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  • L'invité

    Sylvie Testud

    Invitée : Sylvie Testud, comédienne, romancière et réalisatrice française.

    Couronnée du César de la meilleure actrice pour « Stupeur et tremblements », Sylvie Testud fait ses débuts au théâtre dans une adaptation de Marivaux « L'Heureux Stratagème », au théâtre Édouard VII.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Sylvie Testud. Bonjour. Quel "Heureux Stratagème". On a rarement vu un triomphe pareil au Théâtre Édouard 7, à Paris, en ce moment. Cette pièce de Marivaux que vous portez avec des comédiens formidables. Le public vous fait un triomphe. J'en ai été témoin. Et vous êtes tous, toute l'équipe, debout sur scène, à la fin, pour accueillir des rappels et des rappels et des rappels. Qu'est-ce que l'on ressent quand on a un tel succès ?

    On est très fiers. On est très contents parce (...)

    Bonjour Sylvie Testud. Bonjour. Quel "Heureux Stratagème". On a rarement vu un triomphe pareil au Théâtre Édouard 7, à Paris, en ce moment. Cette pièce de Marivaux que vous portez avec des comédiens formidables. Le public vous fait un triomphe. J'en ai été témoin. Et vous êtes tous, toute l'équipe, debout sur scène, à la fin, pour accueillir des rappels et des rappels et des rappels. Qu'est-ce que l'on ressent quand on a un tel succès ?

    On est très fiers. On est très contents parce que, surtout, c'est une pièce où, comme vous l'avez dit, c'est un groupe qui porte cette pièce; et c'est un groupe qui emmène le public. Alors, on est tous là et on est, je crois, on est très contents. Oui. Alors, il y a Eric Elmosnino, il y a Suzanne Clément. Plein de comédiens.

    Jean Robart,… Une équipe formidable. On va regarder quelques images de cette pièce. C'est une pièce de Marivaux. Jusqu'ici, on la voyait à la Comédie-Française. Là, c'est dans un théâtre. Un magnifique théâtre : le Théâtre Édouard 7, un théâtre populaire. Sublime, oui. Et c'est une pièce d'aujourd'hui. Regardez.

    Faut-il que je vous aime encore, après d'aussi cruelles réponses que celles que vous me faites ! Cruelles réponses. Avec quel goût vous prononcez-vous cela. Que vous auriez été un excellent héros de roman. Votre cœur a manqué sa vocation, Dorante. Ingrate que vous êtes !

    Ce style-là ne me corrigera guère. Vos tristesses sont aussi contagieuses qu'elles ont gagné jusqu'à votre valet ; on l'entend qui soupire. Je suis touché du malheur de mon maître. J'ai besoin de tout mon respect pour ne pas éclater de colère. Et d'où vous vient de la colère, Monsieur ? De quoi vous plaignez-vous s'il vous plaît ? Est-ce de l'amour que vous avez pour moi ? Je n'y saurais que faire. Ce n'est pas un crime de vous paraître aimable. Est-ce de l'amour que vous voudriez que j'eusse et que je n'ai point ? Ce n'est pas ma faute s'il ne m'est pas venu. Il vous est fort permis de souhaiter que j'en aie. Mais de venir me reprocher que je n'en ai point, cela n'est pas raisonnable.

