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  • L'invité

    Jean-Michel Fauvergue

    Invité : Jean-Michel Fauvergue, député LREM de Seine-et-Marne, ex-commissaire de police, chef du Raid de 2013 à 2017.

    Jean-Michel Fauvergue, le patron du Raid qui conduisit l'assaut contre les terroristes du Bataclan le 13 novembre 2015, est notre invité alors que l'on commémorait le 4e anniversaire de cette attaque meurtrière. Qu'en est-il aujourd'hui de la menace terroriste ? La France est-elle mieux armée pour y faire face ?

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Jean-Michel Fauvergue. Bonjour. Vous avez été le patron du Raid de 2013 à 2017. Vous étiez donc aux opérations il y a quatre ans lorsque ces terribles attentats, les plus violents qu'aient connu la France, ont touché à la fois le Stade de France, les terrasses et le Bataclan. Vous avez conduit l'assaut contre les terroristes. Quatre ans après, ces images  restent en vous ? Ce sont des images qui ne disparaissent pas du cerveau. C'est difficile de les faire disparaître. Je ne suis pas le (...)

    Bonjour Jean-Michel Fauvergue. Bonjour. Vous avez été le patron du Raid de 2013 à 2017. Vous étiez donc aux opérations il y a quatre ans lorsque ces terribles attentats, les plus violents qu'aient connu la France, ont touché à la fois le Stade de France, les terrasses et le Bataclan. Vous avez conduit l'assaut contre les terroristes. Quatre ans après, ces images  restent en vous ? Ce sont des images qui ne disparaissent pas du cerveau. C'est difficile de les faire disparaître. Je ne suis pas le seul. J'étais avec le Raid et les gens de la BRI. Chacun a en tête ces images-là.  On aurait pu faire autrement, on aurait pu éviter tant de victimes aujourd'hui ? C'est difficile à dire. Avec le recul, on se dit toujours : "J'aurais pu faire ci, j'aurais pu faire ça", mais c'est difficile à dire. Il faut se replonger dans cette période-là. C'est un attentat de réseau véritablement, à la fois dirigé par l'étranger, de l'étranger et de la France. C'était un attentat qui ne visait pas que le Bataclan, mais qui visait les terrasses et le Stade de France. Depuis, les services de renseignement, en particulier d'enquête,  se sont profondément remis en cause. On a remis en question la façon d'aborder ce terrorisme. Il y a eu des remises en cause et des remises en cause aussi au niveau international avec des coopérations avec des pays voisins, comme la Belgique qui était impliquée aussi dans ces affaires. Les choses évoluent. La France est frappée par le terrorisme depuis la fin de la guerre d'Algérie. Malheureusement, ces évolutions à la fois législatives et opérationnelles, se sont faites au fur et à mesure de tous ces attentats-à. Là, c'était un attentat majeur. Il n'y a jamais eu un attentat comme ça. Quelle image vous gardez le plus en vous de cette terrible soirée. ? C'est difficile à dire comme ça sur un plateau. Je me revois franchissant la porte et m'apercevant du massacre. C'est difficile. C'est difficile comme image. J'ai eu un petit instant d'hésitation, rapidement, je me suis remotivé pour l'intervention, parce qu'il y avait une intervention à faire. Et là, on est parti au contact.  Aujourd'hui, vous craignez de nouveaux attentats ? Vous êtes expert sécurité. Vous publiez d'ailleurs un livre qui s'appelle La Sécurité des Français chez Michel Lafon. Vous craignez de nouveaux attentats ? Il y a le retour de djihadistes organisé par Erdogan en Turquie, qui seront certainement arrêtés à leur arrivée, mais il y a de nouvelles menaces aujourd'hui ? Tous les hommes politiques aux responsabilités, que ce soit le gouvernement depuis 2017 ou le gouvernement qu'il y avait avant, ont toujours dit que la menace existait toujours. C'est une menace qui a changé de forme. On n'est plus sur une menace de réseaux. Enfin, on espère ne plus y être. Je parle toujours au conditionnel. Visiblement, on n'est plus sur une menace de réseaux, que la France serait impactée à la fois de l'extérieur et de l'intérieur. On est sur une menace endogène, c'est-à-dire une menace d'islamistes qui se radicalisent à l'intérieur de notre pays. On l'a vu à la préfecture de Paris récemment. Exactement. Ils sont français et passer à l'acte rapidement sans avoir de connexion avec d'autres personnes, ce qui les rend difficilement décelables pour les services de renseignement et les services d'enquête. C'est ça, le danger à l'heure actuelle. Et bien évidemment, vous l'avez dit, se rajoutent aussi des retours. Mais les retours dont on parle aujourd'hui venant de Turquie, ce sont des retours accompagnés. Dès qu'ils mettront les pieds sur le sol français, d'ailleurs, ils sont accompagnés aussi dans les avions, je tiens à le dire, mais dès qu'ils mettront les pieds sur le sol français, il y a des mandats de dépôt et des mandats d'arrêt. Ils seront arrêtés et incarcérés. Il y a une menace d'infiltration d'autres combattants de Daesh qui peuvent revenir en France.

