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  • L'invité

    Julie Gayet

    Invitée : Julie Gayet, actrice, réalisatrice et productrice française.

    Julie Gayet présente son documentaire « FilmmakErs ». Co-réalisé avec Mathieu Busson, il évoque la place des réalisatrices dans le cinéma mondial face à la domination masculine. De l'Asie à l'Afrique, en passant par l'Europe, Julie Gayet est allée à la rencontre de cinéastes femmes. Toutes racontent leur combat.

    Présentation : Patrick Simonin. Une émission enregistrée au Festival du film francophone d'Angoulême.

    Transcription

    Rock around the clock, c'est parti. C'est parti. Ça tourne. Ça tourne, Julie. C'est un mot que vous avez souvent entendu. Ça tourne. C'est ça que vous dites sur les plateaux le plus souvent. Vous ne dites pas moteur comme disait Jean-Pierre Mocky. Vous dites ça tourne. Oui, c'est paradoxal parce qu'on va parler d'un documentaire que j'ai réalisé, mais je me sens vraiment actrice. Ce sont plutôt les réalisateurs qui me disent action. Comme productrice parce que je produis maintenant des films dep (...)

    Rock around the clock, c'est parti. C'est parti. Ça tourne. Ça tourne, Julie. C'est un mot que vous avez souvent entendu. Ça tourne. C'est ça que vous dites sur les plateaux le plus souvent. Vous ne dites pas moteur comme disait Jean-Pierre Mocky. Vous dites ça tourne. Oui, c'est paradoxal parce qu'on va parler d'un documentaire que j'ai réalisé, mais je me sens vraiment actrice. Ce sont plutôt les réalisateurs qui me disent action. Comme productrice parce que je produis maintenant des films depuis onze, douze ans, mais pas réalisatrice. J'ai vraiment fait ce documentaire à la demande de Ciné +, de Myriam Hacen. C'était une commande sur les réalisatrices, sur les réalisateurs que j'aime. Ça s'appelle, on va expliquer déjà parce que ce n'est pas simple, FilmmakErs.  Female, film, FilmmakErs, bye her, par les femmes. Female. Ça veut dire que ce sont les réalisatrices, les cinéastes, les femmes. La place des femmes en tout cas, cette question qui n'est souvent posée qu'aux femmes : "Qu'est-ce qu'un film de femme. Vous êtes jeune réalisatrice, alors d'être une jeune femme réalisatrice". On pose souvent ces questions aux femmes, jamais aux hommes, comme si le cinéma, c'était le cinéma d'hommes et le cinéma de femmes, il y avait un cinéma de femmes et un cinéma d'hommes. Quelle est cette question ? Je l'avais posée à une vingtaine de réalisatrices françaises. C'était assez rigolo. Ça s'appelait Cinéast(e)s, c'était le premier opus, avec toute la jeune génération qu'on connaît. C'était Céline Sciamma, Rebecca Zlotowski, Mia Hanse-Love, Valérie Donzelli, toute cette génération. En faisant cette première commande, moi qui aime tellement les réalisateurs et les réalisatrices, je me suis dit : "On ne pose jamais la question aux garçons". J'ai fait un deuxième opus toujours. Parité. Parité, et j'ai posé la question au réalisateur. Je suis allé voir aussi la jeune génération, Thomas Caillet, tous ces jeunes cinéastes, mais aussi Jacques Audiard, Desplechin, Luc Besson, évidemment Blier qui avait fait Calmos il y a très, très longtemps.  Il faut le revoir. Je ne sais pas si on pourrait le faire aujourd'hui, Calmos. Je suis allée leur demander à eux, et Claude Lelouch qui est là, qu'est-ce que c'est qu'un film d'homme, puisqu'on ne leur pose jamais la question. Il y a Toledano Nakache, Michel Hazanavicius. Il y a aussi toute cette génération. C'était drôle parce qu'effectivement, à eux, on n'a jamais posé la question. C'était quasiment plus intéressant de les voir réfléchir, penser à haute voix devant moi parce qu'ils disaient : "Ah ben alors ça, on ne m'a jamais posé la question" et se mettre à y réfléchir devant moi. En sortant de ces deux opus, je me suis rendu compte, c'est un vrai plaisir, qu'on était quand même une spécificité française d'avoir autant de réalisatrices en France et de me dire : "Ah bon. C'est vrai ça, c'est fou, on n'est que 27 % mais c'est le pays où il y a le plus de monde". C'est minoritaire. C'est minoritaire quand même parce qu'on parlait d'Agnès Varda, on va en reparlait, Justine Triet. Il y a toute cette génération-là, mais c'est minoritaire. D'ailleurs, dans ce film, on entend un nombre incalculable de réalisatrices que vous avez été rencontrer dans le monde entier. Mais c'est encore pire dans le monde entier. Elles disent toutes : "On est quand même minoritaire. On arrive, on est dans un milieu d'hommes".  En France, c'est 27 %. C'est un chiffre traître, c'est le chiffre moyen. C'est celui où on a l'impression qu'on est nombreuses, mais on n'est pas tout à fait à égalité, mais partout ailleurs, c'est 10 %, c'est 5 %, c'est 3 %. Parfois, c'est une réalisatrice comme en Corée. C'est très particulier. C'était important de pouvoir leur donner la parole et d'aller voir ce qui se passe ailleurs. Je suis allée en Afrique, en Inde, en Espagne, en Allemagne, en Suède, poser la question à des réalisatrices un peu partout : "Comment ça se passe chez vous ?". On entend plein de choses. Il y en a qui disent : "Comme on travaille dans le cinéma, on pense qu'on est des prostituées". Ce n'est pas facile. On entend d'autres qui disent : "C'est un portrait de femme". Il y en a une qui dit : "Je déteste ça parce qu'un portrait, on l'accroche au mur, c'est figé. On veut nous enfermer". On ne peut pas imaginer qu'une femme fasse un blockbuster, par exemple. On entend ce genre de chose. Comme le dit Scarlett Johansson qui ouvre le documentaire, on est tout le temps renvoyé à sa condition de femme. Mais ce qui est fou, c'est que le pays et la culture jouent un impact, mais au final, pour toutes, c'est la même chose, elles doivent se battre et c'est difficile pour y arriver. Et le pire étant le plafond de la finance, c'est-à-dire qu'on a le droit de faire des petits films parce que les femmes s'amusent, mais elles ne travaillent pas. Les femmes ont le droit de s'amuser, mais elles ne font pas de… Les plus gros budgets, c'est pour les hommes. Il y en a qui détestent qu'on leur dise : "Vous faites des films de femmes". On ne dit pas : "Vous faites un film d'hommes", par exemple.

