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  • L'invité

    Hommage à Raymond Poulidor

    C'est une légende du cyclisme français qui vient de disparaître. Raymond Poulidor, « Poupou » comme aimaient l'appeler les Français, s'est éteint à l'âge de 83 ans. Poulidor, à qui le Tour de France se sera toujours refusé, avait un palmarès loin de cette étiquette d'éternel second qui lui collera longtemps à la peau : Tour d'Espagne 1964, Milan-San Remo 1961, Flèche wallonne 1963, Paris-Nice en 1972 et 1973, Dauphiné en 1966 et 1969, titre national en 1961 et sept victoires d'étape au Tour de France. Avec sa mort, c'est l'un des sportifs français les plus appréciés et les plus populaires qui disparaît. TV5MONDE lui rend hommage en rediffusant l'émission « L'Invité », à laquelle il participa en 2015, à l'occasion de la publication de son livre de souvenirs.

    Présentation : Patrick Simonin.


    Transcription

    Bonjour Raymond Poulidor. Poupou, j'allais presque dire. Vous êtes la France. Vous représentez la France. Vous faites partie de ces monuments historiques. Vous avez finalement fait l'équivalent de combien ? 30 fois le tour du monde à vélo et partout, vous avez été acclamé. Vous dites : "Le jour où on ne me reconnaîtra plus sera le plus terrible jour de ma vie". Oui, effectivement, je serai malheureux puisque j'ai eu beaucoup de relations avec le public. Je vais au-devant du public et le public m (...)

    Bonjour Raymond Poulidor. Poupou, j'allais presque dire. Vous êtes la France. Vous représentez la France. Vous faites partie de ces monuments historiques. Vous avez finalement fait l'équivalent de combien ? 30 fois le tour du monde à vélo et partout, vous avez été acclamé. Vous dites : "Le jour où on ne me reconnaîtra plus sera le plus terrible jour de ma vie". Oui, effectivement, je serai malheureux puisque j'ai eu beaucoup de relations avec le public. Je vais au-devant du public et le public me le rend bien. Je ne sais pas si c'est de la prétention, mais le jour où je me promènerai dans la rue, qu'on ne se retournera plus sur mon passage, je serais malheureux. Lorsque je n'aurai plus cette relation fraternelle avec le public, ça me rendra triste et malheureux. Là encore, en venant, je me promenais dans la rue,  Tout le monde se retourne. Oui, tout le monde se retourne. Même un agent de la police. J'ai dit : "Tiens, il va m'embarquer. Qu'est-ce qui se passe ?". Il était surpris. Certainement que le visage a dû lui rappeler quelqu'un, mais il n'a pas su, non le coup, dire qui c'était. Ce qui est incroyable, vous dites dans ce livre : "Quelle vie extraordinaire !". Evidemment, même le Général de Gaulle a dit : "Ah Poulidor, mais ça sonne bien. C'est un nom de premier ministre". Oui, c'est exact. L'année où j'ai partagé la une avec Pompidou sur France Soir puisque j'avais battu, en 72, Eddy Merckx lors d'un Paris-Nice, alors que la veille, on avait titré troisième victoire de Merckx. Tous les articles étaient frais, toute la presse avait bouclé ses articles sur sa troisième victoire de Paris-Nice. Manque de pot, Poulidor est venu et a battu Merckx le dernier jour. On a été obligé de refaire tous les articles. C'est là que France Soir, le rédacteur en chef, a dit : "Ce n'est pas possible. Il faut partager la une avec Pompidou". Vous avez partagé la une avec Pompidou. Mitterrand vous a dit un jour : "On m'a surnommé le Poulidor de la politique". 

    D'ailleurs, je ne sais pas si je dois le regretter ou pas, de ne pas avoir gagné le Tour de France, mais j'aurais gagné deux, trois Tours de France, je ne serais certainement pas là aujourd'hui puisque tous les jours, on découvre un Poulidor. Les jeunes disent : "Qui c'est, ce Poulidor ?. C'est un homme politique. C'est une vedette de cinéma de cinéma. Qu'est-ce que c'est ? On parle de Poulidor". C'est l'éternel numéro deux. Dès l'instant où il y en a un qui fait deuxième, on le baptise Poulidor. L'année où Mitterrand a été battu pour la deuxième fois la présidence de la République, on a dit c'est le Poulidor de la politique. Il n'était peut-être pas très content, mais par la suite, il l'a décroché quand même.