    Si des prisonniers des Kurdes sont disséminés dans la nature, ensuite, ils peuvent revenir sur des pays d'où ils sont partis, d'où la nécessité dans la mesure du possible. Si on n'a pas d'autres solutions, je préférerais, comme le gouvernement l'a fait jusqu'à présent et comme le président la République l'a dit, je préférerais que tous ces gens soient jugés en Irak, qu'ils ne reviennent pas. C'est clair. Après avoir vécu ce que j'ai vécu, je préfère que ces gens-là ne reviennent pas, mais s'il n'y a pas de possibilité de faire comme ça, et devant le risque de dissémination, il vaut mieux à ce moment-là les interpeller et les mettre dans nos prisons. Sachant que la justice française sur le problème du terrorisme est une justice qui rend des jugements à la hauteur. Il faut se rappeler les jugements rendus pour les jeunes filles terroristes avec les bonbonnes de gaz derrière Notre-Dame, 30 et 25 ans de prison.

    Vous aviez été aux opérations, après l'attaque de Charlie Hebdo, pour neutraliser notamment les frères Kouachi. C'est une série d'attentats qui a frappé la France comme jamais, qui encore aujourd'hui est vive en France, sur la menace de cette série d'attentats. Qu'est-ce qui a changé véritablement aujourd'hui pour la police, pour la façon d'aborder ce risque ? Plusieurs choses ont changé. Je vous l'ai dit tout à l'heure assez rapidement, les services de renseignement ont évolué en nombre. Nous les avons aussi renforcés. Ils ont été renforcés, pour être tout à fait honnête, dans le quinquennat précédent. Nous les avons renforcés de manière importante. Quand je dis nous, c'est le gouvernement en place. Les techniques et les échanges ont changé. Une task force a été directement mise sous l'autorité du président de la République, en tout cas sous la supervision de la présidence de la République. Ça permet d'avoir des contacts plus fluides. Il y a sans doute encore des choses à faire, beaucoup de choses à faire, comme nous l'indique cet attentat à la préfecture de police dans un service de renseignement. Faut-il avoir, dans la police nationale, de multiples services de renseignement ou un seul, la DGSI, ou deux, la DGSI et les renseignements territoriaux ? Ce sont des questions à se poser aussi. Les choses sont en train de changer. Sur l'intervention, les policiers primo-intervenants ont été équipés pour intervenir beaucoup plus rapidement avant les forces comme le RAID ou le GIGN qui mettront un certain temps à se déplacer. C'est aussi dans la stratégie, dans la tactique des choses qui ont changé. Les échanges internationaux se sont approfondis. On met toutes les chances de notre côté pour éviter des attentats majeurs. Ceci étant, le risque, il faut le savoir, il ne faut pas mentir aux Français, mais les Français le savent, le risque existe toujours. Aujourd'hui, le risque existe bien. Bien sûr qu'il faut qu'on soit ferme et bien sûr qu'il va falloir changer nos manières de faire qui durent depuis des décennies et des décennies, où de petites concessions en grosses trahisons, on s'est abandonné à ça. Encore une fois, je le redis, on est le dos au mur. Il faut maintenant reconquérir les territoires de la République,  reconquérir les esprits, se battre contre ce vent mauvais de communautarisme et redonner sens aux valeurs de la République.

    Merci beaucoup Jean-Michel Fauvergue, ancien patron du RAID, d'avoir été notre invité aujourd'hui sur TV5 Monde.

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    00:08:04
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