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  • L'invité

    Jean-Paul Dubois

    Invité : Jean-Paul Dubois, écrivain français, prix Goncourt 2019.

    Jean-Paul Dubois est notre invité alors qu'il vient de recevoir le prix Goncourt 2019 pour « Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon ».

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Jean-Paul Dubois. Bonjour. Je vais être extrêmement original. Bravo. Bravo pour avoir le prix Goncourt 2019. Vous en êtes revenu ? Vous vous êtes remis de toutes ces émotions ? Très vite, très vite parce que tout retombe. Le personnage qui existe pendant quelques heures, c'est vachement éphémère, et vous redevenez le type qui était là la veille et celui qui sera là le lendemain. Vous reprenez votre vie normale là où vous l'avez laissée. C'est une fabrique de bonheur et de joie pour les g (...)

    Bonjour Jean-Paul Dubois. Bonjour. Je vais être extrêmement original. Bravo. Bravo pour avoir le prix Goncourt 2019. Vous en êtes revenu ? Vous vous êtes remis de toutes ces émotions ? Très vite, très vite parce que tout retombe. Le personnage qui existe pendant quelques heures, c'est vachement éphémère, et vous redevenez le type qui était là la veille et celui qui sera là le lendemain. Vous reprenez votre vie normale là où vous l'avez laissée. C'est une fabrique de bonheur et de joie pour les gens qui vous entourent aussi. C'est assez extraordinaire pour ça. Et extraordinaire pour tous les lecteurs qui vont arriver et qui vont dire : "C'est le Goncourt. On va le lire". Vous allez découvrir de nouveaux amis. Les lecteurs sont des amis pour vous ? C'est quoi, les lecteurs ? Non. Si j'ai eu cinq amis dans ma vie ou quatre amis dans ma vie, c'est le maximum. Quand vous atteignez des sommes astronomiques comme dans le Goncourt, ce ne sont pas des amis. Ce sont même des gens dont vous ne soupçonnez même pas l'existence. C'est irréel. Quand on écrit, on écrit pour quatre ou cinq personnes, vivantes ou mortes, qui ont une réalité pour vous, une histoire. Mais les gens qui lisent vos livres, c'est tout à fait virtuel. Parfois, on les rencontre. C'est aussi parfois embarrassant pour l'un et l'autre parce qu'on ne sait pas trop quoi se dire. C'est un peu gênant. C'est touchant aussi. Je n'ai pas d'amis lecteurs, ça n'existe pas. Eux me connaissent énormément à travers. A travers tous les bouquins. Quand je dis qu'ils me connaissent, ils connaissaient des facettes de ce qui peut hanter mon cerveau, mais je ne les connais pas. Il y a une inégalité de départ qui coupe court à toute véritable amitié ou promiscuité.

    C'est vrai. Vous avez dit qu'en écrivant, c'était une façon de gaspiller mon temps, ma vie, comme j'en avais envie, c'est-à-dire d'être libre. C'était ça ? Gaspiller n'est peut-être pas le mot, mais en profiter, oui. L'écriture, c'est le moyen le plus rapide pour moi d'accéder à l'idée que je peux me faire du bonheur, de posséder et d'être maître de mon temps, d'être patron de ma vie. Mon employeur, mon patron, mon copain, mon contremaître, je fais tout à la fois. Le livre a cette magie de vous permettre de faire tout ça à la fois.

    "J'ai choisi mon camp", ça aussi, vous le dites beaucoup. Dans la vie, il faut choisir un camp. Quand vous êtes dans une société conflictuelle, oui. Si j'étais au Danemark, en Suède ou en Norvège, peut-être que je n'aurais pas cette nécessité de le faire, mais je suis dans un pays qui a des options dures parfois, politiquement, socialement. Je n'ai aucun pouvoir. Dans mes livres, je choisis mon camp, le camp des gens qui, à un moment donné, ont envie de se révolter et de ne pas subir. Des gens qui ne réclament pas grand-chose au départ, si ce n'est le droit de vivre leur courte existence avec un minimum de dignité, et même un maximum.