    Qu'est ce que c'est beau. Qu'est-ce que c'est beau Marivaux. Marivaux, c'est formidable. Surtout, la grande découverte, en jouant Marivaux, c'est que, en fait, on est très dans les sentiments. C'est très cruel, ça n'est pas qu'une langue… Cruel, en même temps. Une cruauté ! Voilà. Ça n'est pas qu'une langue par laquelle on peut se laisser bercer. C'est une langue qui est forte, qui est riche de sentiments, et qui indique tous les paradoxes, mais chez chaque personnage. Donc, en fait, quand un souffre, l'autre est heureux, et inversement. Cela fait que, les gens chaque fois qu'ils se rencontrent, il se passe quelque chose. Et d'ailleurs, le public rit avec cruauté C'est une cruauté qui fait rire. Le public, à par moments, applaudit à la cruauté. A un moment, je vois le public applaudir. A la mauvaise foi aussi. Parce que, je pense que l'on s'y retrouve, parce que… c'est vrai que, oui on a envie d'être fidèle, oui on a envie de respecter la personne en face. Mais, oui, parfois, on peut être attiré, on peut… Alors, qu'est-ce que l'on fait de la personne qui est en face ? Est-ce que c'est un non-respect ? Est-ce que l'on y va, là où on est attiré ou pas ? Mais, à chaque fois, en fait, on se cache derrière un petit mensonge, derrière… on s'arrange avec la vérité. Et je crois que tout le monde fait preuve, de temps en temps, de mauvaise foi, qu'il soit fidèle ou infidèle. On a notre petit jardin secret que l'on a envie de garder et on n'a pas envie de se faire embêter. Sauf que quand on est de l'autre côté on dit…on a envie que l'autre nous rende des comptes. Je pense que, oui, évidemment, ça parle aux gens.

    C'est jouissif. C'est une pièce qui a été écrite en 1733 par Marivaux. Aujourd'hui, Ladislas Chollat en fait une mise en scène dans les Années folles, avec un décor absolument fabuleux. Je disais c'est une pièce d'une très grande modernité. Votre personnage de Comtesse est une femme libre, cruelle, qui cherche son plaisir, qui manipule les gens comme des marionnettes. Mais au fond, c'est une femme forte.

    Oui, c'est une femme forte. C'est une femme qui a de l'indépendance et de l'autorité. Et qui est respectée en tant que telle. Et d'ailleurs, les hommes la respectent beaucoup malgré sa mauvaise foi. Enfin, elle se perd et elle manipule beaucoup, comme vous le dites. Mais, en revanche, oui c'est vrai que c'est très actuel, parce que où on en est encore là où ils était déjà là à ce moment-là - donc en 1733 - et, en fait, Ladislas Chollat a voulu le mettre dans les Années folles parce qu'il y a encore plus ce désir de liberté de la part des femmes et de la part des hommes. Et les rapports ont une tendance à aller vers la décadence, qui est assez admirable, parce que c'est un endroit où il y a plus de volupté. C'est plus sexy quelque part. Et c'est ce qu'il voulait. Et c'est ce qu'il y a dans le texte de Marivaux, finalement, on n'a pas eu besoin d'aller le chercher. Cela existe. Donc, ce qu'il écrit, lui, c'est bien que les rapports entre les hommes, les femmes…enfin, les rapports entre les gens, les rapports amoureux, sont complexes. Et que, de toute façon : je te fuis, tu me suis ; je te suis, tu me fuis. Voilà, il y a cela. Et tout le monde connaît cela. C'est cela l'heureux stratagème. Parce que, évidemment, (on va raconter) un peu : c'est quand même un personnage, votre personnage de Comtesse, qui va… Elle doit épouser Dorante. Voilà. Et puis, qui va aimer un Gascon, qui est très drôle. Elle a un béguin. Et puis, alors, les amoureux éconduits, ils vont monter un stratagème pour essayer, par jalousie, de récupérer leur amour.

    Exactement. Et surtout de la faire souffrir. Ils comprennent qu'à partir du moment où elle va sentir que Dorante, son promis, va s'en aller, elle va retourner la tête vers lui. C'est tellement une histoire que tout le monde connaît. On le sait. C'est de la manipulation ? Mais oui, parce qu'en fait, il lui était acquis. Elle pensait que cet homme ne s'en irai jamais -  elle le dit d'ailleurs dans la pièce -  et à partir du moment où il s'en va, elle a un doute. On connaît ça tous par cœur. Et c'est ce qu'ils font. Leur stratagème, c'est celui-ci. Jusqu'à ce que la Comtesse ait un genou à terre, ils n'arrêteront pas leur stratagème. Et elle, elle se bat comme une lionne la-dedans parce qu'elle est très orgueilleuse. Et elle ne veut absolument pas dire qu'elle est encore amoureuse de cet homme, jusqu'au moment où elle ne peut plus faire autrement.

