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  • L'invité

    Denis Olivennes

    Invité : Denis Olivennes, chef d'entreprise français.

    Ancien patron d'Europe 1, La Fnac, Numericable, Denis Olivennes dirige aujourd'hui le groupe de presse CMI France (qui compte « Marianne », « Télé 7 jours »...) et publie un livre de réflexion sur la société à l'heure des gilets jaunes « Le Délicieux Malheur français » (éditions Albin Michel).

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Denis Olivennes. Bonjour. Vous avez dirigé Air France, Canal+, Numéricable, la Fnac, Europe 1, et j'en passe. Aujourd'hui, vous publiez un de vos livres s'appelle Le délicieux malheur français, sommes-nous au paradis ou en enfer ? Je vous propose d'entendre simplement ce que disait François Fillon. Si on réfléchit bien, ce n'est pas grand-chose, cette affaire de Gilet jaune. Il y a eu, au maximum des manifestations, 150 ou 180.000 personnes dans toute la France à manifester. Je vais être (...)

    Bonjour Denis Olivennes. Bonjour. Vous avez dirigé Air France, Canal+, Numéricable, la Fnac, Europe 1, et j'en passe. Aujourd'hui, vous publiez un de vos livres s'appelle Le délicieux malheur français, sommes-nous au paradis ou en enfer ? Je vous propose d'entendre simplement ce que disait François Fillon. Si on réfléchit bien, ce n'est pas grand-chose, cette affaire de Gilet jaune. Il y a eu, au maximum des manifestations, 150 ou 180.000 personnes dans toute la France à manifester. Je vais être un peu prétentieux, mais quand j'étais ministre des Affaires sociales, j'ai fait une réforme des retraites, j'ai mis deux millions et demi de personnes dans la rue.  Vous avez fait mieux. Macron, c'est un petit joueur à côté. Voilà, Macron, c'est un petit joueur, mais au fond, ce n'est pas grand-chose cette histoire de Gilet jaune ? C'est ça que vous diriez ? Non, pas du tout. Ce n'est pas grand-chose en termes de manifestation parce que les classes moyennes françaises n'ont pas l'habitude de manifester. Ce n'est pas du tout leur genre de beauté. Mais je crois que c'est un symptôme très profond, on le voit au soutien massif dont ils ont bénéficié, de nos difficultés parce que dans la promesse de notre pays  depuis la Libération, il y avait cette idée que chacun d'entre nous allait pouvoir progresser par le travail, par l'épargne, par l'éducation. On s'aperçoit qu'il faut six générations en France, en moyenne, pour passer de la classe pauvre à la classe moyenne.

