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  • L'invité

    Gabrielle Lazure

    Invitée : Gabrielle Lazure.

    La comédienne québécoise Gabrielle Lazure est l'une des stars de la série « Un si grand soleil », diffusée sur TV5MONDE et France 2. Dans un livre émouvant « Maman... cet océan entre nous » elle raconte son enfance et ses débuts au cinéma marqués par des violences qu'elle a dû surmonter pour vivre sa passion.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Gabrielle Lazure, on est ravie de vous recevoir sur TV5 Monde. Vous racontez dans un livre tout à fait étonnant, et je dirais même bouleversant, qui s'appelle Maman, cet océan entre nous, publié à l'archipel. Vous racontez comment, à travers une lettre à votre mère, votre propre parcours de jeune Québécoise qui, en 1978, a voulu mettre un océan entre vous et votre mère. Ce souvenir-là vous entête encore aujourd'hui.

    J'ai gardé ce titre-là parce que, au début quand j'étais en France (...)

    Gabrielle Lazure, on est ravie de vous recevoir sur TV5 Monde. Vous racontez dans un livre tout à fait étonnant, et je dirais même bouleversant, qui s'appelle Maman, cet océan entre nous, publié à l'archipel. Vous racontez comment, à travers une lettre à votre mère, votre propre parcours de jeune Québécoise qui, en 1978, a voulu mettre un océan entre vous et votre mère. Ce souvenir-là vous entête encore aujourd'hui.

    J'ai gardé ce titre-là parce que, au début quand j'étais en France, quand j'ai commencé à travailler, les gens me disaient "Mais pourquoi vous êtes restée en France ?". C'est ce que je répondais. Je disais parce qu'il me fallait, au minimum, un océan entre moi et ma mère pour me construire. Ce qui s'est passé, c'est que j'ai co-écrit un spectacle seul en scène qui s'appelle Majorette sur une partie tout ça. Il n'y a pas tout le livre dedans. Du coup, on m'a proposé d'écrire ce récit. J'ai choisi de le faire d'une manière intime parce que je trouve que plus on se livre, plus on peut aussi toucher d'autres personnes qui ont peut-être souffert de ne pas avoir une mère aimante. Ce sont des choses quand même un peu universelles, malgré tout. C'est très intime. Vous vous adressez à votre mère malade, qui va mourir à ce moment-là. Vous avez envie de lui dire, voilà maman, voilà ce qui m'a fait souffrir.

    Elle avait envie, quand elle était en train de mourir, ce n'était pas facile. Il y avait justement cet océan entre nous. Ma fille était jeune, je ne pouvais pas faire d'aller-retour sans arrêt à New York. Elle avait envie que je lui dise les choses qui m'avaient fait souffrir pour crever l'abcès, pour qu'elle puisse partir en paix. Mais c'était difficile pour moi vraiment de dire les choses à ce moment-là parce que je ne voulais pas non plus l'accabler. Ce n'était pas simple, alors je le fais avec quelques années de recul. Votre maman était psychologue, votre père pédopsychiatre. Il deviendra ministre Québécois. Vous racontez votre enfance. Vous dites comment le berceau était une prison avec des barreaux d'où votre mère vous isolait pour ne pas entendre vos cris.

    Je pense que tous les bébés ont certainement, à un moment donné; vécu ça. C'était une époque où on mettait les bébés dans des lits à bébés avec des barreaux. C'est vrai que ça peut ressembler à des prisons. Effectivement, j'ai quand même quelques souvenirs vagues, bien sûr, d'être dans un endroit et de pleurer. Je pense que je ne dois pas être la seule non plus. Vous souffrez de cette solitude. Vous êtes confrontée à des drames, Gabrielle Lazure. Vous racontez, par exemple, Ronnie. C'est un jeune garçon qui a quatre ans de plus que vous et qui a abusé de vous. C'est un prédateur. Effectivement, c'était le fils du petit ami de ma mère. Il venait souvent à la maison. On est parti tous en voyage, ensemble. Comme j'avais 9 ans, je n'arrivais pas vraiment à me défendre. Je faisais ce que je pouvais, mais c'est quelque chose que j'ai subi, bien sûr. Vous trouvez les mots pour le dire. Vous dites "avec ses yeux de rat, son grand nez et ses hormones qui suintent". Vous êtes confronté au pire de la vie et vous êtes une enfant. A 9 ans, je faisais vraiment petite fille et lui était déjà pubère. On n'était pas à égalité. Vous partez un jour en France, en 1978, et vous dites cet océan, on vient d'en parler, entre vous et votre mère, n'empêche pas qu'elle continue de vous envoyer des vitamines, ce que vous appelez des vitamines. Des vraies vitamines. C'était sa manière, quand même elle faisait des choses gentilles aussi. Il n'y avait pas les mêmes vitamines disponibles en France. Pour elle, c'était une manière de m'aimer, de m'envoyer des choses qui protégeraient ma santé, mais elle ne s'est pas déplacée tout de suite. Elle elle est venue seulement quand j'ai joué au théâtre quelques années après. Ce n'était peut être pas plus mal que je sois seule parce que je me suis fait moi-même ma place. Ce n'était pas facile au début avec les Parisiens qui n'étaient pas forcément très accueillants, mais petit à petit, j'ai avancé. Vous dites tout, Gabrielle Lazure, et particulièrement la drogue. Votre mère n'a pas de problème avec la drogue. Elle vous incite même à en prendre.  Je ne sais pas si elle m'incite à en prendre, mais en tout cas, elle me dit si tu veux en prendre absolument, passe par moi parce que justement, je peux en avoir, de la drogue pure. Il faut resituer aussi dans le contexte de l'époque. Dans les années 60, 70, beaucoup de psychologues travaillaient à travers les universités et les hôpitaux même. Ils faisaient des expérimentations avec ça. C'était considéré comme un peu thérapeutique. C'était une manière de faire évoluer sa conscience et elle ne voyait pas le mal. 

