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  • L'invité

    Abd al Malik

    Invité : Abd al Malik, auteur-compositeur-interprète, écrivain et réalisateur français.

    Abd al Malik est l'invité du musée d'Orsay à l'occasion de l'exposition Le Modèle noir. Il produit également un nouveau spectacle Le Jeune Noir à l'épée, inspiré de l'un des tableaux de l'exposition. Le slameur y interroge les écrivains et les artistes sur les Noirs et le regard porté sur eux à travers l'histoire de l'art, en y mêlant son propre parcours.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    "J'ai 19 ans, je suis noir, ceux qui ont l'œil ouvert, savent bien que la couleur n'est qu'un jeu de lumière". Bonjour Abd Al Malik. C'est un plaisir de vous recevoir aujourd'hui. Ça s'appelle "Le jeune noir à l'épée". C'est le titre d'une œuvre d'art célèbre, on va en parler dans quelques instants. Vous êtes invité au musée d'Orsay pour cette exposition qui s'appelle "Le modèle noir". C'est une exposition extraordinaire qui vous a inspiré un long poème, un slam absolument époustouflant. Merci b (...)

    "J'ai 19 ans, je suis noir, ceux qui ont l'œil ouvert, savent bien que la couleur n'est qu'un jeu de lumière". Bonjour Abd Al Malik. C'est un plaisir de vous recevoir aujourd'hui. Ça s'appelle "Le jeune noir à l'épée". C'est le titre d'une œuvre d'art célèbre, on va en parler dans quelques instants. Vous êtes invité au musée d'Orsay pour cette exposition qui s'appelle "Le modèle noir". C'est une exposition extraordinaire qui vous a inspiré un long poème, un slam absolument époustouflant. Merci beaucoup. Ça s'intitule, l'exposition, "Le modèle noir", de Géricault à Matisse, parce que ça s'inscrit dans l'histoire de l'art. En fait, le musée d'Orsay est rentré en contact avec moi et me demande si ça m'intéresserait de faire une création, quelque chose. Je vois les différentes œuvres qui me touchent au plus haut point. Et surtout, je vois "Le jeune noir à l'épée" de Pierre Puvis de Chavannes. Et là, c'est un choc. On va voir cette peinture. Pourquoi elle vous a tout de suite touchée à ce point ? Pour moi, cette œuvre qui représente un corps noir au visage enfantin, qui tient une épée. Derrière, ça brûle, on ne sait pas trop. Il y a le bleu, noir, rouge, comme un contrepoint au bleu, blanc, rouge. J'ai voulu raconter l'histoire de ce jeune Noir aujourd'hui et maintenant. L'art, c'est l'universel. Ça parle de tout. C'est à tous. Ça m'a parlé d'une manière si puissante que j'ai eu envie de représenter ce jeune Noir aujourd'hui et maintenant, tout simplement, parce que moi-même, enfant, la littérature m'a bouleversée et a fait de moi l'homme que je suis. En voyant ce tableau, je me suis dit : "si j'écrivais un livre, si j'écrivais un poème qui serait d'aujourd'hui et de maintenant, qui pouvait bouleverser le petit Abd Al Malik d'aujourd'hui, et peut-être donner des clés à ses propres problématiques en termes d'identité, peut-être donner de l'harmonie là où il y a du chaos ?" J'ai eu envie de faire ça. J'ai envie de disséminer dans une œuvre pluridisciplinaire qui embrasse la littérature, qui embrasse la poésie, la musique, l'art pictural, quelque chose où je mettrais des clés ici et là pour dire qu'on peut véritablement vivre ensemble positivement. Ça s'appelle "Le jeune Noir à l'épée". Regardez, c'est Abd Al Malik. "En bas des tours despotiques, où l'on hume l'odeur du mauvais shit, la cité parle l'ancien grec, salade tomate oignon, moitié légumes, moitié schneck, mais peut-on faire la révolution avec Toulouse-Lautrec ? Je ne sais pas. Je suis le jeune Noir à l'épée. Vénus au bras d'un Négus, ou la scandaleuse promesse, d'un mariage temporaire  derrière un abribus, si l'interdit participe de l'ardeur du désir, sans doute, s'il y avait bienveillance, il n'y aurait pas d'humeur hystérique. Je sais, je suis le jeune Noir à l'épée. À l'époque, je me disais, mais comment pourrais-je m'aimer, si sans cesse je dois lutter, et comment pouvais-je t'aimer, si sans cesse je luttais, je luttais. Sans cesse, je luttais, je luttais…" "Ne plus jamais opposer l'essentiel à l'urgence d'une situation, même dramatique. Mais saisir l'actualité de permanence, de l'urgence de l'essentiel." Revenir au fait qu'on est tous différents, mais on partage quelque chose qu'on doit magnifier, quelque chose de majeur qui est l'humanité. Qu'on soit blanc ou noir, on est tous légitimes à représenter l'humanité parce qu'on est tous des êtres humains. Aucun être humain n'est étranger à l'humaine condition. C'est vraiment cette démarche. L'homme noir dans cette exposition fait partie de cette unité, de l'essentiel de ce que nous sommes tous. C'est ça que montre le musée d'Orsay. Il y a vraiment une démarche. C'est pour ça que je trouve ça magnifique que le musée d'Orsay soit à la base de ça, que c'est une