    Cela veut dire que vous ne vous étonnez pas aujourd'hui de la situation des Gilets jaunes. Cette crise des Gilets jaunes, c'est la manifestation éclatante de quelque chose qu'on aurait dû pressentir, que certains ont pressenti, c'est-à-dire du profond malaise des classes moyennes. Le modèle français écrase les classes moyennes. On n'a pas deux France, la France d'en haut et la France d'en bas, on a trois France. Il y a la France des riches, des ménages aisés qui ont bénéficié de la libéralisation de ces dernières années. Leur patrimoine, immobilier financier s'est amélioré. On a les ménages les plus pauvres qui sont, très heureusement, protégés par une protection sociale qui n'a cessé de progresser. Et au milieu, on a les classes moyennes qui payent des impôts, reçoivent peu de prestations, n'ont pas un énorme patrimoine et dont les revenus ont décroché des ménages les plus aisés depuis vingt ans, et tout court depuis dix ans. C'est ça que les observateurs pressentaient, mais qui a explosé à travers la crise des Gilets jaunes. Non, je dirais presque l'inverse de François Fillon, c'est l'une des choses les plus importantes en termes de symptômes, de signal auquel on devrait être extrêmement attentif parce que ce sont des gens, cette majorité silencieuse, qui a fait son mai 68. Ce sont des gens qu'on n'entend jamais. Un petit clin d'oeil à notre ami Darius Rochebin qui a obtenu ce scoop de François Fillon pour nos amis de la télévision suisse, qui étaient contents de diffuser. Vous le dites dans ce livre, Denis Olivennes. La France est un paradis où les gens ont le sentiment de vivre en enfer. C'est ça. C'est pour ça que j'ai écrit ce livre, pour essayer de comprendre, statistiques à l'appui tout en essayant de ne pas être difficile à lire, pour essayer de comprendre ce paradoxe. On est l'un des pays les plus riches de la planète et l'un des pays les plus généreux. Et d'un autre côté, on est l'un des pays les plus malheureux. On a le niveau de dépenses sociales du Danemark, mais on a le niveau de bonheur du Mexique, pays deux fois moins riche que nous. D'où vient ce paradoxe ? Mon hypothèse est que c'est le modèle social que nous avons construit au lendemain de la guerre et tellement enrichi depuis, auquel nous sommes profondément attachés, qui pourtant est une des causes de nos difficultés. C'est pour ça que je dis délicieux malheur français. On aime ce modèle, et pourtant, c'est ce modèle qui nous cause du tort. Pourquoi on ne critique jamais le modèle social ? Parce qu'on a l'impression que dès qu'on le critique, on critique le niveau de protection, la générosité de ce modèle. Vous dites que 10 % des plus pauvres, leurs revenus sont constitués de 75 % d'aides sociales. Absolument. Mais je ne conteste pas du tout ça.  La santé. Ce n'est pas ça que je conteste. Je suis pour qu'on maintienne ce niveau, mais si vous comparez à quelques encablures de chez nous, en Scandinavie, au Danemark ou en Suède. Ce sont des pays qui dépensent à peu près comme nous, ils consacrent à peu près la même proportion de leur richesse à leurs dépenses sociales, mais les gens y sont beaucoup plus heureux parce que leur modèle est beaucoup mieux conçu. Le nôtre est mal ficelé. Les Français sont pessimistes, c'est une réalité. Ils sont pessimistes, ils sont malheureux, ils sont inciviques. Des chercheurs ont fait le test dit du portefeuille. Ils laissent un portefeuille avec de l'argent dedans. Avec 50 euros à l'intérieur. Et le nom du propriétaire et ils regardent quels sont les pays dans lesquels, au Danemark, 100 % des portefeuilles sont rapportés. Nous sommes très, très bas dans le classement. On est mieux que les Italiens. On est un peu mieux que les Italiens, mais on est très mal classé. On est très inciviques. Ma thèse que j'essaie d'illustrer n'est pas du tout qu'on est des Gaulois réfractaires, ce n'est pas un problème d'humeur, ce n'est pas un de caractère national. C'est qu'on a construit un système. On n'est pas simplement le pays des 300 fromages, on est le pays des 44 régimes d'assurance retraite. On est le régime des 300, 400 ou 500 systèmes d'assurance maladie. Des niches fiscales que le gouvernement veut supprimer aujourd'hui. Les 500 niches fiscales. Ce qui veut dire que deux Français assis l'un en face de l'autre dans un café,  qui peuvent avoir à peu près les mêmes revenus, à peu près les mêmes métiers, pas forcément au même endroit ou dans la même entreprise, à peu près les mêmes carrières, ne paieront pas nécessairement les mêmes impôts, pas nécessairement les mêmes cotisations sociales, ne seront pas forcément remboursés de la même manière pour leur maladie et ne toucheront pas les mêmes pensions de retraite. Voilà, c'est ça qui crée ce truc qu'on pourrait breveter mondialement parce qu'on en est les inventeurs, l'égalité injuste. On dépense énormément d'argent. On a des impôts très élevés. On a des prestations sociales très élevées et pourtant, chacun a le sentiment d'être plus maltraité que son voisin. Vous dites que c'est un pays qui adore le chômage. Vous dites quoi sur le chômage, Denis Olivennes ? C'est quoi, c'est minoritaire ? Quand on regarde la situation française, on voit qu'on est atypique parce qu'on a un chômage plus élevé que la plupart de nos compétiteurs et depuis bien plus longtemps. Même aujourd'hui, quand le chômage baisse, il baisse beaucoup moins vite chez nous que chez nos voisins. Quand on regarde de près, on s'aperçoit que ce n'est pas tout le monde qui peut être touché par le chômage quoi qu'on pense. On peut tous être touché par le chômage brièvement, mais les gens qui sont durablement au chômage, ce sont 5 à 6 millions de Français non-diplômés, non-qualifiés. Ce sont eux qui sont les gros bataillons du chômage durable. D'une certaine manière, on a fait un choix collectif qui consiste à ne pas changer nos règles sociales pour le bonheur de ces 5 ou 6 millions de Français. On a monté un système d'indemnisation du chômage le plus généreux du monde et on vit avec une population de travailleurs non qualifiés, non diplômés, dont on accepte qu'ils soient au chômage durable parce que c'est moins coûteux pour nous que de changer un certain nombre de règles sociales. La France perd quoi à être ce qu'elle est aujourd'hui ? A avoir ce sentiment pessimiste, cette nostalgie du passé que l'on sent. Elle perd beaucoup de sa capacité de vie collective harmonieuse. Parfois, on a l'impression qu'on est devenu une gigantesque association de détestation mutuelle. On le voit dans les débats politiques. On s'empoigne tellement violemment. On le voit lors des manifestations avec la violence. On le voit sur les réseaux sociaux. On est un pays qui pourrait être heureux et qui ne l'est pas. Si on était plus rassemblé, si on était plus unifié, si on avait un seul système de retraite et pas 40, un seul système d'assurance maladie et pas 300, si on avait moins de niches fiscales, si on était plus égalitaire vraiment et pas faussement, peut-être qu'on serait plus heureux. Ça ne veut pas dire qu'on arrêterait d'avoir la dynamique économique et le développement, mais on serait tout simplement moins divisé, moins jaloux les uns des autres, moins rivaux, plus heureux, donc on serait aussi peut-être mieux dans nos baskets nationales. On serait moins inquiets de la perte de notre identité. Tout ça va ensemble. Sommes-nous au paradis ou en enfer, pour prolonger la discussion. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Merci à vous. 

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