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  • L'invité

    Serge Moati

    Invité : Serge Moati, journaliste et documentariste.

    Au lendemain des élections législatives en Israël et de la 5e victoire annoncée de Benjamin Netanyahu, le journaliste Serge Moati, qui publie « Il était une fois en Israël », analyse ces résultats, qui voient une nouvelle fois le triomphe de la droite israélienne, et ses conséquences pour tout le Moyen-Orient. 

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour, Serge Moati.

    Bonjour.

    "Mes prières inventées faites de bric et de broc sont souvent inaudibles. Il arrive parfois à Dieu d'être sourd et moi, il m'arrive d'être triste." C'est ce que vous dites en ouverture de ce livre, "Il était une fois Israël". Vous êtes triste aujourd'hui de la victoire de Benyamin Netanyahou ?

    Pas complètement étonné, mais triste, oui. Vous voulez que je développe ça ?

    Oui.

    Parce que je ne vois p (...)

    Bonjour, Serge Moati.

    Bonjour.

    "Mes prières inventées faites de bric et de broc sont souvent inaudibles. Il arrive parfois à Dieu d'être sourd et moi, il m'arrive d'être triste." C'est ce que vous dites en ouverture de ce livre, "Il était une fois Israël". Vous êtes triste aujourd'hui de la victoire de Benyamin Netanyahou ?

    Pas complètement étonné, mais triste, oui. Vous voulez que je développe ça ?

    Oui.

    Parce que je ne vois pas comment la paix qui est… dans ma prière, c'est une prière pour la paix parce que Dieu, qui a décidé de faire sa résidence principale sur la terre, ne pensait pas que les enfants et les petits-enfants de ceux qui se sont installés après la Shoah en 48, à la création de l’État d'Israël, ne connaîtraient comme unique horizon que la guerre et la guerre à outrance comme ça. Moi, j'ai très peur de ça, vous voyez ? Je…

    Aujourd’hui, Benyamin Netanyahou, ce n'est pas la paix comme vient de le dire Donald Trump en disant : "C'est une chance pour la paix, la victoire de Netanyahou" ?

    Je ne sais pas d'où il sort ça, Trump en fait. C'est un personnage étrange quand même, Trump. Enfin… On ne peut pas dire ça. C'est un homme de la sécurité, Bibi. C'est un homme de la sécurité sûrement enfin…et Israël a connu des moments pires que ça dans son histoire… enfin, dans l'insécurité. Mais on ne peut pas dire que c'est l'homme de la paix. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas Rabin, ce n'est pas Shimon Peres, ce n'est pas… Bon. Etc.

    Ça veut dire que le plan de paix (qu'ils sont) en train de proposer, mais que les Palestiniens refusent, a peu de chances d'être appliqué ?

    Oui, c'est ce que je pense. Oui, c'est ce que je pense. Et il faut voir la géographie de l'électorat, c'est très étonnant. Vous voyez que Jérusalem a voté massivement Bibi Netanyahou et les partis orthodoxes religieux qui font une entrée spectaculaire à l'Assemblée nationale. Vous savez, l'Assemblée nationale, c’est la Knesset en Israël, plus 23 % pour les partis religieux. Bon. Ça fait beaucoup, beaucoup. Ça fait une coalition très forte et vraiment d'extrême droite. Bon, si les mots ont un sens, le même, ici que là-bas, nous disons populistes et religieux.

    Oui, enracinés. On voit la défaite du parti travailliste qui n’existe quasiment plus…

    Ah, mais c’est historique, historique, 7 %. C'est à peu près le niveau du parti socialiste en France aux prochaines élections européennes si ça continue comme ça.

    Oui. Ça veut dire quoi ça, Serge Moati…

    Ça veut dire que…

    Pour cet Israël que vous connaissez bien ?

    Oui, que j'aime beaucoup en plus, que j'ai connu pour la première fois j'avais 12 ans, vous vous rendez compte ? J'en ai un peu plus maintenant et je suis accablé qu’Israël ait perdu… Il y a deux Israël en fait, pour être tout à fait à l'heure du jour, si j'ose dire, là : il y a la Jérusalem de Tel-Aviv qui a voté massivement Gantz, parti travailliste un peu… mais enfin, centre, centre gauche et la Jérusalem qui est l'autre ville, qui a voté massivement Likoud et parti orthodoxe.

    Donc vous voulez dire, vous dites qu’Israël est complètement divisé ?

    Oui, oui. On ne le dit pas assez dans les interviews… enfin, dans les… comment on appelle les machins ? Les notes du jour, mais c'est très important de comprendre ça. C'est-à-dire qu'il y a une division interne en Israël et même par quartier. Et par ville évidemment.

    Oui, oui. Ça veut dire concernant la colonisation… Alors, on avait vu Benyamin Netanyahou promettre finalement d’annexer les territoires occupés. 

    L'annexion de la Cisjordanie. Vous rendez compte de ce que ça veut dire l'annexion, pure et simple ? Soutenue par Trump ? Annexion, voilà un homme qui vit en Amérique là-bas et qui dit à Israël : "Oui, annexez vos voisins cisjordaniens". Enfin, c’est extraordinaire. Et là, ça a voté, mais à 90 % Likoud et partis orthodoxes dans ces colonies dites de peuplement, des implantations il faut dire.

    Oui.

    Quand on est politiquement correct.

    Oui. Ça veut dire évidemment, on a vu que Netanyahou s'est vanté et a utilisé son soutien américain, le soutien de Donald Trump.

    Bien sûr.

    C'est finalement aujourd'hui les États-Unis et Israël dans cette politique unie ?