institution artistique et culturelle si importante soit la base de ça, c'est cette démarche de dire comment, au vingt et unième siècle, avec toutes les problématiques qu'on peut voir, comment on va faire peuple, comment on va être riche de nos différences ? C'est de dire que la communauté nationale est diverse. Il y a des blancs, il y a des noirs, et cette différence est une richesse et pas une tare. On doit magnifier toutes ces communautés parce que la seule communauté qui compte, c'est la communauté nationale. On voit les tableaux. On voyait, à l'instant, cette "Étude de nègres" de Théodore Chassériau. C'est une des œuvres qui vous a inspiré. Il faut savoir qu'au départ, quand ce tableau a été fait, il était censé représenter le démon qu'on chassait du paradis. On a affaire à toute une époque ou l'autre, le noir était déshumanisé, où l'autre était là seulement pour mettre en lumière l'humanité du blanc. Hors de son contexte, tout d'un coup, lorsqu'on voit cet homme qui regarde avec défiance vers le haut, on voit ce corps, tout d'un coup, c'est juste un être volontaire, qui a envie d'avancer. C'est là où on se rend compte que l'œuvre artistique transcende, dépasse tout contexte et peut nous dire autre chose. J'ai eu envie de prendre cette œuvre et de lui faire dire quelque chose qui serait ancré dans notre réalité du vingt et unième siècle.  Dans le livre, il y a aussi le portrait de Jeanne Duval d'Édouard Manet. C'est quelque chose de différent. On voit ça. Ça dit quoi ? Ça nous dit beaucoup. Vous savez, Jeanne Duval, c'est la maîtresse de Baudelaire, mais Baudelaire a eu des difficultés avec elle parce que c'était un couple mixte. Voilà un blanc, une noire, comment faire dans cette société, etc. ? Je me dis, est-ce que cette problématique existe encore aujourd'hui ? Oui, cette problématique du couple mixte. J'ai trouvé ça fabuleux. Jeanne Duval, c'est aussi une muse, une muse fabuleuse, mais on se rend compte que Manet l'a peinte, mais on ne sait pas trop si elle est noire, alors que c'est une noire. On ne le sait pas trop. On se rend bien compte que c'est l'enjeu de ces histoires de couleurs, à quel point il faut non seulement les affirmer, parce qu'on est noir, on est blanc, et on est fier d'être qui nous sommes. Mais en même temps, il faut le dépasser parce qu'il y a autre chose derrière, à savoir notre humanité. Le noir devient justement symbole de combat pour les valeurs qui sont les nôtres : liberté, égalité, fraternité. Tout d'un coup, la figure noire devient le modèle, la métaphore de tous ces combats. Géricault, notamment avec la figure de Joseph qui a été justement un modèle pour Chassériau et d'autres, était devenu une espèce de star dans ce milieu-là. Derrière ça, il y a aussi Mathieu Kassovitz, ""La Haine. Bien sûr. Il y a aussi des références à aujourd'hui et à votre propre parcours, Abd Al Malik, à l'enfance à Strasbourg, aux bandes, aux gens du voyage, à tout ça. Mon mantra de vie est le suivant : préserver le patrimoine et cultiver la modernité. C'est à la fois mon mantra en tant qu'être humain, mais aussi en tant qu'artiste. C'est pour ça, vous avez parlé de Gérard Jouannest tout à l'heure, qui était mon frère, avec qui on a travaillé, qui a travaillé avec Brel, etc. Il y a cette idée de dire qu'on ne peut pas être dans la modernité, si on ne fait pas de lien générationnel. On ne peut pas être dans une réflexion positive pour demain, si on ne demande pas à la jeunesse de s'exprimer. Mais encore une fois, demander à la jeunesse de s'exprimer, ça ne veut pas dire tomber dans le jeunisme, toujours réfléchir en termes d'équilibre. C'est l'idée de tout ce projet, "Le jeune Noir à l'épée", c'est de parler de l'universel, de la sagesse, qui peut être portée par tous les êtres humains, par tous les groupes qui forment les êtres humains. La singularité n'est pas une tare, mais un cadeau. Ce livre, c'est ça. Cet album, cette musique, c'est ça. C'est vraiment faire lien et réfléchir tous ensemble à comment on va faire peuple aujourd'hui, au vingt et unième siècle. Vous savez que, aujourd'hui, Jacques Brel aurait 90 ans. C'est incroyable. C'est incroyable.  Il n'a jamais été vieux, Jacques Brel. C'est Jacques Brel qui disait : "Mourir la belle affaire, mais vieillir, oh mon Dieu, vieillir". Il y a des êtres qui sont faits pour traverser un moment, qui ne sont pas fait pour rester, j'ai l'impression. Jacques Brel faisait partie de ceux-là.  Merci beaucoup Abd Al Malik. C'est le volume 1. On attend le volume 2. C'est "Le jeune Noir à l'épée" avec  Mattéo Falkone. C'est un livre disque avec des photos. On peut citer Fabien Coste qui a réalisé les photos qui sont absolument remarquables. C'est un grand voyage, encore une fois. Merci beaucoup, Abd Al Malik, d'avoir été notre invité. Merci à vous.

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