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  • L'invité

    Olivier Minne

    Invité : Olivier Minne, animateur de télévision français.

    Catherine Langeais, Jacqueline Caurat, Jacqueline Huet... Elles annonçaient les programmes et sont devenues inoubliables. Dans le livre « Speakerines, une histoire de femmes à la télévision », Olivier Minne raconte comment ces présentatrices ont réussi à marquer l'histoire du petit écran.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Olivier Minne. Bonjour, Patrick. Animateur, producteur, mais j'ajouterai une fonction, vous êtes studio speak, c'est ça ? C'est comme ça qu'on disait, pour ne pas dire speakerin ? Disons qu'en tout cas, c'était le lieu où nous officiions à l'époque, quand on présentait les programmes.

    Quand je dis "on", c'est surtout les femmes bien sûr et puis quelques hommes, dont moi. Parce que là vous publiez un livre qui s'appelle "Speakerines, une histoire des femmes à la télévision" (...)

    Bonjour, Olivier Minne. Bonjour, Patrick. Animateur, producteur, mais j'ajouterai une fonction, vous êtes studio speak, c'est ça ? C'est comme ça qu'on disait, pour ne pas dire speakerin ? Disons qu'en tout cas, c'était le lieu où nous officiions à l'époque, quand on présentait les programmes.

    Quand je dis "on", c'est surtout les femmes bien sûr et puis quelques hommes, dont moi. Parce que là vous publiez un livre qui s'appelle "Speakerines, une histoire des femmes à la télévision". Et alors, vous figurez dans cette histoire vous-même, puisque Jacqueline Joubert, une des plus célèbres speakerines de l'histoire de la télévision française, un jour, vous a lancé. Enfin c'était la première, Jacqueline, c'est elle qui a créé le rôle - on va dire -, en 1949. Et elle a très étrangement - ni elle ni moi ne le savions -, elle m'a engagé en 1990 sur Antenne 2 et en fait, j'allais fermer le ban : j'ai été le dernier, le dernier speakerin, la dernière speakerine finalement, c'était moi. La dernière speakerine est un homme. J'aurais pu appeler le livre comme ça, d'ailleurs.

    D'ailleurs au début, elle vous dit : "Non non, mais vous êtes candidat, mais ça ne marchera pas, on a besoin d'une femme". Et alors vous vous énervez, vous dites : "Quoi, c'est ce que je vais faire, je vais mettre une perruque et puis vous allez voir" ! C'est vrai que j'ai osé - alors que cette femme m'impressionnait, quand je la voyais passer dans les couloirs d'Antenne 2 - j'ai osé lui répondre de manière un peu sèche : "Qui va me donner ma chance dans cette ville" ? Et surtout au-delà de ça : "Vous avez besoin d'une femme", en effet,  comme vous l'avez dit, "je me paye une petite perruque, des faux seins, une jupe et ça fera très bien l'affaire". Et cette femme, qui était une femme intelligente et qui avait de l'humour, s'est mise à rire et c'est comme ça que j'ai eu mon rendez-vous.

    Après, ce n'était pas gagné pour autant, parce que mon émission a été absolument misérable. J'ai été je crois, certainement le candidat pour faire de la télévision, le plus mauvais qui soit. Enfin le candidat, en fait, je n'étais même pas candidat. Tout ça est venu parce qu'une chef de service - parce que j'étais homme à tout faire à Antenne 2 - parce qu'une chef de service trouvait qu'il fallait que je fasse de l'antenne. Donc j'étais en quelque sorte conduit vers un destin, qui était un destin "forcé". Je ne savais pas où j'allais, finalement.

