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  • L'invité

    Alexis Corbière

    Invité : Alexis Corbière, député de la France insoumise.

    Au lendemain de la mort de treize soldats français de la force Barkhane, Alexis Corbière, député porte-parole de la France Insoumise, membre de la commission défense de l'Assemblée nationale et vice-président du groupe d'amitié France-Mali, est notre invité.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Alexis Corbière. Vous êtes porte-parole de la France insoumise, vous êtes membre de la commission Défense de l'Assemblée nationale et aussi du bureau de l'amitié entre le Mali et la France. Ces 13 soldats tués aujourd'hui, c'est un drame national que ces morts pour la France ? Indiscutablement, c'est un drame national. Je crois que tout le pays est touché parce que tout le monde, quelle que soit son opinion, sait très bien que le métier des armes est un métier qui nécessite un courage ex (...)

    Bonjour Alexis Corbière. Vous êtes porte-parole de la France insoumise, vous êtes membre de la commission Défense de l'Assemblée nationale et aussi du bureau de l'amitié entre le Mali et la France. Ces 13 soldats tués aujourd'hui, c'est un drame national que ces morts pour la France ? Indiscutablement, c'est un drame national. Je crois que tout le pays est touché parce que tout le monde, quelle que soit son opinion, sait très bien que le métier des armes est un métier qui nécessite un courage exceptionnel, être prêt à donner sa vie pour le pays. Et là, treize soldats qui meurent, c'est un bilan terrible. Alors, d'abord, il y a le temps du recueillement évidemment. Lundi il y aura une… Vous serez présent bien sûr lundi ? Evidemment ! Une grande cérémonie aux Invalides. Il faut être là pour dire à nos soldats sur tous les fronts dans lesquels ils sont engagés, particulièrement dans cette opération Barkhane depuis six ans au Mali, qu'évidemment ils sont là pour la nation. Mais une fois qu'on a dit cela… Mais ils sont vraiment morts pour la France aujourd'hui ? Vous dites cela ? Une fois qu'on est d'accord là-dessus, je crois malgré tout qu'il faut, c'est notre rôle, j'ai envie de dire, notre fonction quand on est député, nous sommes la représentation nationale, s'interroger sur pourquoi nos soldats sont là-bas. Et moi je pense, je regrette que c'est le cas en cinquième République, l'Assemblée nationale, le Parlement ne discutent pas du cadre politique des objectifs politiques de ce pourquoi nous avons envoyé des troupes. Cela fait maintenant six ans que nous sommes embarqués. Au départ c'est l'opération, vous vous souvenez, où nous intervenons au Mali pour protéger Bamako dans le cadre de l'opération Serval. Et puis, c'est devenu l'opération Barkhane, 4 500 soldats. Chaque année le coût de cette intervention c'est entre 600 millions d'euros, voire on approche le milliard. Quels sont les objectifs politiques ? Et bien je dis sur votre antenne, comme je le répète depuis quelques jours, pour ma part, je ne les connais pas très précisément. C'est lutter contre le terrorisme, c'est éviter que… Oui alors cela c'est des formulations très générales. …les islamistes ne prennent le Mali et au-delà ? Soit, oui, mais ceux qui connaissent la situation politique, déjà je vais dire les choses clairement et répéter les propos de Mme Parly ministre de la Défense ou du général Lecointre qui est le chef des armées ou même moi je me suis rendu au Mali et au Niger, dans le cadre de la commission défense des armées dont je fais partie, je suis allé à Niamey, je suis allé à Gao, et les officiers d'état-major me disent "Monsieur le Député nous sommes sans doute là sur place pour au moins 20 ans. 20 ans. Oui parce que l'objectif encore affiché, c'est d'éradiquer ce terrorisme. Oui mais tout le monde comprend bien que la situation, pour ceux qui connaissent, n'a pas évolué positivement depuis que nous sommes sur place. L'état malien a quasiment totalement failli, des régions entières ne sont plus sous le contrôle, comment dirais-je, de la puissance publique, c'est le moins qu'on puisse dire, et même il y a un développement de groupes radicaux, qui pour certains d'ailleurs à un moment donné étaient armés par l'état malien et un peu soutenus par la France et qui se retournent y compris contre nos troupes, avec des phénomènes de corruption de bandes locales qui font régner la terreur. On a dernièrement une pétition de paysans maliens qui s'est adressée au Parlement malien pour dire qu'il en avait assez que certains de ces groupes armés les pillent, les rackettent et on a l'impression qu'il y a eu dans un premier temps un soutien de la part de nos propres forces. Donc vous dites, au fond, que cette opération ne sert à rien aujourd'hui ?

