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  • L'invité

    Reza

    Invité : Reza, photographe iranien.

    Patrick Simonin reçoit le photographe iranien Reza.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Il ne se sépare jamais de son appareil photo et pour cause, c'est l'un des plus grands photographes du monde. Bonjour Reza. Bonjour Patrick. Merci infiniment d'être avec nous, pour célébrer le quarantième anniversaire de cette révolution iranienne. J'allais dire célébrer ou en tous les cas, d'une certaine manière, votre mausolée à vous, ce sont des photos absolument exceptionnelles publiées chez Hoëbeke, qui racontent cette histoire qui a conduit à votre exil et qui vous a conduit à être le témo (...)

    Il ne se sépare jamais de son appareil photo et pour cause, c'est l'un des plus grands photographes du monde. Bonjour Reza. Bonjour Patrick. Merci infiniment d'être avec nous, pour célébrer le quarantième anniversaire de cette révolution iranienne. J'allais dire célébrer ou en tous les cas, d'une certaine manière, votre mausolée à vous, ce sont des photos absolument exceptionnelles publiées chez Hoëbeke, qui racontent cette histoire qui a conduit à votre exil et qui vous a conduit à être le témoin de ces heures très souvent tragiques. Et aujourd'hui, 40 ans après, quel est votre sentiment ?

    Un sentiment de colère, quelque part, un sentiment de tristesse de ce qui est arrivé et de comment c'est arrivé. Et surtout, le fait de dire que tout ce qui se passe aujourd'hui au Moyen-Orient, dans le monde, l'arrivée de Daesh, Al-Qaïda et tout ça, finalement à l'origine, c'est Khomeini… Oui. …l'origine, c'est cet État islamique iranien. C'est pour ça que maintenant plus que jamais, c'est important que tous les gens, ils voient ce que ça veut dire un pays sous régime "religion", quelle qu'elle soit. À partir du moment où un religion est mêlée au gouvernement, c'est un désastre humanitaire total et c'est pour ça que c'est important aujourd'hui de montrer ça.

    Oui. Quand je dis ce livre est presque un mausolée, je parle de ces morts, des dizaines de milliers d'exécutés, des dizaines de milliers de personnes emprisonnées, torturées, des dizaines d'opposants exécutés évidemment et ça n'a jamais cessé. Aujourd'hui, il y a plus de sept millions d'Iraniens qui sont en exil. Il y a eu des centaines de milliers d'hommes, de femmes et de jeunes qui étaient exécutés, une grande partie même sans passer devant un tribunal ou même si c'était un tribunal, ce n'étaient que des mascarades, enfin, de justice. Et plus d'un million de morts, pendant les guerres qui ont suivi, des millions de déplacés en Iran et une corruption qui met l'Iran presque en pays numéro un ; une corruption qui est faite par les hommes de religion, par les hommes qui normalement, devraient être dans les mosquées, juste pour parler des bonnes paroles de Dieu. Mais maintenant, ils sont devenus les plus grands businessmen du monde. C'est ça qui est incroyable, que ce peuple, il vit en Iran aujourd'hui presque comme dans la plus grande prison à ciel ouvert du monde.

    Oui. Ces photos, on en voit défiler certaines, sont absolument exceptionnelles. Ce livre est vraiment…chaque image nous renvoie à une réalité,  je le disais, souvent très tragique. Ça commence avec le Shah d'Iran et le faste qui était le sien, avant son exil forcé et cette volonté forte qu'il y avait dans le peuple, de liberté.

    Certes, le Shah d'Iran a commis des erreurs, ces erreurs qui ont finalement fini par le faire tomber. D'une part, c'était une arrogance devant le peuple, d'autre part, c'était sa volonté de prendre en main toute l'économie pétrolière, aux dépens des compagnies pétrolières du monde. Donc c'étaient ces deux grandes, je dirais, lignes de l'erreur du Shah d'Iran, qui a fini par la révolution qui est tombée. Mais ce qui était incroyable, c'est que Khomeini, cet homme qui était présenté dans tout le monde, dans toute la presse mondiale… En France notamment. Quand il arrive à Neauphle-le-Château, c'est le 6 octobre 1978, il est présenté par une grande partie de l'élite française comme l'homme qui va sauver le peuple iranien du Shah d'Iran, supposé à la solde des Américains et terrible pour eux et qui est celui qui va, finalement, venger le petit peuple pauvre.