    Quelle pièce, quel texte magnifique. On va avoir des images de cette pièce au Théâtre Édouard 7 qui est plein tous les soirs. Parce que vraiment, c'est un grand, grand bonheur pour le public.

    On est ravis parce que l'on entend les gens hurler de rire. Moi, je ne m'attendais pas à cela, à ce point. Mais, d'ailleurs, il y a une chose : on entend des rires très forts. Mais, par moment, cela dépend ce que l'on dit : on entend des rires plus féminins ou des rires plus masculins. Moi, c'est la première fois que j'entends des rires, comme cela d'hommes, qui hurlent à des répliques que je peux dire, moi, quand je suis de très grande mauvaise foi. Je voudrais dire : "Ah bon ?"

    Et derrière tout cela, il y a cette mise en scène. Et puis, il y a ce bonheur d'être avec ces comédiens, on l'a dit, absolument formidables. Et de jouer un texte. Alors, c'est un très beau texte, évidemment, que vous conservez, absolument, avec une grande fidélité.

    Oui. Tout le monde le… Ah, oui. De toute façon, c'est un texte si vous en sortez, c'est lui qui vous sortira au final. Donc, en fait, il faut tellement le maîtriser que l'on peut danser après à l'intérieur, on peut prendre une liberté à l'intérieur du texte. Mais on ne peut pas prendre de libertés avec le texte. Moi, au départ, j'étais assez impressionnée. D'ailleurs, c'est une pièce que l'on m'avait déjà proposé. Et j'avais peur de ne pas être à la hauteur. Non pas que là j'étais sûre d'y arriver. Mais bon le challenge m'a paru plus faisable. Et, en fait, il ne faut pas se battre contre le texte, il faut se laisser porter. Il est là. il est là, donc, il faut l'investir et s'en amuser parce que Marivaux, à mon avis, évidemment,je ne l'ai jamais rencontré, mais… Vous ne l'avez pas connu ? Vous ne l'avez pas connu. Non, non. Avec tout ce qu'il écrit, je pense que, il a été certainement témoin d'amour, de désamour ; il a dû certainement souffrir lui-même pour écrire des choses aussi précisément : parler de la mauvaise foi féminine et masculine, parce que c'est des deux côtés. Donc, en fait, il faut un grand recul, je pense, quand même, sur les histoires amoureuses. Il faut les avoir traversé les unes derrière les autres et avoir assez de recul pour s'en amuser.

    Alors, il y a Jérôme Robart, Suzanne Clément, Eric Elmosnino. C'est une mise en scène formidable de Ladislas Chollat. Il faut aller le voir. C'est au Théâtre Édouard 7. C'est plein. C'est plein. Mais ça continue parce que c'est vraiment le triomphe de la saison. Et Sylvie, tous les soirs, c'est un marathon, là, il faut…?

    Oui, je prends plein de vitamines, je dors beaucoup. Je sors assez peu, je dois le dire. Mais, non non, c'est un moment… Moi, je suis ravie d'y aller. Voilà. Je fais peu de théâtre parce que j'ai une tendance à m'ennuyer assez rapide. Et là, non. Là, non. Cela fait un mois que je joue et j'espère que ça va durer comme cela jusqu'au mois de janvier. On arrêtera au mois de janvier. J'espère que je serai dans le même état dans deux mois.

    Au-delà même. Cela s'appelle  "L'Heureux Stratagème" de Marivaux. Merci beaucoup Sylvie. Merci à vous.

    Merci beaucoup Sylvie Testud.

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    00:08:29
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