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  • L'invité

    Sonia Mabrouk

    Invitée : Sonia Mabrouk, journaliste franco-tunisienne.

    Débat sur le voile en France, libération de familles de djihadistes en Syrie... La journaliste Sonia Mabrouk publie un nouveau livre « Douce France, où est (passé) ton bon sens ? » (éditions Plon). Une lettre ouverte au coeur de l'actualité.   

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Sonia Mabrouk.  Bonjour à vous. Journaliste très écoutée, Europe 1, iTélé, et voici Douce France, où est (passé) ton bon sens ?, publié chez Plon, après le précédent livre qui parlait des enfants du djihad. D'ailleurs, ça vous inquiète en ce moment ce qu'il se passe en Syrie avec ces familles de djihadistes aujourd'hui dans la nature ?

    Oui, c'est une menace qui inquiète tout le monde. et en particulier la France. Des centaines de djihadistes, de familles des djihadistes fr (...)

    Bonjour, Sonia Mabrouk.  Bonjour à vous. Journaliste très écoutée, Europe 1, iTélé, et voici Douce France, où est (passé) ton bon sens ?, publié chez Plon, après le précédent livre qui parlait des enfants du djihad. D'ailleurs, ça vous inquiète en ce moment ce qu'il se passe en Syrie avec ces familles de djihadistes aujourd'hui dans la nature ?

    Oui, c'est une menace qui inquiète tout le monde. et en particulier la France. Des centaines de djihadistes, de familles des djihadistes français dans la nature. C'est potentiellement autant, il faut bien le dire, en faisant attention parce que je ne parle pas des enfants, mais de bombes à retardement. Des experts du renseignement et de l'antiterrorisme l'avaient dit, ces djihadistes-là quelques années plus tard sont de véritables menaces pour le pays, et se posent la question : est-ce qu'il faut les laisser sur place ou est-ce qu'il faut les ramener pour les judiciariser ? 

    Je vous avoue que c'est une question très sensible. Aujourd'hui, ils s'échappent de ces prisons kurdes à cause de la guerre menée par la Turquie. Jusqu'où cela représente véritablement danger aujourd'hui pour le retour de Daesh ?

    C'est d'abord le chaos et la confusion dans cette région, qui est en plus une poudrière. Donc vous ajoutez finalement la guerre à la guerre, ça donne une situation qui est comparable à ce qu'il s'était passé en Irak après la chute de Saddam Hussein, où des anciens dirigeants de Saddam Hussein ont permis l'émergence de Daesh, de l'organisation terroriste état islamique. 

    Malheureusement, c'est ce que l'on peut craindre aujourd'hui dans le Kurdistan syrien. Et aujourd'hui on entend, et ça fait débat et polémique, Éric Zemmour débattre avec Mohamed Sifaoui sur une chaîne de télévision, de l'islam. Ce débat-là pour vous est tronqué ou réel ? 

    Ce débat-là est surtout hystérisé, c'est ça le problème. Ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas tenir ce débat, il faut le tenir, il faut accepter les outrances, il faut accepter les approximations. Mais je pense qu'il faut qu'il se tienne. Malgré qu'il soit hystérisé, il faut essayer de lui opposer des arguments… 

    Il faut laisser la parole à Éric Zemmour, par exemple ? Parce que la question a été posée.  Mais la question n'est pas de lui laisser la parole. Il faut lui opposer des arguments valables. Des arguments valables face à Éric Zemmour, quoi qu'on pense d'un individu. C'est quelqu'un qui a un bagage historique et intellectuel avec des arguments parfois fallacieux, mais des arguments aussi qui sont construits. Moi, je dis qu'il ne faut pas une sorte de fatwa médiatique sur ces news, mais au contraire il faut quelqu'un, et des contradicteurs extrêmement solides, pour essayer de déconstruire son argumentaire. C'est cela, la démocratie, le véritable débat public et politique. C'est d'arriver à déconstruire l'argumentaire de l'autre pour montrer au public, à ceux qui nous suivent, téléspectateurs, auditeurs, que l'autre à tort, que l'autre n'a pas raison d'appeler systématiquement justement à cette guerre civile et à ce déclinisme permanent.

    On voit aujourd'hui, dans un débat à l'intérieur même du gouvernement, Sibeth Ndiaye, porte parole du gouvernement, et le ministre Blanquer de l'Éducation nationale,  qui débattent sur la question du voile de ces accompagnatrices de sorties scolaires qui portent le voile et qui ont été attaquées violemment récemment par un élu du rassemblement national. Ce débat-là aujourd'hui encore sur le voile vous étonne ?

    Il ne m'étonne pas dans le sens où il y a une énorme hypocrisie politique et un flou juridique. Si certains responsables politiques, comme le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, estiment que le voile n'est pas souhaitable, acte alors, mais faites une loi. Si Sibeth Ndiaye, porte parole du gouvernement, estime qu'il n'y a pas de problème, alors arrêtons d'en parler. Mais vous voyez le problème des responsables politiques, et encore plus dans un même gouvernement : ils ne sont pas d'accord entre eux. C'est un peu le problème général de la société aujourd'hui, qui n'arrive pas sur ces questions-là à avoir une position claire ? Quand vous voyez les sondages, pour une majorité de Français c'est assez clair. Pour les sorties scolaires, interdiction des signes ostentatoires, des signes religieux. Si on voit la majorité de l'opinion, elle est assez claire et tranchée sur ces sujets-là. Ça ne veut pas dire qu'il faut la suivre, mais ça veut dire qu'il y a quand même une véritable interrogation que vous ne pouvez pas laisser en suspend.

