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  • L'invité

    Nicolas Domenach, Maurice Szafran

    Invités : Nicolas Domenach, journaliste politique et chroniqueur français ; Maurice Szafran, journaliste et écrivain français.

    Avec sa lettre aux Français pour ouvrir un grand débat national, Emmanuel Macron pourra-t-il se sortir de la crise des gilets jaunes ? Nicolas Domenach et Maurice Szafran ont pu recueillir les confidences du chef de l'État et les raconter dans « Le Tueur et le Poète ». 

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Maurice Szafran, Nicolas Domenach. Bonjour. Vous êtes des spécialistes de la vie politique. Vous publiez Le Tueur et le poète chez Albin Michel. C'est un livre très bien renseigné, le jour où Emmanuel Macron envoie une lettre aux Français pour sortir de la crise des Gilets jaunes. Vous dites quoi, Nicolas Domenach ? Il a raison ? Il va s'en sortir ou pas ? Je dis qu'il va se battre et que ceux qui l'ont enterré trop rapidement feraient bien de lire ce livre parce qu'ils verraient que c' (...)

    Bonjour, Maurice Szafran, Nicolas Domenach. Bonjour. Vous êtes des spécialistes de la vie politique. Vous publiez Le Tueur et le poète chez Albin Michel. C'est un livre très bien renseigné, le jour où Emmanuel Macron envoie une lettre aux Français pour sortir de la crise des Gilets jaunes. Vous dites quoi, Nicolas Domenach ? Il a raison ? Il va s'en sortir ou pas ? Je dis qu'il va se battre et que ceux qui l'ont enterré trop rapidement feraient bien de lire ce livre parce qu'ils verraient que c'est un homme qui ne lâchera rien. Il est peut-être affaibli, peut-être touché. Sans doute l'est-il parce qu'il est arrivé à l'inverse de ce qu'il espérait, mais il sera au combat jusqu'au bout.  Vous dites qu'il a fait des erreurs, Maurice Szafran ? Il s'est trompé ? Je ne sais pas s'il a fait des erreurs parce que ces grands fauves politiques ont du mal à faire leur autocritique, les uns comme les autres. Simplement ce qu'il sait, parce que là, il faudrait vraiment être insensible pour ne pas constater, plus grave sans doute même qu'il y a une rupture entre une grande partie des Français et lui. Les six prochains mois, depuis le lancement de ce grand débat aujourd'hui jusqu'aux vacances d'été, plaçons le 14 Juillet,  d'aujourd'hui jusqu'au 14 juillet, est-ce qu'Emmanuel Macron sera en mesure non pas de reconquérir l'opinion publique, mais de rétablir le contact et le lien avec cette opinion publique ? S'il le fait, tout reste ouvert. S'il ne le fait pas, ça devient vraiment sacrément compliqué.

    Ça veut dire qu'il devra tenir compte des résultats de ce grand débat. Il est prêt à ça ? Bien sûr. Il faut compenser une rupture sur des thèmes dont il était porteur, qu'il incarnait en théorie. La bienveillance, c'était lui censément. Il représente le mépris dorénavant. La justice, il était, en principe, l'incarnation de l'esprit de justice, il a été élu pour ça. On lui reproche l'inverse. Il faudra qu'il prenne en considération, c'est le début dans sa lettre, ces thématiques que ce pays veut plus de solidarité, plus de justice, ce qu'il a oublié précédemment. On peut sortir de cette crise des Gilets jaunes aujourd'hui, Maurice Szafran , On peut sortir de cette crise des Gilets jaunes pour les mêmes raisons que personne n'a vu venir la crise. C'est une crise inédite, à structure inédite, à exigence inédite, à revendications inédites. Peut-être que la sortie sera inédite aussi. Tous les sondeurs nous disent, et ils ont raison, qu'aucun président n'est revenu de sondage aussi bas. C'est incontestable puisqu'ils le disent, ce sont les chiffres qui le montrent. Peut-être que lui réussira à sortir de cette crise par des sondages qui vont redevenir meilleurs puisque tout est inédit. La crise est inédite, peut-être que la sortie de crise le sera totalement.  Vous revenez, dans ce livre, sur ce qui est inédit, c'était son élection. Vous dites pratiquement un accident de l'Histoire dans un contexte qu'il sait tragique. La tragédie de l'histoire, au fond.  La tragédie de l'Histoire accouche d'une histoire tragique peut-être. En tout cas, il voudrait, il voulait l'empêcher cette tragédie qu'elle aille jusqu'au bout, mais il ne l'écartait pas. Il disait, c'est qu'il nous a dit quand on l'a vu, je suis né d'un univers où tout s'est écroulé, où tout ce qui faisait les repères habituels, notamment et d'abord peut-être politique, s'effondre. Par exemple, vous avez vu que la gauche s'est effondrée, la droite est en cours d'effondrement, la droite républicaine classique. Dans ce paysage-là, il pensait faire revivre un souffle démocratique, mais il l'a oublié en cours de mandat. C'est un accident de l'Histoire, Emmanuel Macron ? Non, c'est une conséquence. C'est une conséquence de l'Histoire. Ce n'est pas Emmanuel Macron qui a fait disparaître la social-démocratie française et qui est en train de faire disparaître la droite républicaine française. Ce sont les deux principales structures politiques culturelles historiques françaises qui se sont écroulées dans les vingt dernières années. Il est l'homme politique qui a vu ça. Les autres n'ont pas vu, n'ont pas pu voir, n'ont pas voulu voir, n'ont pas estimé utile de voir. Lui, il l'a vu et il s'est infiltré dans cette brèche. C'est un miracle de l'Histoire. Le problème, c'est qu'il n'a pas assumé, dans sa présidence, le poids historique né de son élection. Il va falloir qu'il le fasse maintenant ultra vite, sinon ça peut mal se finir.  Vous dites qu'il écrit le roman national, il a perdu le fil. Il y a véritablement, Nicolas Domenach, dans ce personnage, vous dites très difficile à saisir, qu'est Emmanuel Macron, à la fois un poète, vous dites qu'il admire Péguy, il cite Audiard, mais aussi un tueur, un tueur froid qui a notamment François Hollande. François Hollande l'aimait comme un enfant.