    Vous êtes confrontée à la sexualité de votre maman. Il n'y a pas de pudeur. Je pense que c'était plutôt une question, je ne sais même pas si elle s'en rendait vraiment compte. Ma mère était quelqu'un de très narcissique. Elle était dans sa bulle un peu, dans son monde. Elle voulait changer le monde. Elle était comme investie d'une mission. Alors après, s'occuper des enfants, c'était quelque chose de peut-être trop terre à terre pour elle. On était là malgré tout, mais oui, j'avais le sentiment d'être transparente. 

    Votre première nuit d'amour va être terrible aussi. Vous dites tout ça dans ce livre, Gabrielle Lazure. Au fond, pour partager ?Pour partager bien sûr parce que si je dois me raconter, c'est ça que j'ai envie de raconter. J'ai envie de raconter des choses profondes, et ne pas faire un bottin mondain de gens connus que j'ai pu croiser. J'en parle un petit peu parce qu'il y a certaines personnes qui m'ont marqué, mais à la base, c'est surtout pour partager mes fêlures et ce qui a fait qui je suis vraiment à l'intérieur. Peut-être aussi parce que, dans le métier, on me voit souvent comme la bourgeoise, un peu lisse et tout ça. C'est aussi pour remettre les pendules à l'heure par rapport aux gens avec qui je peux travailler. Vous dites "j'ai eu la chance de ne pas entrer dans ce métier de cinéma où règnent des prédateurs trop jeunes".

    C'est une bonne chose que j'ai commencée un peu plus tard. J'avais d'abord été étudiante en psycho et en même temps, je faisais des photos comme mannequin. Quand je suis arrivée à Paris, j'ai travaillé comme mannequin. Ça me permettait de ne pas demander d'argent à mes parents qui auraient peut-être préféré que je continue mes études. Mais voilà, j'ai fait mon petit chemin. Je trouve que ces filles assument totalement leur choix, mais c'est particulier quand même pour un homme de 30 ans, de coucher avec une fille de 15 ou 16 ans. Je trouve ça un peu spécial. Quand on est jeune, on a envie parce qu'on a envie de grandir vite. Moi-même je l'ai fait, j'ai couché avec des mecs plus vieux aussi. Ce n'était pas dans le cinéma, c'était juste la vraie vie. Mais avec le recul, une fois que moi-même j'ai eu 30 ou 40 ans, je me suis dit "ah ces salauds, ils en ont bien profité quand même". Vous rencontrez Jack Nicholson. Evidemment, vous avez une histoire avec Jack Nicholson.

    C'était bref mais c'est vrai que ça m'a marqué parce qu'il était super drôle. On a passé une soirée très sympathique et ça s'est prolongé un petit peu. C'est femme qui désire ce qu'elle veut et qui veut l'obtenir. Au fond, vous êtes comme ça ? Je crois, oui. Je crois que j'ai une forte personnalité malgré tout sinon que je ne serai plus là avec nuits que j'ai passé à errer dans les rues parfois, adolescente. Si je n'avais pas un bon instinct de survie, je crois que je ne serais peut-être pas aujourd'hui dans la forme où je suis. D'un homme avec qui vous avez des relations, il vous apprend qu'il est séropositif et il vous dit "Désormais, tu fais partie du club". C'est terrible. C'est sympa !  Heureusement, vous allez y échapper, mais vous dites "je suis comme un chat, j'ai plusieurs vies". J'ai de la chance peut-être, j'ai une bonne étoile, quelque chose qui me protège là-haut, je n'en sais rien, mais je suis toujours là et je suis en bonne santé. Tout va bien. J'ai croisé quelques personnes pas forcément bienveillantes. Ça, c'est sûr.

    Et vous avez pardonné à votre maman ? Oui. Et comme disait ma psy, le bonheur, c'est la bonne heure. C'est le moment maintenant où je suis apaisée. J'avais déjà fait une thérapie avant, mais c'est vrai que ce livre m'a permis d'aller au-delà de juste me sentir mieux. Ça m'a permis vraiment de lui pardonner, enfin.

    Merci beaucoup. Gabrielle Lazure publie Maman, cet océan entre nous, ce bouleversant récit publié chez L'Archipel. Merci beaucoup Gabrielle Lazure. Merci à vous.

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    00:08:18
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