    Ça s'appelle Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon chez L'Olivier. Je vous le dis vraiment, c'est un livre absolument formidable. Et même s'il n'avait pas le Goncourt, je vous le dirai. C'est Paul Hansen et ça se passe d'abord dans une prison du côté de Montréal, au Canada. C'est vrai que cette prison, c'est une porte ouverte sur une forme de liberté pour ce personnage. C'est la liberté. C'est le silence, l'enfermement et l'isolement qui permettent, comme on peut l'avoir aussi en liberté, mais là, c'est une contrainte qui l'oblige à repenser ce qu'a été sa vie, à refaire le parcours de son existence, de sa toute première jeunesse jusqu'au moment où il a commis un geste qui l'envoie pour deux ans en prison. C'est ce huis clos qu'il va partager avec… Un personnage truculent et attachant, Horton. Qui est une brute adorable. Fan de Harley Davidson. C'est quelqu'un qui a une vision du monde radicalement différente. Mais là aussi, c'est l'association de deux visions du monde, de deux conceptions de la réalité différentes, qui vont devoir cohabiter dans un périmètre extrêmement restreint, comme dans une autre partie du livre, 68 copropriétaires doivent cohabiter. Et là, il y a des facilitateurs, c'est-à-dire des gens qui vont rendre la vie plus possible, plus acceptable, plus vivable. Il y a des emmerdeurs, des briseurs de cohérence, qui vont, au contraire, durcir la vie. Dans la prison, tous les deux, ils vont se construire un monde improbable qui va tourner autour de choses éminemment simples mais où chacun va comprendre, petit à petit, les préoccupations, le monde et l'univers de l'autre. Ils vont habiter ce petit monde à leur façon, chacun à leur façon. Ce qui est extraordinaire, c'est ce va-et-vient entre la prison, son univers, cette prison qui est un personnage dans l'histoire, qui vous avale, qui déglutit. Les premières lignes du livre vous font entrer tout de suite dans cet univers. Et en même temps, le souvenir parce que les morts sont présents, parce qu'il y a eu beaucoup de morts dans son existence. Et on va découvrir, au fur et à mesure, ce qu'a été sa vie. On ne peut pas raconter tout le livre, mais on va parler d'un pasteur. On va parler d'un cinéma. On va parler de l'orgue Hammond. On va parler de bagnole. On va parler de films. On va parler de plein de choses qui racontent la vie.  C'est exactement ça. C'est tout ce qui fait une vie, tout ce qui jalonne l'existence d'un enfant qui naît dans une famille singulière, multiculturelle parce que le Danemark et la France, ce n'est pas du tout le même monde. Il va cheminer là-dedans entre une mère athée, un père qui a une foi fragile mais qui exerce le métier de pasteur. Et tout ça va se déplacer dans d'autres pays. C'est le long parcours de l'apprentissage du métier d'homme avec les pertes surtout, beaucoup, qui vont marquer la vie du narrateur. Finalement, l'endroit où il va s'épanouir au contact des autres et construire un petit monde, mais sans le vouloir réellement, c'est une organisation qui va se mettre en place dont il va être le pivot. Il va voir la mort arriver et le bonheur. Il va être le spectateur de tout un petit monde en réduction de 68 appartements. Ce qui est fou, c'est que vous êtes un conteur, puisque toutes ces histoires sont dans l'histoire. Vous nous en raconté beaucoup. C'est assez immatériel. C'est puéril de raconter une histoire. Raisonnablement, une histoire comme ça, j'en suis pénétré. C'est à la fois immature et délicieux. Ça me rapproche toujours de l'enfance. C'est comme faire du vélo ou courir. Vous êtes toujours dans un monde de jeux et de bonheur qui ne demande rien. Vous le fabriquez vous-même. C'est très proche de ça. Merci Jean-Paul Dubois. C'est un très grand Goncourt. Vraiment, on prend son pied. C'est Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon publié aux éditions de l'Olivier. Ne le ratez pas ! Vous serez nombreux d'ailleurs à ne pas le rater. Chapeau. Merci. Merci. C'est puéril, mais quel bonheur. Merci de votre indulgence. Ça ne sert à rien, comme disait l'autre, ce qui ne sert à rien n'a pas de prix. Exactement. C'est un bonheur.  Merci Jean-Paul Dubois. 

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