    Il y avait de l'affection, sinon plus, même de l'amour. François Hollande l'a vu comme un fils de substitution pendant un moment. C'est d'ailleurs une des grandes qualités d'Emmanuel Macron que d'avoir toujours su, avec les personnalités âgées, s'en faire des pères de substitution et être pris pour le fils spirituel. François Hollande, vous dites dans ce livre, a fait une dépression nerveuse. A un moment, oui, mais Emmanuel Macron n'a été qu'une partie des raisons. La mort habite l'Elysée, surtout avec le terrorisme. Tout s'effondrait autour de François Hollande. Il n'avait plus de ressort. Ses proches venaient vers lui et ils ne trouvaient plus en lui le répondant que le chef de guerre avait autrefois. Il y a eu un moment où tout partait. Sa pile interne était à plat.

    Il y a une tragédie derrière tout cela. Il y a une grande différence. Je pense que pour les Français, c'est important. Il y a une grande différence entre Macron et ses trois, quatre derniers prédécesseurs, Chirac, Hollande, Sarkozy et Mitterrand. C'est que Macron est un solitaire. Macron est un solitaire.  Il n'a pratiquement pas d'ami. C'est sa femme Brigitte qui est la plus importante. Les quatre autres présidents qu'on vient de citer, étaient entourés par plusieurs bandes différentes. Ils avaient des fidélités. Ils avaient des amis de la Guerre mondiale pour Mitterrand, de la guerre d'Algérie pour Chirac. Sarkozy avait tous ses potes, Hollande aussi tous les amis qu'il s'était fait au Parti socialiste depuis des années et des années. Ce n'est pas le cas d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron sait profondément, ce n'est pas une critique du tout, mais Emmanuel Macron est profondément un solitaire. Un séducteur solitaire. Vous dites aussi que c'est un séducteur. Mais son entourage intime, c'est sa femme. Sa femme, c'est son amie, c'est sa copine, c'est sa maîtresse, c'est sa conseillère, etc. Effectivement, dans cette maison qui isole, parce que c'est une maison qui isole effroyablement, est rentré quelqu'un qui est un solitaire. Ça crée psychologiquement quelque chose de très complexe.

    Nicolas Domenach, il est au pied du mur après cet été meurtrier, l'affaire Benalla, les Gilets jaunes aujourd'hui. Comment Macron réagit en ce moment vous qui le connaissez bien.

    Il cherche d'abord à comprendre ce qu'il a raté. Et là, il y a du boulot quand même parce qu'au fond,  il n'a pas fait le travail d'introspection suffisant, notamment dans ses promesses. Il se dit qu'il faut que je revienne à ma promesse, à la force, et dans ses promesses, c'était quand même l'autorité qui allait avec la bienveillance que j'évoquais, la verticalité qu'il a laissée tomber. Droite gauche, gauche dont il vient et qu'il a laissée derrière lui. C'est ça qui est extraordinaire. Votre film s'appelle Le Tueur et le poète, ce qu'on n'avait encore jamais osé écrire, chez Albin Michel. Merci d'avoir été nos invités. Merci à vous. Merci. 

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