    Je dis qu'il est temps de redéfinir clairement, parce que pour ma part je n'ai jamais été convié dans le cadre d'un débat, ni moi ni l'ensemble de mes collègues, quels sont nos objectifs politiques. Donc vous demandez un débat à l'Assemblée nationale ? C'est le moins que l'on puisse dire. On ne peut pas engager 4 500 soldats et constater que 41 d'entre eux sont tombés depuis que nous sommes là-bas, c'est terrible comme bilan, que toute une série de gens très sérieux, je pense notamment à nos militaires locaux, nous disent "nous sommes sans doute engagés là-bas pour 20 ans" sans que la nation… Vu que j'ai une haute conception, comme vous, quand on dit "mort pour la France", mais nous sommes en droit de dire : "Très bien mais pour quel objectif ?". On ne peut pas se réfugier derrière des formules générales contre le djihadisme, contre le terrorisme. Soit, mais que faisons-nous et est-ce que, peut-être, ces milliards que nous mettons dans cette intervention militaire ne seraient-ils pas plus justement efficaces s'ils participaient au développement de ces pays-là. C'est-à-dire, de quelles façons ?

    Par exemple, construction d'écoles, construction d'une police, construction d'un Etat, aider à des constructions de puits, faire en sorte que toutes ces régions, qui échappent à tout contrôle qui sont en situation de faillite économique, puissent retrouver un petit peu une situation meilleure. Et nos soldats, malgré leur grand talent et l'efficacité de notre matériel, pour ceux qui connaissent et qui regardent votre antenne et qui sont nos amis peut-être qui vivent au Mali, savent très bien qu'on parle d'un pays qui est deux fois la taille de la France. L'opération Barkhane intervient sur cinq pays, c'est quasiment l'équivalent de l'Europe, 4 000 hommes ne peuvent pas contrôler l'équivalent d'un continent. Et en même temps, ils ne pourront pas partir du jour au lendemain ? Voilà, c'est ce que je dis, que les choses soient claires. Ce débat auquel j'invite et le fait qu'il faut créer les conditions de partir ne signifie pas que, du jour au lendemain, il faut partir car le chaos serait sans doute aussi très important. On voit les difficultés du G5 Sahel, on voit les déficits des pays de la région… La France, l'armée doit être au service d'un projet politique. Et, pour ma part, le projet politique, le plan dans lequel nous sommes engagés, les objectifs gradués, je ne les connais pas. Et je ne me limite pas à des formulations consistant à dire "on est contre le djihadisme" en observant que dans la région les conditions de cet islamisme radical ne sont certainement pas éteintes voire même se développent. Où est le volet politique ? La force, l'armée, notre armée doit être au service du politique et le politique, dans cette affaire, j'avoue que je ne vois pas très bien et c'est terrible parce que… Quand on vous dit "il faut un consensus national aujourd'hui", quand on le réclame ce consensus, vous dites non. L'hommage évidemment doit être consensuel à nos soldats, c'est une évidence. Mais moi je ne veux pas que nous passions notre temps dans les 20 ans qui viennent à régulièrement pleurer nos morts. Je veux savoir pour quelle raison nos soldats meurent. D'ailleurs je souhaite qu'ils ne meurent pas. Je le dois pour la dignité quelque part que je me fais de ma fonction pour les familles. On ne peut pas dire "écoutez votre fils ou votre mari est mort" pour des objectifs politiques qui ne sont plus très clairs. Que mon propos soit clair, je ne dis pas, je ne suis pas un fou, un irresponsable qui dit que "le 1er décembre tous les soldats vont revenir dans les familles" parce