    Mais bon, bref, cette audition était mauvaise et puis… Mais il y avait quand même un passé, Olivier, parce que vous étiez passionné par la télévision, vous étiez passionné par ces speakerines, qui avaient bercé votre enfance. Mais à l'époque non. Quand j'ai 22 ans, je ne suis pas passionné au point de me dire que c'est un métier que je veux faire. N'oublions pas que dans ces années-là, la présentation des programmes est en train de s'étioler, TF1 est en train de se débarrasser déjà de ses speakerines, pendant qu'Antenne 2 est en train d'en engager, donc c'est pour vous dire à quel point on était un peu décalés, sur la 2. Et au-delà de ça, pour ma génération, les speakerines c'était - ce n'est pas que c'était ringard - mais c'était le truc le plus inintéressant qui soit. On avait l'impression que c'était ânonner un texte idiot, sur la présentation des programmes et puis ça s'arrêtait là. Et puis j'ai découvert que c'était bien plus que ça. Vous racontez d'ailleurs cette aventure incroyable, vous dites aussi : "C'est une aventure des femmes à la télévision". Alors évidemment des noms mythiques : Catherine Langeais, Jacqueline Cora, merveilleuse, Jacqueline Huet. Et puis il y aura Évelyne Leclerc, Denise Fabre… Anne-Marie Peysson, Dorothée. …Dorothée. Enfin, ce sont des noms qui ont marqué l'Histoire et les esprits.

    C'est vrai, parce que chacune avait une personnalité ou ont encore, pour beaucoup, une personnalité, parce qu'heureusement, la plupart sont encore vivantes, même si beaucoup nous ont quittés. Et ce sont des femmes qui en fait ont proposé, à la fois pour les femmes, mais de s'autonomiser davantage ; de montrer qu'il était possible, à une époque où c'était encore une idée neuve - comme dirait l'autre -, c'était possible de pouvoir gérer sa vie et sa carrière seule, sans l'aide forcément d'un mari, d'un époux. Et puis au-delà de ça, ce sont des femmes qui ont inventé des choses à la télévision.

    Jacqueline Joubert, les talk-shows, Jacqueline Cora a créé une émission qui mélangeait à la fois la culture et le patrimonial, avec cette grande aventure des timbres, qu'elle a proposée pendant plus de 25 ans. Et ne parlons pas de Catherine Langeais, qui a proposé à la fois la première émission de bouffe puisque c'était "Art et magie de la cuisine" ; et puis elle a proposé, c'était en voix off, "La Séquence du spectateur", où elle donnait le goût du cinéma aux gens, c'était tous les week-ends..  Ce n'étaient pas les "femmes-troncs", comme on peut dire, c'est-à-dire en gros : "Sois belle et tais toi". Ce n'étaient pas des femmes-objets. La tentation des hommes qui dirigeaient la télévision à l'époque, était celle-là. Mais c'était sans compter sur les caractères de ces femmes, qui étaient des caractère bien trempés et qui ne se sont pas laissé faire.

    Et même au-delà de l'aspect contractuel, de l'aspect salarial - Jacqueline Cora a été une de celles avec Jacqueline Joubert, à s'être battue beaucoup, pour une plus grande égalité des salaires entre ces femmes et les hommes qui officiaient à l'antenne -, il y avait aussi le fait de montrer qu'il était possible d'avoir des responsabilités. Jacqueline Joubert a créé les premiers talk-shows modernes - dirons nous -, à la télévision française. Elle a créé le premier service Jeunesse et de Variétés et Divertissements. Dorothée a montré que l'on pouvait très bien être à la fois comédienne et animatrice, puisqu'elle a joué dans un film avec Truffaut entre autres, à la fin des années 70 ; alors qu'elle présentait une émission à la fois pour les enfants et qu'elle présentait les programmes. Donc tout ça montrait, ces femmes montraient en fait, qu'on pouvait être des femmes-orchestres, il n'y avait pas que les hommes, qui étaient des hommes-orchestres. Oui, oui, elles ont donné cet exemple. Alors, arrêtons-nous sur Catherine Langeais, parce que c'est la légende. Catherine Langeais, vous allez la rencontrer à plusieurs reprises. Et c'est très émouvant les pages dans ce livre, Olivier Minne, parce qu'elle est âgée… Oui, elle est âgée, elle est malade. …malade et surtout, elle a avec elle des lettres, qu'elle garde auprès d'elle. Ce sont des lettres que François Mitterrand, puisqu'il était amoureux fou d'elle, dans leur enfance, lui avait écrites. Elle avait connu François Mitterrand à la fin des années 30. Et c'est vrai qu'entre le moment où elle a rencontré François - comme elle l'appelait, parce qu'elle ne l'appelait jamais François Mitterrand - et le moment où elle a rompu ses fiançailles officielles avec lui, il lui a écrit plus de 2,000 lettres, je crois et elle les avait gardées précieusement chez elle. Et un jour, elle me tend un paquet, enveloppé dans un lange de coton, un peu jauni par le temps et en fait, c'étaient donc les lettres de François. Et j'ai eu la possibilité de lire ces lettres, je n'ai pas lu les 2,000, mais j'en ai lu un peu moins d'une centaine. J'avais l'impression d'abord - parce qu'à l'époque, ces lettres n'avaient pas été encore divulguées dans la presse, enfin des extraits de lettres ont été divulgués dans la presse depuis - mais j'avais l'impression tout d'un coup, de rentrer vraiment dans l'intimité de la vie de cette femme.

