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  • L'invité

    Emmanuelle Guilcher

    Invitée : Emmanuelle Guilcher, journaliste française, directrice adjointe des programmes de France 2.

    Dans « Simone et Brigitte », Emmanuelle Guilcher évoque le destin parallèle et inattendu de Brigitte Bardot et Simone Signoret. À travers ces deux icônes, elle raconte aussi l'histoire de la représentation des femmes dans le cinéma français.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Emmanuelle Guilcher. Bonjour, Patrick. Vous êtes directrice adjointe de l'antenne de France 2, ancienne journaliste à Europe 1 et ailleurs et puis surtout, auteur de livres et passionnée de cinéma. Ça s'appelle "Simone et Brigitte", c'est votre nouveau livre, "Deux icônes à la française", publié chez Larousse. Mais dites-moi, quel rapport entre Brigitte Bardot et Simone Signoret ?

    Alors a priori, je comprends que ça puisse surprendre et c'était ça qui m'intéressait. Mais c (...)

    Bonjour, Emmanuelle Guilcher. Bonjour, Patrick. Vous êtes directrice adjointe de l'antenne de France 2, ancienne journaliste à Europe 1 et ailleurs et puis surtout, auteur de livres et passionnée de cinéma. Ça s'appelle "Simone et Brigitte", c'est votre nouveau livre, "Deux icônes à la française", publié chez Larousse. Mais dites-moi, quel rapport entre Brigitte Bardot et Simone Signoret ?

    Alors a priori, je comprends que ça puisse surprendre et c'était ça qui m'intéressait. Mais ce sont les deux seules actrices de la deuxième partie du XXè siècle en fait, qui sont sorties du cadre où le cinéma vous enferme généralement, pour rayonner sur la société tout entière. Alors Brigitte Bardot on le sait, évidemment, elle a bouleversé les mœurs grâce au seul rôle de "Et Dieu créa la femme" et puis ensuite, pour le combat pour la cause animale, bien sûr ; et Simone Signoret aussi, ses combats politiques et puis, ça a été l'actrice aussi des années 50/60, avec tous les rôles du cinéma d'Yves Allégret, du cinéma classique, puis un peu moderne. Oui. Et les téléspectateurs de TV5 Monde le savent bien, eux qui ont la chance de voir encore aujourd'hui, des films de ces années-là : elles ont rayonné hors France, ce sont des stars internationales. Rayonné, mais elles sont tellement différentes. Parce qu'évidemment Brigitte Bardot, c'est la sensualité, alors que Simone Signoret, c'est plutôt l'intellectuelle. Alors pardonnez-moi Patrick, mais ça aussi c'est un cliché. Parce qu'on a gardé de Simone Signoret, l'image de la femme du "Chat", dans les rôles de la deuxième période, que moi j'appelle "de la deuxième période" ; cette femme assez vieillissante, qui a accepté d'incarner des femmes ordinaires. Mais c'est aussi dans les années 50, comme Brigitte Bardot, avec qui elle n'a que 13 ans de différence, une actrice scandaleuse. Il faut se souvenir de "Manèges", de "Dédée d'Anvers", des "Démons de l'aube". Oui, elle joue des prostituées, "Casque d'or". J'ai une confidence à vous faire, je crois que le film va passer sur vos antennes dans pas longtemps. Et les téléspectateurs verront que dans "Les Démons de l'aube", le baiser que qu'elle donne à son partenaire, est beaucoup plus sulfureux que les premiers baisers de Brigitte Bardot, qui était encore une ingénue un peu chaste. Alors évidemment, elle s'est rattrapée après. Engagées toutes les deux, c'est ça que vous dites.

    Alors finalement, c'est ça aussi qui m'intéressait, c'est qu'on dit qu'elles sont opposées sur l'échiquier politique et on a raison, quoique…il faut se souvenir que Brigitte Bardot -  et ça, beaucoup l'ont oublié -, dans les années 50, va de manière un peu naïve, jeter des petits papiers pour que les époux Rosenberg - donc nous sommes pendant la guerre froide -, ne soient pas assassinés par les Américains. Et elle va s'engager aussi pendant la guerre d'Algérie, elle va refuser le racket de l'OAS. Bon après effectivement, elle était très jeune dans ces années-là, elle était plutôt à danser sur les tables, tandis que Simone Signoret partait à Moscou avec Yves Montand, compagne de route du Parti communiste ; puis ensuite, il y a tout le combat pour les droits de l'homme, qui la situe clairement à gauche, alors qu'on sait que Brigitte Bardot a toujours dit qu'elle était apolitique et en tout cas, qu'elle était "mal à droite". Oui. Mais vous dites aussi évidemment, Simone Signoret va être la femme d'un homme, d'Yves Montand, alors que Brigitte Bardot va être amoureuse de l'amour et de beaucoup d'hommes.

    Oui mais en même temps, elles sont toutes les deux des obsessionnelles de l'amour. Et quand je dis "Elles sont sorties du cinéma", elles sont aussi des femmes. Et c'est ça qui m'intéressait aussi, de raconter l'histoire de femmes, de femmes amoureuses. Alors l'une obsessionnelle d'un seul homme, on le sait bien sûr, Yves Montand ; et Brigitte Bardot, qui a cherché l'amour à travers différentes aventures, toute son existence. Et c'était ça qui m'intéressait aussi, c'étaient ces femmes, ce qu'elles avaient représenté de manière assez différente et en même temps, pas tant.  Puisque je vous disais que dans leurs débuts, elles sont toutes les deux des prototypes en fait, elles sont très différentes des actrices qui ont été avant elles. Elles sont libres, naturelles, sans fard, sans maquillage, des grandes jambes, elles ont un côté comme ça extrêmement différent des Micheline Presle, des Danièle Darrieux, elles ne composent pas, ce sont des actrices instinctives. Et puis, elles sont à la ville comme à l'écran, à l'écran comme à la ville.

