertaire que je suis n'est pas pour l'interdiction. Je suis pour le débat, je suis pour l'échange. Je trouve que ce jeune homme du Rassemblement national a eu tort de s'adresser à la présidente à destination de cette femme, en estimant quel était le problème. Je trouve ça inadmissible qu'on humilie des gens, que ce petit garçon se soit trouvé humilié en train de pleurer dans les bras de sa mère. Je trouve évidemment que le lendemain, quand elle nous dit qu'elle va porter plainte deux fois, on voit bien ce qu'il y a comme type de mécanisme. Il ne faut pas rentrer dans cette polémique de politique politicienne, mais pensez un peu en survolant, en surplombant je dirais en terme de civilisation. Il faut être impitoyable avec les musulmans qui estiment que les lois de la République passent au second plan, et que c'est la charia…

    Il faut défendre davantage la laïcité aujourd'hui, la loi de 1905 ? Pas seulement la laïcité, parce que là aussi la laïcité on dit qu'elle est ouverte, elle est fermée… Moi, je suis pour le fait que des femmes voilées puissent accompagner des enfants dans les sorties scolaires. On n'endoctrine pas en trois secondes un enfant parce qu'on aurait un voile et qu'on serait islamiste, non. Ces femmes ont le droit d'accompagner des enfants avec un voile sur la tête. Elles ne sont pas seules, il y a d'autres parents. On peut discuter, on peut parler. Et ce ne sont pas des monstres, les femmes qui ont des voiles sur la tête, qui vont tout de suite expliquer qu'il faut faire le djihad aux enfants de l'école républicaine. Le délire, il est là. Mais le délire, il est aussi dans le fait que l'on ne soit pas capable de dire sur les 25% qui estiment que la charia doit faire la loi et non pas la République. Alors là, il faut être impitoyable. Ça veut dire qu'il faut fermer des mosquées salafistes, ça veut dire qu'il faut vraiment expulser les imams qui prêchent le djihad ou qui prêchent de la tolérance, ça veut dire que l'on ne doit pas tolérer dans les services secrets quelqu'un qui aura fait savoir que l'attentat de Charlie Hebdo était une bonne chose. Enfin, toutes choses qui montrent que… 

    Vous faites référence évidemment à l'attentat à la préfecture de Paris. On ne peut pas faire semblant de dire : "Pas d'amalgame." D'accord, ne faisons pas d'amalgame, mais à ce moment-là quand on aura à expliquer ce que sont les choses, dire "il y a une partie dangereuse minoritaire, 25%, et une partie majoritaire qui elle ne l'est pas", concentrons les efforts sur la question des minoritaires qui sont eux dangereux, et faisons de telle sorte que les lois de la République fassent la loi. Éviter aussi l'islamophobie. Aujourd'hui, elle est ressentie par beaucoup de musulmans.

    Je ne sais pas ce qu'on appelle l'islamophobie. Si vous commencez par dire par exemple que le Coran a été écrit, que c'est un texte historique, vous avez des gens qui vont vous expliquer que vous êtes déjà dans l'islamophobie parce qu'il faudrait dire du Coran qu'il a été dicté par Dieu à l'ange Gabriel qui, avec le prophète, etc, etc. Moi, je ne crois pas en Dieu, je ne vois pas comment Dieu pourrait dicter un livre à quelqu'un qui pourrait ensuite, etc. L'islamophobie, si ça commence à caractériser le personnage qui veut juste penser l'islam en termes historiques, ça devient problématique, ça devient dangereux. Je suis contre les interdictions, c'est-à-dire que l'islamophobie c'est une interdiction de penser le Coran et de penser l'islam. Ce n'est même pas de critiquer, c'est juste de le penser. On vous demande juste d'obéir, c'est-à-dire de vous mettre à genoux, et pas de faire votre travail de philosophe en disant : "Allez, prenons ce Coran. D'où vient-il ? Comment a-t-il été construit ? Est- ce qu'il est en relation avec le judéo-christianisme ?" La réponse est oui. "Comment Mahomet a-t-il pu exister et pourquoi a-t-il suivi les cours d'un rabbin ?" C'est de l'histoire, et faisons de l'histoire des religions. Mais ça, on est évidemment bien loin puisque la question aujourd'hui, c'est vous êtes pour ou vous êtes contre le voile ? Il s'est passé cette affaire en Bourgogne-Franche-Comté. Et alors, vous êtes de quel côté ? Etc. Là, on ne pense pas dans ces cas-là. Il est bien évident qu'il faut penser l'islam plutôt que de le critiquer. 