    Et au-delà de ça, j'ai été très touché, parce que nous sommes là dans les années 90, ils ont rompu leurs fiançailles, elle a rompu ses fiançailles avec François, en 1942 ; et en fait je découvre, quand je vais la voir, que François Mitterrand et elles n'ont jamais rompu, non pas leur relation,  mais leur lien.

    Mais enfin, il lui envoie des fleurs à chaque date anniversaire… De leurs fiançailles. Voilà. Et tous les mois, il y a un coup de téléphone. Tous les mois, un coup de téléphone. Tous les mois, il y a un coup de téléphone. Elle attend ce coup de téléphone, comme ça.

    Mais elle vous dit un jour et vous le dites dans ce livre, elle vous dit : "Ah François, intellectuellement, c'était extraordinaire, mais physiquement,  non".

    Elle n'a pas dit non, elle a fait : "Physiquement, c'était…", parce qu'elle était coquine en même temps, Langeais, ce n'était pas…elle a donné pendant très longtemps, quand elle était à la présentation des programmes ou de l'émission de cuisine, l'image d'une femme un peu bourgeoise, un peu raide. Elle avait un sacré caractère quand même, vous le dites. Oui oui, elle avait un caractère bien trempé, elle n'était pas facile. Et puis au-delà de ça, c'était quelqu'un qui avait beaucoup d'humour, malgré tout. Et donc c'est vrai que sur François, quand je lui ai dit : "Mais quand on a eu des lettres d'amour aussi joliment écrites…" - François Mitterand, il a 23 ans à l'époque, il écrit comme Chateaubriand, c'est absolument sublime -, je lui ai dit : "Mais Catherine, moi je ne peux pas comprendre. Moi je serais une femme, mais je me dis : "C'est l'homme de ma vie pour toujours"" ! Elle me dit : "Oui c'est vrai, intellectuellement c'était parfait, mais physiquement…", il n'était pas son genre, il y avait un truc qui n'avait pas collé. Oui, oui. Légende donc, de Catherine Langeais, vous allez à son enterrement, il n'y a presque personne, c'est triste.

    Eh bien en tout cas, de l'antenne, c'est vrai qu'il n'y a que Denise Fabre et moi.  Oui. Quand on dit cette solitude, on pense à Jacqueline Huet, autre grand visage. Un jour, on va la découvrir dans sa baignoire en maillot de bain, elle a écrit un mot, elle se suicide, un soir. Un soir. Et c'est vrai qu'elle met le maillot de bain, parce qu'elle avait anticipé le fait que les secours, alors sans doute, la trouvaient à un moment donné, elle ne voulait pas se présenter à eux toute nue. Elle avait cette pudeur post-mortem, en quelque sorte.

    Le destin d'Huet est un destin terrible, parce que c'est le destin d'une femme qui a cherché à être aimée, mais c'est pour ça aussi que je tenais à leur rendre hommage. Parce que ça n'a pas été en effet, que de jolies potiches.

    Merci beaucoup, Olivier Minne. Ça s'appelle "Speakerines, une histoire de France et des femmes à la télévision", aux éditions du Rocher. On était vraiment ravis de vous recevoir aujourd'hui. Merci Olivier.

    Merci Patrick, merci beaucoup.

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