    Aujourd'hui, vous publiez ce livre, je le disais, Sonia Mabrouk : Où est (passé) ton bon sens ? Vous vous adressez, avec une lettre ouverte, à la France, la France d'aujourd'hui que vous dites déboussolée. Ça veut dire quoi ? La France devrait se ressaisir de quoi, finalement ? Se ressaisir, je ne sais pas. Mais en tous les cas, j'aimerais apporter une modeste contribution par rapport au bon sens. C'est un éloge du bon sens. J'ai l'impression que parfois, mon pays, mon pays d'adoption qui est la France, a perdu un petit peu cette boussole et va sur le chemin du non-sens. D'ailleurs, il suffit de parler aujourd'hui de bon sens pour qu'on vous regarde un peu avec un regard étonné et qu'on vous dise : "Mais le bon sens, c'est désuet, c'est ringard, ce sont des valeurs un peu mises de côté, dégradées." Mais ce n'est pas mon avis.

    Par exemple, vous dites, je vous cite : "L'antiracisme poussé à son paroxysme est en train de miner nos sociétés." Vous le pensez vraiment ?

    Oui, c'est un exemple parmi d'autres. Je pense que les arguments aujourd'hui de l'antiracisme ou des antiracistes ne nous permettent pas justement d'aborder des sujets sensibles et de les aborder avec raison. Moi, je dis toujours qu'il faut, sur ces sujets-là, surtout, surtout ne pas faire l'autruche. Ce n'est pas stigmatiser l'autre, quel que soit l'autre d'ailleurs, en parlant de ces sujets parce que quand il y a derrière une véritable volonté d'apporter des réponses, et ça rejoint votre question de tout à l'heure par rapport à Éric Zemmour, on ne peut être que animé de bonnes intentions. La question, l'assimilation ou l'intégration, vous dites l'intégration oui, l'assimilation c'est autre chose.

    Vous n'êtes pas d'accord avec ça. C'est un avis personnel. Moi, je suis une adepte de l'intégration parce que j'estime aujourd'hui que quand on perd ses racines, quand on perd de vue son origine, quand on perd de vue finalement ce bagage culturel, c'est quelque chose en moins. Moi, je suis binationale franco-tunisienne, et l'intégration en France m'a été facilitée parce que je n'ai pas laissé mon bagage oriental, mon bagage maghrébin, tout ce que ma culture tunisienne et méditerranéenne m'a apporté. Au contraire, ça a été une harmonie et une synergie avec la France.

    Vous avez des mots très forts pour la francophonie. Vous dites, je vous cite encore : "La langue est une arme d'intégration massive."  Ah oui. Vous vous défendez, vous dites qu'on ne fait pas assez. Vous dénoncez d'ailleurs les coûts budgétaires, vous avez été élevée au lycée français de Tunis. Vous dénoncez tout ça.

    Je suis toujours étonnée… En France, on dit : "Mais regardez, c'est une catastrophe, notre influence décline. Nous n'avons plus la même aura sur la scène internationale." Mais nous contribuons à cela, on se tire nous-mêmes une balle dans le pied en n'aidant pas cette francophonie, tout ce réseau de lycées étrangers formidables qui, justement, coupent les budgets. Et puis, il faut mettre en valeur nos artistes, nos écrivains francophones, africains. C'est une richesse inouïe, et vous le savez autant que moi. Je veux dire que ce sont les meilleurs ambassadeurs de notre langue.

    Vous prenez le contrepied parfois d'une pensée dominante. Vous dites : "Souveraineté, non ce n'est pas un gros mot." Vous dites que le sacré dans la société, oui, il en faut, il en faudrait davantage. Vous allez peut-être à contre-courant d'une valeur répandue.

    Je ne sais pas, ce sont des convictions profondes. Moi, la spiritualité m'a toujours animée, a toujours apporté une forme de sérénité dans ce monde, dans ce monde que je qualifie un monde de déracinés aujourd'hui. On voudrait nous faire croire que ça se passe bien quand on a laissé de côté un petit peu son bagage et ses racines. Je crois, au contraire, qu'il faut avoir un point central, de ralliement. Cette spiritualité nous permet un recentrage sur l'essentiel. Ça ne veut pas dire la spiritualité… Ce n'est pas une religion. C'est même presque l'inverse des convictions religieuses, puisque la spiritualité vous permet de prendre la distance par rapport à la religion et de pouvoir embrasser toutes les religions.

    Un mot avant de se quitter. Vous êtes née en Tunisie. La Tunisie s'est donnée un nouveau président. Comment vous voyez ce pays aujourd'hui ? Comment va porter l'élan révolutionnaire dans votre pays ?

    Avec beaucoup de défis. On ne va pas faire de procès d'intention à ce nouveau président qui est un professeur d'université, présenté comme étant conservateur quand même sur des sujets de société qui me tiennent à cœur, comme l'égalité femmes-hommes et d'autres sujets. Je suis avec beaucoup d'intérêt ce qu'il se passe en Tunisie. Je crois qu'il n'a pas le droit à l'erreur. Il a vu ce qu'il s'est passé, c'est un pays qui a été traversé par une révolution, qui est traversé par de profondes tensions et convulsions. Je pense qu'il sait qu'il n'a pas le droit à l'erreur.

    Merci, Sonia Mabrouk. Ça s'appelle Douce France, publié chez Plon, Lettre ouverte à un pays déboussolé, je vous le conseille. Merci Sonia d'avoir été notre invitée. Merci à vous.

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