Ouvrir Menu
TV5MONDE+
Profitez de votre espace

Pas encore inscrit ?

Créez vos alertes selon vos préférences, partagez voc contenus favoris, et accédez à vos recommandations personnalisées

  • Ce programme n'est malheureusement pas disponible pour votre zone géographique.
    Découvrez d'autres programmes disponibles dans les recommandations ci-dessous.
  • L'invité

    Alain Rey

    Invité : Alain Rey, linguiste et lexicographe français.

    Le 28 novembre est la Journée internationale des professeurs de français. Une date qui honore pour la première fois ceux qui enseignent le français, ou enseignent en français, et font rayonner la francophonie à travers le monde. À cette occasion, le linguiste Alain Rey est notre invité, alors que sort une nouvelle édition du « Dictionnaire historique de la langue française », écrit sous sa direction.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C'est une oeuvre unique exceptionnelle, l'œuvre d'une vie. Le Dictionnaire historique de la langue française. Bonjour, Alain Rey. Bonjour. Vous êtes, j'allais dire, à la tête de ce monumental ouvrage, qui a été publié en 1992 pour la première fois, qui ressort dans une version augmentée. Je dis, c'est l'oeuvre d'une vie. Pourquoi ? Vous y avez travaillé au fond, pour arriver à ça ? J'ai travaillé énormément, évidemment pour le Grand Robert de la langue française, ensuite pour le Petit Robert. Ce (...)