    Au fond, toutes les deux étaient peut être prisonnières de leur mythe.

    Alors oui, elles détestent ce terme, l'une comme l'autre, "monstre sacré, mythe". Elles ont essayé de s'en libérer, en essayant d'être à la ville comme elles étaient à l'écran. Oui. Mais au fond, elles voulaient être libres, être femmes en-dehors de tout ça, toutes les deux. Toutes les deux. Alors ça a été très difficile pour Simone Signoret, qui était une femme libérée elle aussi, puisqu'elle divorce à une époque où ce n'est pas de bon aloi, elle a un enfant hors mariage, Catherine. Et puis ensuite, moi je pense que dans la période politique d'engagement à gauche, ce n'est pas une femme libre. Elle est un peu dans les mouvements de l'époque, de la société de l'époque, politiques. Ensuite évidemment, l'alliance avec Montand fait qu'elle n'est pas si libre que ça. Quant à Brigitte Bardot, à cause de la notoriété encombrante et époustouflante qui lui tombe dessus, elle ne sera malheureusement pour elle jamais une femme libre, ce qu'elle dit souvent : "Je suis dans une prison" et on peut la comprendre. C'est en cela qu'il y a une souffrance terrible chez cette femme, que peu ont perçue, que peu ont comprise. Parce que finalement, elle n'a jamais pu être aussi libre que les femmes qu'elle avait contribué à libérer, en étant cette personnalité insouciante,  totalement hors normes, qu'elle avait incarnée à l'écran. Vous, vous dites : "Ce sont des icônes", c'est vrai. Mais est-ce qu'elles incarnent deux France différentes, chacune à leur manière ?

    Alors elles incarnent deux images de la femme française. Bon évidemment, au début au cinéma, Simone Signoret incarne la femme fatale. Elle joue la femme fatale et puis petit à petit, elle va devenir une femme, -j'allais dire comme vous et moi -, enfin en tout cas, une femme qui vieillit à l'écran et qui devient quelqu'un sans fard, sans chirurgie esthétique etc.. Quant à Brigitte Bardot, elle incarne au début une créature extraordinaire, mais qui représente aussi la femme française, elle sera Marianne, évidemment. Et puis ensuite, au fil de la vie, elle incarne aussi une femme qui d'une autre manière, en arrêtant le cinéma, en choisissant une vie finalement consacrée à une cause ; avec des convictions très fortes, elle incarne aussi la femme française, qui est à la fois une femme qui travaille, une femme qui s'émancipe, une femme complète. Oui. Ce que vous voulez dire, c'est que ces deux visions de la France sont réconciliables ? Évidemment, chacun dit : "Brigitte Bardot et Simone Signoret", ces deux histoires sont réconciliables.

    Oui. Bien sûr ces deux histoires, qui sont parallèles - je ne suis pas en train de dire qu'elles ont exactement la même vie et qu'elles représentent exactement la même chose -, mais c'est deux femmes françaises, typiques - ce n'est pas un hasard si mon livre s'appelle "Deux icônes à la française" - et qui sont respectées. Alors l'une, sur le plan de la planète, qui a rayonné sur le plan de la planète, tout le monde connaît Brigitte Bardot. Simone Signoret elle, a eu quand même un Oscar à Hollywood, donc elle a fait une deuxième carrière américaine, elle est connue outre-Atlantique, elle est connue dans les anciens pays de l'Est. Mais ce sont des femmes qui ont quand même rayonné - on va dire - quelque part sur le monde, qui nous ont représentées, nous les femmes et l'image qu'on aime bien avoir à l'extérieur.

    Oui. C'est un livre assez fascinant, c'est un parcours assez fascinant, car on y voit votre passion pour les actrices, que vous racontez dans des détails, dans des anecdotes. Vous rencontrez Alain Delon dans ce livre, il se confie à vous, Emmanuelle Guilcher, il se confie sur ces deux icônes féminines du cinéma, qu'il a connues.

    Oui, j'ai mis beaucoup de temps avant d'obtenir cette rencontre, mais elle était très importante pour moi. Parce que c'était quelqu'un qui incarnait aussi la star internationale de cette époque, c'était le troisième personnage du livre, mais qui était un homme. Et en fait, il les a connues toutes les deux de manière différente. Brigitte Bardot, au tout début de sa carrière, c'étaient un peu des chiens/chats, ils étaient tous fous tous les deux,  obsédés par leur personne, leur narcissisme. Aujourd'hui, ce sont des amis, ils se sont retrouvés autour de la cause animale, il l'appelle "mon amour", ils s'appellent régulièrement. Quant à Simone Signoret, c'était la lionne qui rencontrait le jeune fauve. Ils ont eu une histoire très forte, dans le film "Les Granges brûlées". Simone Signoret trouve que le réalisateur n'est pas au niveau et c'est donc Alain Delon, qui va prendre les rênes du film. Et ils ont eu aussi cette espèce de complicité forte entre deux grands, deux grandes stars.

    Oui. Merci beaucoup, Emmanuelle Guilcher. Le livre s'appelle "Simone et Brigitte, deux icônes à la française" et publié chez Larousse, je vous le conseille. Merci d'avoir été notre invitée. Merci à vous.

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