    Un mot, Michel Onfray : le Brexit. L'accord peut être dans les prochains jours. Vous aviez publié Théorie de la dictature, donc le message était clair, publié chez Robert Laffont il y a quelques mois. Vous dites que les Anglais ont raison aujourd'hui  ?

    Je dis, partout sur la planète, que les peuples ont raison. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est-à-dire que le Brexit, ça reste quand même une consultation électorale, c'est un référendum au cours duquel les Anglais se sont exprimés, les Britanniques se sont exprimés. Voilà. Quand en 2005, les Français s'expriment en disant : "Nous ne voulons pas de cette Europe libérale", non pas parce qu'elle est d'Europe, mais parce qu'elle est libérale. On dit : "Vous l'aurez quand même." Et on repasse par dessus la tête du peuple…  Mais ce n'est pas une dictature, vous employez le mot "dictature".  Si une dictature, c'est le fait de dire : "Je vous demande ce que vous en pensez, et quand vous en pensez quelque chose qui n'est pas ce que je souhaiterais, eh bien je mets votre référendum à la poubelle." La dictature, c'est de dire : on fait des élections, mais si les élections ne vont pas dans le bon sens, on met les élections à la poubelle. C'est ça, la dictature. Voilà. J'habite à Caen, et à une époque on a fait un sondage, on a fait un référendum, une consultation pour savoir si les gens voulaient un tramway, oui ou non. Les gens ont dit massivement : "Nous n'en voulons pas." Qu'a fait le maire de l'époque ? Il a dit : "Vous allez avoir un tramway tout de même." Ça s'appelle de la dictature. Moi, je suis gaullien en ce sens. Je pense qu'il y a des élections ; quand on perd les élections, on s'en va ; quand on perd un référendum, on s'en va ; quand un référendum dit ceci plutôt que cela, on fait ceci plutôt que cela. Et on ne trouve pas des explications pour dire : "On vous demande ce que vous en pensez, si vous êtes pour ce sera bien, si vous êtes contre on mettra ça à la poubelle." Ça ne s'appelle pas un référendum, ça s'appelle juste un plébiscite. Et en disant : "Si le plébiscite est en ma faveur, ce sera très bien et les élections ce sera formidable ; si ce n'est pas en ma faveur, on mettra ça à la poubelle." Un mot. Vous êtes favorable au dialogue avec Éric Zemmour ? Avec tout le monde. Vous pensez qu'il faut dialoguer avec Éric Zemmour même s'il a été condamné par la justice ?

    Je ne vois pas comment on pourrait dire aujourd'hui… Il y a des gens avec lesquels on ne dialogue pas. À ce moment-là, on ne dialogue qu'avec les semblables, et puis on ne dialogue plus… Même condamné par la justice ? 

    Mais condamné par la justice et les incitations à la haine raciale juste parce que vous avez dit des choses qui sont interprétées comme ceci ou comme cela, etc. La justice, vous savez, je ne pense pas qu'elle dise toujours la vérité. La justice, elle dit le droit. Vous avez dit le droit, mais le droit n'est pas forcément ce qui est juste. La justice dans les années 40, c'était de déporter les Juifs. C'était juste, mais ça n'était pas moral. Il y a des moments où moi je ne juge pas… On ne peut pas la comparer avec la justice des années 40. Non, juste pour vous dire que pour moi, la loi ne fait pas la loi quand elle dit le droit, et qu'elle ne fait pas de telle sorte qu'elle dirait aussi en même temps le juste ou l'injuste, ou ce genre de choses. Il y a des gens qui sont de toute façon, Fouquier-Tinville l'avait dit : "Donnez-moi une phrase de n'importe qui et je vous l'envoie directement à la guillotine." Il y a des gens qui sont condamnés du simple fait qu'ils disent quelque chose. Il y a des choses assez étonnantes. Zemmour dit quelque chose, c'est tout de suite de l'incitation à la haine raciale. Mohamed Sifaoui, qui a écrit un livre contre Éric Zemmour, dit exactement la même chose, mais on trouve que c'est formidable parce que voilà un musulman qui, lui, est vigilant sur ce genre de choses. Arrêtez de juger à la tête du client. Il y a des justices qui sont des justices de classe, comme toujours. Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Vous avez aujourd'hui une justice politique. Et on sait très bien que si quelqu'un dit quelque chose, il va être condamné non pas pour ce qu'il dit, mais par ce qu'il est. Et si un autre dira exactement la même chose que celui qui vient de se faire condamner, mais qui ne sera pas condamné sur son visage ou sur son faciès, d'une certaine manière, alors là le propos deviendra acceptable. 

    Merci beaucoup, Michel Onfray, d'avoir été notre invité aujourd'hui.

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