    Non c'est ça. Il y a des contre-exemples. J'ai adoré rencontrer cette femme en Inde qui fait tous les gros films de Bollywood parce que c'est fou. La place de la femme en Inde, c'est une chose, mais il y a des réalisatrices très importante et très powerfull à Bollywood parce que ce sont des demi-dieux, les acteurs. Les acteurs sont des dieux en Inde. Ce sont eux qui choisissent les réalisatrices. Ils sont malins, les acteurs. Ils se sont dit : "Je serais mieux filmé par une femme".  C'est vrai. En tout cas, ils mettent en avant les femmes. Un des plus grands comédiens Indiens a mis dans son contrat que sa partenaire soit payée plus que lui. On n'est pas là pour juger, mais pour avancer. Maintenant, on agit. Comme on a essayé de le lancer ici en France, il y a eu cette montée des marches avec 50/50 2020. C'est un Think Tank en France qui essaie de faire bouger les choses, avec des choses vraiment concrètes au niveau du CNC et des aides. Elles ont fait une montée des marches avec les Américaines, Cate Blanchett qu'on voit à la fin du film, Agnès Varda. Elles ont dit les chiffres et donner les chiffres. Tout revient toujours aux chiffres. Combien de femmes ont eu la Palme d'or ? Trois, une ex aequo et deux honoraires. On les entend dans votre film, Jane Campion. J'essaye. Vous diriez, Julie Gayet, au vu et en entendant tous ces témoignages dans ce film, FilmmakErs, qu'il y a de l'espoir, que ça bouge, y compris en Afrique, y compris dans le monde arabe, y compris en Amérique du Sud, partout.  En tout cas, la sensation qu'Agnès Varda, que je montre dans le film quand elle fait Cléo de 5 à 7, elle va toucher, Isabelle Coixet en Espagne qui, tout à coup, va se sentir capable de faire du cinéma. Le cinéma est mondial. C'est ce monde. Oui, il y a quelque chose qui est en train de changer. J'adore voir (Kawthar), la Tunisienne, qui raconte comment (Carrie), une fille qui avait ses règles du même âge qu'elle, ça l'a ébranlé dans son petit village, comment cela a une répercussion, comment c'est important d'avoir des référents, des personnages féminins. Il me semble qu'on a lancé un mouvement. Les Américaines disent 50/50 en 2025. Nous, les Françaises on dit 50/50 en 2000. Je pense qu'on est un peu optimiste. En 2000 ? 2020, pardon. Déjà, en 2000, on n'y était pas. En 2020. On est un peu optimiste. J'allais dire en 20/20. 50/50 20/20. Mais oui, je crois qu'on tend vers ça et on va essayer de prendre conscience de ça. En tout cas, aujourd'hui, aux Etats-Unis, je reviens du festival d'Annecy, à la tête des grands studios, ce sont des femmes, donc ça, c'est un grand changement. Merci Julie Gayet. Ça s'appelle FilmmakErs. C'est dur à dire, les majuscules à l'oral, mais c'est néanmoins ça. C'est votre documentaire. Avec Mathieu Busson qui a co-réalisé et qui passera sur Ciné + le 1er octobre. Et que TV5Monde adore.  Merci. Merci Julie Gayet. 

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    00:08:33
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