que la situation serait terrible localement mais je demande à ce que nous ayons, au nom de la représentation nationale, un débat notamment à l'Assemblée, notamment dans le cadre de la commission défense que le gouvernement nous dise comment il voit les choses, comment il voit les choses évoluer, quels sont les objectifs que nous nous sommes donnés mais pas seulement des objectifs militaires, des objectifs une fois de plus politiques. Comment nous aidons à ce que la démocratie puisse revenir là-bas ? C'est très compliqué. Je suis très conscient du caractère extrêmement compliqué. Mais tous les signaux qui me reviennent me disent que la situation se dégrade localement, elle se dégrade et que y compris… Cela risque d'être pire si les français s'en vont. Cela, je l'ai bien compris mais beaucoup de témoignages et, si nous avons des amis maliens qui nous regardent - confirmeront-ils ou pas ce que je suis en train de dire ? - mais autant les troupes françaises avaient été accueillies très positivement par la population il y a six ans, autant aujourd'hui il y a un sentiment dans la population que ces troupes françaises ne participent pas à la restauration totale de la souveraineté au Mali. Donc tout cela quand même, c'est des choses où quand on a des morts qui nous reviennent et que nous les pleurons, je crois que nous leur devons, une fois que le temps de l'hommage sera rendu, à ce que le politique s'exprime et que nous puissions dire "nous devons rester", "combien d'années", "quels sont nos objectifs", "comment ce que nous faisons d'un point de vue militaire est accompagné aussi d'une réflexion politique, géopolitique sur la région", "quels sont nos partenaires ?". Et de ce point de vue-là je trouve que pour l'instant c'est assez faible. Alexis Corbière, vous le déplorez, on le sent bien, y compris sur cette affaire malienne le déficit démocratique. Vous dites au fond, c'est ça qui explique qu'en France il y a les gilets jaunes ? Nos gilets jaunes, quand ils se mobilisent, pour des questions, on l'a vu d'abord, des problèmes de prix d'essence, et le sentiment d'injustice fiscal, ils se mettent des bonnet phrygien sur la tête, ils ont le drapeau bleu blanc rouge, ils chantent la Marseillaise, ils écrivent sur leurs gilets "il faut un nouveau 89". Ce passé nous travaille encore parce qu'on a un pays et on l'a appris tout petit à l'école où il y a la passion de l'égalité, où il y a aussi cette idée que le peuple qui se soulève et qui se met en révolution peut écrire une histoire magnifique. De ce point de vue-là, voilà, aimons la Révolution française, pas seulement pour le goût du passé mais parce que je crois que ça peut nous projeter positivement vers le futur. Et je crois que ce pays a besoin de ça, de grands changements mais d'un changement démocratique où la souveraineté du peuple est respectée, où la question sociale est prise de manière beaucoup plus sérieuse que ce qu'hélas aujourd'hui c'est le cas. Voyez, quand on aime le passé, c'est toujours pour le futur. L'histoire, c'est toujours de la politique. Mais évidemment, l'histoire d'aujourd'hui c'est la politique d'hier. La politique d'aujourd'hui sera l'histoire de demain et c'est pour cela qu'en général tous ceux qui sont engagés en politique sont plutôt des amateurs d'histoire. Puis notre pays, c'est une singularité française. On aime l'histoire, les livres d'histoire se vendent. Moi j'aime la Révolution française. Merci. Alexis Corbière était notre invité. "Jacobins" est publié chez Perrin, "Les inventeurs de la République". Merci, Alexis Corbière.

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