    Oui, bien sûr. Tout à fait. Tout à fait, tout à fait. Avec le Brésil en plus, avec les pays d'Europe populistes, si j'ose dire, comme l'Autriche, la Hongrie, les machins comme ça, etc. C'est étonnant et tous ceux-là ont fait des messages de satisfaction et de félicitations à Bibi Netanyahou.

    Oui. Qui bat des records, qui bat des records de longévité au pouvoir…

    10 ans…

    Il entre dans l'histoire.

    10 ans, je crois. 10 ans de suite, cinq mandats. Oui, bien sûr qu'il entre dans l'histoire. C'est un génie politique, ce mec, cet homme. C’est un génie politique. Il est très, très fort. Il ne parle qu'à son peuple et à ses troupes. Vraiment ça, c'est clair et il attaque vraiment les médias, la police, la justice… enfin, tous ces trucs-là, tous ces corps qui ont fait qu'Israël est quand même une grande démocratie. Bien sûr, il les attaque.

    Oui. Si Israël est une grande démocratie, il peut aussi être poursuivi pour des affaires de corruption.

    Comme vous le savez, il a trois chefs d'inculpation contre lui et il risque d'être… je ne sais pas, je ne suis pas dans le secret des arcanes de la police et de la justice israélienne. Il a trois chefs d'inculpation, il doit être reçu bientôt par le procureur Mandelblit, qui est le procureur général de la République israélienne : inculpations pour corruption, fraude et truc électoral… enfin, bon. C’est très sérieux et il risque d'être un Premier ministre à temps partiel.

    Oui. Vous racontez tout ça, Serge Moati, dans Il était une fois en Israël, publié chez Fayard. Finalement, c'est l'histoire d'Israël, c’est incroyable puisque c'est l’intifada, des assassinats de Rabin, des guerres, la guerre du Kippour… C'est-à-dire : au fond, c'est une histoire tragique, toujours tragique.

    C’est terrible, alors que moi, je me souviens que quand mon père rentrait de déportation, il disait : "il faut que chaque Juif ait une pierre pour poser sa tête." C'était un refuge, vous savez, après l'horreur de la Shoah, 48 donc, le vote à l'ONU, vous savez, etc., la mauvaise conscience universelle après la Shoah. On espérait que ce serait une paix, une paix vraiment. Et moi, je pense à ça, excusez-moi, avec émotion parce que je ne vois pas comment la paix peut venir et donc les enfants des petits-enfants de la Shoah vont vivre encore la guerre. Enfin, mais c’est épouvantable ! Il faut faire la paix. Absolument.

    C’est-à-dire qu’il faut créer un état palestinien ?

    Ben, je ne vois pas…

    La perspective de deux États s’est éloignée encore aujourd'hui avec la victoire de Benyamin Netanyahou.

    Non. Ce qui s’est éloigné, c'est un état binational. Ça, ça s'est éloigné. Vous avez vu que les villes arabes n’ont voté que pour les partis arabes. Ils ne peuvent pas assister impuissants comme ça à l'avenir d'Israël qui les considère souvent comme des citoyens de seconde zone, comme vous le savez. L'arabe n'est plus la langue officielle en Israël, vote officiel à la Knesset. Et bon, on dit que, par exemple, si vous habitez une colonie de peuplement et s’il y a des voisins arabes qui vous gênent, vous pouvez les virer. Enfin, qu’est-ce que… c’est cela, l'annexion.

    Oui.

    C’est ça, l'annexion. Donc je veux dire que c'est extrêmement préoccupant, inquiétant. Eh oui, il faut… c'est donc l'état binational, au revoir, merci, il n’y en a plus. Par contre, l'état palestinien, il en faut un. Parce que je ne vois pas comment on peut faire sans état, je ne vois pas. Mais alors, si je peux me permettre…

    Oui, mais les Israéliens dans leur majorité n'en veulent pas. Aujourd'hui, ils l’ont encore dit…

    Pas à Tel-Aviv. Pas Tel-Aviv pas. Pas… Non, non. Je vous dis il y a deux Israël et il y a aussi l'idée et l'impression que vraiment, on passe à côté d'une grande possibilité historique. Bon alors, Bibi a gagné, il a gagné, moi, je ne suis pas israélien, je ne vote pas en Israël, je n'en sais rien, mais je suis allé beaucoup là-bas ces derniers temps pour tourner. J'ai au téléphone sans arrêt des gens qui m'appellent et qui me tiennent au courant, etc. Et ces gens aujourd'hui sont un Israélien quasiment sur deux parce que c’est… vous le savez bien. Je veux dire, un Israélien pas orthodoxe, un Israélien "normal", si j’ose dire. Ils n’ont pas disparu ceux-là. Donc ils sont dans l'état où je suis, en pire parce qu'eux, ils vivent là-bas.

    Oui.

    Tout mon cœur bat de ce côté-là et mon cœur dit : "il faut être optimiste parce qu’un jour, ça viendra." Un de mes amis, ancien ambassadeur d'Israël en France, parle de l'alignement des astres, un moment magique. Il y aura un moment magique. Il y a eu un moment magique en 48. Vous vous rendez compte, ce peuple où il y a eu six millions de morts qui crée un état. Enfin, bon sang de bonsoir ! Et c'était formidable. Et on espère… Moi, oui, je continue à espérer, même si je suis naïf et tant pis. Je continue à espérer qu'un jour, il y aura la paix et la fraternité dans cette région. Vraiment. Je suis sérieux là.

    Merci, Serge Moati. "Il était une fois en Israël" publié chez Fayard. Votre livre qui accompagne donc cette actualité et ce livre très personnel. Merci beaucoup, Serge Moati, d’avoir été là.

    C’est moi qui vous remercie. Merci beaucoup.

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    00:08:28
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