    C'était exactement ça que nous vivions à l'époque en Iran. Et le fait que la France et toute la presse française ont tellement soutenu Khomeini, ça a eu des répercussions extraordinaires, aussi, importantes en Iran, parce que les Iraniens, ils disaient : "Regardez les Français". Parce qu'on croit beaucoup à cette culture, la France ou les Français sont considérés avec un très très grand respect dans beaucoup de pays du monde. Et donc pour nous en Iran, le fait que les Français ou la France soutenaient Khomeini, c'était un gage, en disant que ce qu'il disait, ici : il disait que les femmes allaient être libres de porter ce qu'elles voulaient, qu'il allait y avoir la démocratie, que tout le monde pourrait penser comme il veut, que tous les partis politiques allaient être libres ; que le pétrole allait être distribué au peuple gratuitement, que les transports, l'électricité, l'eau allaient être gratuits, c'est tout ce qu'il disait… Oui. …et que les femmes…et tout ça, ce n'étaient que des mensonges.

    Oui. Alors, lorsque vous le rencontrez, vous le voyez, il dit, quand on lui demande après 15 années d'exil, ce que ça lui fait de rentrer en Iran, il dit : "Rien", ça ne lui fait rien. Et déjà, on voit un regard extrêmement dur sur ces photos.

    L'homme finalement, pour moi, pour le connaître, il fallait avoir un contact visuel, c'est comme ça que j'arrive dans mon travail photographique depuis des années aussi, à connaître la personnalité. Et ce moment où je me suis trouvé devant lui - parce que je cherchais à voir cet homme qui, après 15 ans d'exil, rentrait en Iran -, à la télévision, France 2 - Antenne 2 à l'époque -, il avait dit : "Je n'ai aucune émotion, aucune, pas du tout d'émotion, de rentrer en Iran". En regardant dans ses yeux, pour moi, il était évident que la main de fer, elle était sortie du gant et que ce n'était pas du tout ce qu'il présentait ; et qu'on allait vivre des décennies noires, ce qu'il est arrivé malheureusement, pas seulement en Iran, mais dans tout le Moyen-Orient. L'arrivée du Hezbollah au Liban, tout ce qui se passe au Yémen aujourd'hui, chez les Palestiniens, tous ces endroits où le régime iranien a commencé à répandre son influence, ils vivent la même chose, ils vivent une guerre, une destruction. Et tout ça, parce que ça fait 40 ans qu'en Iran, on a Daesh, ce n'est pas d'hier, ce n'est pas d'aujourd'hui, ça fait 40 ans que le peuple iranien, il vit sous un gouvernement qui est pire que ce qu'on a vu récemment de Daesh ou de l'État islamique.

    Vous vivez aujourd'hui en France, vous êtes exilé, Reza. Ce qui se passe - et vous l'avez dit - en France aujourd'hui, autour des débats sur le voile, dans les sorties scolaires par exemple, puisque c'est le débat en ce moment, qu'est-ce que vous pensez de tout cela ? Regardez ce qui s'est passé en Iran. Dans l'Iran du Shah, les premiers voiles, les premières femmes qui ont porté le tchador, ce n'était pas grave, c'était normal. Ensuite, c'étaient les mêmes femmes qui étaient obligées et qui obligeaient tous les autres femmes à porter le voile. À  partir du moment où la religion rentre dans la vie publique, c'est le désastre. C'est sur ça que je mets tout le monde en garde : il faut complètement séparer l'État et tout ce qui est l'étatique, tout ce qui est du gouvernement, de la religion. C'est dangereux ! C'est dangereux ! C'est dangereux !

    Merci beaucoup, Reza. Iran, Rêves et Dérives, publié donc avec Manoocher Deghati, votre frère, 1978-1985, publié chez Hoëbeke. C'est un livre absolument exceptionnel donc, pour célébrer le quarantième anniversaire.  Et de beaux textes écrits par Rachel, qui expliquent l'ensemble de ça et qui nous donnent à réfléchir aussi doublement ; écrits par Rachel, qui n'a pas vécu la révolution, mais qui la vit à travers les photographies et aussi sa culture. Merci beaucoup Reza, d'avoir été notre invité. Merci, merci beaucoup.

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    00:08:17
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