    C'est une oeuvre unique exceptionnelle, l'œuvre d'une vie. Le Dictionnaire historique de la langue française. Bonjour, Alain Rey. Bonjour. Vous êtes, j'allais dire, à la tête de ce monumental ouvrage, qui a été publié en 1992 pour la première fois, qui ressort dans une version augmentée. Je dis, c'est l'oeuvre d'une vie. Pourquoi ? Vous y avez travaillé au fond, pour arriver à ça ? J'ai travaillé énormément, évidemment pour le Grand Robert de la langue française, ensuite pour le Petit Robert. Cette expérience-là m'a donné envie de faire quelque chose d'autre qui n'existe pas pour les autres langues, parce que j'aurais eu envie d'avoir ce type de dictionnaire, pour l'anglais, pour l'espagnol, pour l'italien que je pratique un peu, mais on ne sait pas d'où viennent les mots, on ne sait pas quelle est leur origine la plus lointaine. J'ai voulu réunir tout ça dans une synthèse qui est, je pense, un type de dictionnaire qui n'existe pas ailleurs, il n'y a que la langue française… C'est extraordinaire, c'est presque un roman ! C'est presque le roman de la langue française parce qu'au fond on y découvre d'où viennent les mots qu'on emploie. Absolument. Leur histoire, les valeurs qu'il y a derrière. Absolument. Oui. L'origine littéraire. Parmi les originalités, c'est que l'étymologie, comme chacun sait, c'est l'origine des mots venant de langues étrangères. Pour le français, c'est fondamentalement le latin, mais pas le latin de Cicéron ou de Virgile, mais le latin du Moyen Âge, le latin parlé par les gens spontanément et qui allait progressivement dans le territoire des Gaules devenir le français, du côté hispanique devenir l'espagnol, du côté italien devenir l'italien et les dialectes qui sont autour. C'est ça ! C'est cette grande aventure qui est là, dans cet ouvrage. Donc, c'est une grande aventure… Parce que j'allais dire, le français, ça n'est pas la France. C'est bien plus ! Beaucoup plus que la France, étant donné que depuis très longtemps, on oublie et on pense à la colonisation, l'Algérie au XIXe siècle, mais c'est au XVIe siècle que les choses commencent, quand les Français, les Espagnols et les Anglais vont s'installer sur des terres qui ne sont pas les leurs, colonisent. Par exemple, vous avez toute une série de mots qui viennent des langues amérindiennes, du Mexique ou du Brésil, et qui ont été véhiculés par des voyageurs français et par des gens qui étaient là, alors que c'étaient les Espagnols qui avaient le pouvoir. Justement, on trouve dans les origines, dans ce dictionnaire qui est absolument fascinant. On y trouve les emprunts au Québec, on y trouve les emprunts à l'Afrique. Bien sûr. On y trouve des choses absolument savoureuses. Absolument et des formes de français qui sont très peu utilisées et représentées dans les dictionnaires courants, comme par exemple le français de Nouvelle-Calédonie qui est en contact avec les langues kanak et qui est aussi en rapport avec le français de Polynésie, parce qu'il y a des rapports entre les deux. Il se trouve, j'ai découvert ça avec plaisir, qu'une dame de Nouméa a fait, il y a cinq ou six ans, un magnifique petit dictionnaire des mots français de Nouvelle-Calédonie, qui n'est même pas publié par un éditeur -vous savez les éditeurs sont paresseux, souvent- et qui est simplement ronéotypé, mais qui est un chef-d'œuvre, parce qu'on voit des animaux, des plantes, des manières de faire, etc. On va avoir cette variété quand on se promène dans le monde puisque le français fait partie des quelques langues mondiales, il n'y en a pas beaucoup, qui sont parlées dans les cinq continents. Les apports je disais à l'Afrique, c'est important. Très important. Apports au Québec. Très important. Ça se nourrit de tout ça, cette langue. Il faudrait dire les Afriques, parce que vous avez le français du Maghreb, qui est très différent du français d'Afrique subsaharienne. Dans l'Afrique subsaharienne, le français du Togo n'est pas absolument identique à celui du Sénégal, par exemple, qui est plus francisé que d'autres, avec évidemment l'apport du Président Senghor qui a été un témoin justement de la francisation par le haut. Une francisation savante qui a permis, justement le cas de Senghor est très particulier, c'est que politiquement on peut le contester ou le critiquer, mais poétiquement ce n'est pas possible parce que c'est un immense poète. Oui. Dans les Éthiopiques, par exemple, vous avez la poésie africaine, le rythme africain qui est en français. C'est ça que j'ai voulu montrer, c'est-à-dire que le français assimile des choses des cultures différentes. Quand, le grand Amadou Hampâté Bâ, que j'ai eu la chance de rencontrer peu de temps avant sa mort, et qui est un conteur absolument merveilleux, dans un français absolument parfait, eh bien, il fait entrer la mythologie des Peuls dans la langue française. C'est un enrichissement qu'on ne peut même pas mesurer. Pareil avec les Québécois, les Haïtiens, et je ne nomme personne parce qu'il y aurait des centaines de noms. Quand j'ai fait avec deux collègues, Daniel Couty et Jean-Pierre de Beaumarchais, un grand Dictionnaire des littératures de langue française, la place des Maghrébins, la place des Africains, la place des Antillais, des Haïtiens, était considérable et ça a même été critiqué à l'époque parce que l'on ne voyait pas le français aussi multiple et aussi riche. Oui. Ce qui m'a frappé, et je le dis dans la préface, c'est que plus on envisage les variétés du français, y compris à l'intérieur de la France parce qu'il y a tous les français régionaux qui sont très négligés par la plupart des dictionnaires, et que là il y aurait encore des progrès à faire, parce qu'il faut connaître tous les dialectes et tout ce qu'ils ont donné en français. Il ne faut pas mélanger l'occitan, qui est une langue et le français d'Occitanie. Oui. Qui est du français, mais qui est souvent nourri par les mots qui viennent de l’occitan et ainsi de suite. C'est vrai pour la Bretagne, pour le Pays basque, pour l'Alsace… Ce qui est fou, Alain Rey, c'est qu'au fond, cette langue est vivante. Elle est incroyablement vivante. Elle est même un peu bourgeonnante, je dirais, c'est-à-dire qu'il y a des moments (inaudible). C'est comme un arbre, d'ailleurs, vous avez cette comparaison dans la préface. Oui, c'est ça. Au fond la langue, c'est comme un arbre, le français. C'est comme un arbre avec des couches concentriques, de plus en plus. L'arbre est unifié par ses racines et par son tronc, et il est varié à l'infini par ses feuilles. C'est un peu la même chose. Oui, elle vit cette langue, elle vit. Il y a des mots qui ne meurent pas, il y a des mots qui sont délaissés. Vous avez classé les mots délaissés. Elle bouge même. Elle bouge un peu trop vite. Les mots délaissés ? Oui. Alors là, c'est une version augmentée de votre dictionnaire. Il y a des mots que vous avez… Des mots, des sens, des expressions qui sont… Il y a beaucoup de saveur avec les expressions du XVIe siècle, par exemple, qu'on va trouver chez Rabelais, qu'on va trouver chez Montaigne avec beaucoup de latinismes, qu'on va trouver chez Ronsard qui est un des plus grands poètes. Même dans l'ancien français que nous ne lisons plus parce que c'est comme une langue étrangère, mais qui est quand même, qui contient des beautés poétiques et extraordinaires et qui ne sont pas les mêmes que celles des langues germaniques, de l'anglais et des langues celtes, etc., c'est autre chose. Et puis le langage populaire, parce que ça nourrit aussi, ça vient directement des gens. Et les argots, j'ai un peu insisté là-dessus parce qu'il y a les argots contemporains, que nous connaissons bien, et qui sont par exemple tous les mots de verlan. Il y a beaucoup moins de verlan d'ailleurs aujourd'hui qu'il n'y en avait il y a 30 ou 40 ans, mais c'est des évolutions qu'on peut observer. Aussi, les argots du passé parce qu'ils ont laissé leur trace dans la littérature. Ça va vous passionner tous ! C'est l'œuvre d'une vie, Alain Rey, origine et histoire de la langue française. Merci beaucoup d'avoir été notre invité. Ce livre est absolument exceptionnel, on était heureux d'en parler sur TV5 Monde, la chaîne de la francophonie. De la francophonie. Merci, Alain Rey. Merci beaucoup.

    Voir plusmoins
    00:08:14
    Tous publics
    Tous publics
    label.disponibilite