    Et pourtant, 189 victoires, Raymond. Vous êtes un champion, un grand champion. C'est le Tour de France qui efface tout puisque j'ai fait deuxième derrière trois générations différentes. Mon premier Tour de France, je l'ai fait 1962, et mon dernier en 76. Et à chaque fois, j'ai fait deuxième derrière Anquetil, deuxième derrière Merckx. C'est ce que certainement il se fait de mieux dans le cyclisme. Et deuxième derrière un jeune plein d'avenir, qui n'était pas favori au départ, qui a pris le Tour de France comme remplaçant, Félice Gimondi. Je n'ai pas prêté attention aux débuts du Tour de France. Il m'a pris quelques minutes qui ont été fatales pour moi, et j'ai fait deuxième derrière Gimondi. Vous venez de loin, Raymond. En 1941, vous avez même une pneumonie. Vous vivez dans une ferme. La vie est dure avec vos parents. Votre frère, le premier, a un vélo. Vous avez envie d'avoir un vélo, il n'y en a pas. Vous n'avez pas d'argent. Vous prenez le vélo de votre maman. Oui, la vie a été dure, mais heureux. Je me souviens, c'étaient les années sombres, les années de la guerre. Et à la campagne, nous n'avons pas souffert de la guerre. On mangeait de la viande de tous les jours. On n'avait pas d'argent, les travaux étaient rudes à la ferme, mais malgré tout, on avait une vie heureuse. Votre père, quand vous lui dites : "Je veux un vélo", il vous dit : "Mais tu me prends pour Crésus. Tu ne veux pas un avion aussi ?". Je vois que vous avez bien lu mon dernier livre. Poulidor, Champion. Oui, c'est exact. Il s'est passé une chose puisqu'on habitait la Creuse, un des départements les plus pauvres de France. Il fallait de la main-d'oeuvre. Il y avait mes trois frères qui étaient nés avant moi, dont deux faisaient du vélo. Lorsque j'ai dit à la maman : "Je veux essayer de faire du vélo". La maman, évidemment, et le papa ont levé les bras au ciel. Déjà le dernier de la famille, je faisais un peu les travaux de la fille attendue dans la famille puisque mes parents voulaient une fille. Le premier a été un garçon mort d'une mort infantile à l'âge de 15 mois. Le deuxième garçon, le troisième garçon, le quatrième garçon, on a dit : "On va essayer le cinquième", et le cinquième, c'était moi, encore un garçon. Alors j'ai fait les travaux de la fille. C'est moi qui faisais les commissions et ma mère qui possédait un vélo, je me déplaçais à vélo. C'est là que j'ai découvert que j'avais des qualités, pas de champion, mais je pouvais me défendre.  Vous faisiez les 400 coups. Vous racontez que vous dégoupilliez des grenades de la guerre. Vous vous amusiez à les garder le plus longtemps possible dans la main avant qu'elles n'explosent au bout de dix secondes. Vous aimiez le risque. C'est énorme. D'ailleurs, quand je réfléchis bien aujourd'hui, je me dis : "Comment se fait-il que je sois encore vivant ?".

    Il y aura des affrontements avec Anquetil. Quelle histoire ! Vous dites que ce n'était pas l'affrontement au corps à corps, ce n'était pas un affrontement d'homme à homme, on était comme des fauves.

    Avec Anquetil, Anquetil lui-même et son entourage, cette popularité dont je jouissais, faisait de l'ombre évidemment à Anquetil, et surtout à son entourage. Anquetil ne comprenait pas, et surtout son entourage, que ce Poulidor, tout le public avait pris sous sa coupe Poulidor et Poulidor faisait recette. Lorsqu'un homme ou un sportif fait recette, on le paye en conséquence. On ne s'occupe pas s'il avait gagné des courses. Anquetil qui avait un palmarès énorme, ne comprenait pas que je sois payé aussi cher, et quelques fois plus que lui. Mais plus applaudi que lui, toujours plus applaudi, Raymond Poulidor. Oui, plus applaudi. Non seulement, il y avait l'entourage d'Anquetil, mais dans le peloton, il y avait un mot d'ordre qui était "Gager. Poulidor ne doit pas gagner".

    Quelle aventure, quelle histoire merveilleuse, Raymond Poulidor. Il y a des pages très touchantes dans ce livre. C'est lorsque vous revoyez Anquetil et qu'il sait qu'il est malade et qu'il va mourir. Il vous dit : "Raymond, tu vas être encore deuxième".

    C'est le truc le plus émouvant que j'ai eu. Anquetil était inclassable. Vous ne pouviez pas classer Anquetil comme homme et comme sportif, c'était quelque chose d'extraordinaire. Autant nous nous sommes détestés en tant que coureurs, autant nous nous sommes appréciés. Il vous a dit : "On a perdu dix années d'amitié". C'est exact. C'est exact. On avait les mêmes idées. On était fait du même moule. Ses parents étaient fraisiers. Il savait ce que c'était, la terre. D'ailleurs, lorsqu'il a arrêté la carrière, il est devenu agriculteur. Il avait une très grosse ferme en Normandie. J'ai assisté pratiquement à sa fin de vie et lorsqu'il m'a annoncé, pratiquement avec le sourire, c'est terrible, c'est pour ça qu'il est inclassable, il a dit : "Tu vois, tu vas encore faire deuxième", presque avec le sourire. C'est énorme. C'est énorme. Et il vous dit : "Raymond, je vais te dire. Je t'ai toujours admiré". Il vous a même demandé, pour sa fille, une casquette parce que sa fille vous admirait.  Un jour, il vient me voir dans la chambre. Je voulais m'excuser des propos. Il me dit : "Ce n'est pas possible. Tu m'as emmerdé pendant douze ans et tu continues à m'emmerder. Tu te rends compte, ma fille a dit poupou avant papa". C'est extraordinaire. Champion, c'est le titre du livre et s'il a vraiment un mot, un seul mot qui va pour vous, c'est celui-là. Merci d'avoir été notre invité. Merci à vous.

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    00:08:15
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