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  • L'invité

    Sarah Marquis

    Invitée : Sarah Marquis, aventurière suisse, auteure de "Instincts".

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    C’est la femme de tous les défis, Sarah MARQUIS, est nommé "Aventurière de l’année" par le National Geographic en 2014, est de retour après une expédition incroyable. Vous avez traversé, à pieds, dans des conditions de survie extrême, le désert australien Sarah. Et vous revenez vivante, heureuse.

    Heureuse, je suis là. Ça fait 20 ans que je voulais faire cette expédition, un vieux rêve. J'avais envie de me plonger dans ce décor où il n’y a personne, il n'y a pas d’humains, il n'y a (...)

    C’est la femme de tous les défis, Sarah MARQUIS, est nommé "Aventurière de l’année" par le National Geographic en 2014, est de retour après une expédition incroyable. Vous avez traversé, à pieds, dans des conditions de survie extrême, le désert australien Sarah. Et vous revenez vivante, heureuse.

    Heureuse, je suis là. Ça fait 20 ans que je voulais faire cette expédition, un vieux rêve. J'avais envie de me plonger dans ce décor où il n’y a personne, il n'y a pas d’humains, il n'y a rien. Et puis de survivre comme les Aborigènes ont survécu pendant 60 000 ans, c'est-à-dire en cueillant et chassant leurs nourritures.

    On regarde un extrait, quelques images d’une expédition précédente. Regardez !

    "Sauvage par nature, elle a rêvé des steppes qui défilent sous ses pas. Des jungles vertes rampantes, des déserts aux dunes blanches. Voilà 3 ans déjà qu'elle est partie de Sibérie pour réaliser son incroyable défi. La marche, pour elle, est bien plus qu’un mouvement. C’est une philosophie…"

    C’est une philosophie la marche. On vous voit, là, perdue, comme un petit point dans ce désert.

    C’est vraiment ça, c'est-à-dire que depuis toujours, j’ai fini par m'être plongé dans un élément naturel. Donc, en tant que gamine, j’étais dans mes forêts jurassiennes en Suisse, perdue à regarder un oiseau, à vivre en fait dans la nature.

    À vivre dans des grottes avec des chauves-souris qui ne vous faisaient pas peur. Vous dites : "J’adorais ça".

    Je trouvais ça tellement cool. Voilà, alors c'était le début, c'était le début. Et déjà, je rêvais de contrer, on ne pouvait pas les toucher, pas les palper, infini avec des couleurs, des animaux, depuis toujours. Et j’ai suivi mon cœur, j'ai suivi ce que j’avais au fond de moi et ce livre c'est ça.

    Ça s'appelle "Instincts", au pluriel. En fait, c’est votre instinct, vous vivez avec instinct.

    En fait, c'est ça. C’est cette capacité qu’on a tous et toutes. On est tous la même chose, de se dire, un jour, je veux croire en ce qui se passe à l’intérieur, en la magie de la vie. Donc, on a ce côté très animal qui est en nous, et on a un côté très pragmatique qui est l'intellect. Le challenge, c’est de pouvoir se connaître et d’utiliser soit l’un, soit l'autre, ça dépend des capacités qu’on a et ça dépend de la situation où on est. Comme par exemple ici, je vais moins utiliser mon instinct.

    Eh bien si, vous pouvez utiliser votre instinct.

    Vous êtes sur ?

    Mais toujours. Alors, ce qui est incroyable, c'est que vous avez commencé en faisant du canoë, à cheval, et puis un jour vous vous êtes dit : "Non, finalement c’est tout simple, je vais aller à pied".

    C'est si compliqué, ça allait trop vite, il y avait toujours des problèmes techniques, et pour finir, j'ai commencé à marcher et j’ai trouvé cette vitesse incroyable. Et j’ai exploré un après l'autre, j’ai fait le tour de la Terre à pied. En fait, à l'heure actuelle, j’ai plus de 44 000 km à mon actif. Quand on le fait souvent, on devient un master dans ce qu’on fait et à chaque fois je me dis, je me remets plus en question aujourd'hui que je le faisais tout au début.

    Alors, comment on vit dans le désert en question de survie ?

    La journée, elle commence, donc vous avez déjà faim, quand vous vous levez le matin. Ça c'est la faim, elle était constante, c'est comme un gros ver qui m'a rongé de l’intérieur parce que tout ce que je vais manger, je vais devoir le chasser ou l’attraper, ou alors le cueillir. Donc, j’ai toute cette connaissance de la pharmacopée, donc je vais trouver les fruits du baobab, il va falloir les collecter, il va falloir les ouvrir, enlever les petites graines à l’intérieur et quand j’ai les graines, il va falloir encore les griller avant de pouvoir les consommer. Il y a plein de choses comme ça, plein de subtilités. Je vais manger du poisson dans ces rivières infestées de crocodiles, la problématique que je vais avoir c’est comment faire pour éviter que le crocodile me pique mon poisson en premier.

    C’est embêtant, effectivement. On va voir d’ailleurs un de ces crocodiles. Vous n'avez jamais peur Sarah ? Regardez, c'est quand même terrible.

    Ça, c'est un salty crocodile, c'est un crocodile d’eau salée qui sont mangeurs d'hommes et puis ce sont des prédateurs qui ont beaucoup de patience, ils sont très silencieux. Donc, vous devez faire tout le temps attention.

    Il faut s'en méfier. Et alors, vous dites, tous ces animaux-là sont mes amis en fait. Vous dites, même les fourmis, je m’allonge et les fourmis m’envahissent le corps. J’adore ça.

    C'est fabuleux. C'est-à-dire qu’à un moment donné, quand vous êtes dans un élément naturel, on est sur la Terre, c'est notre mère à tous et à toutes, la Terre, eh bien, il y a une harmonie qui s’installe. Donc, vous perdez votre identité, vous perdez votre corps, vous perdez tout. Il n'y a plus Sarah, là, en Australie, je deviens le tout. Et c’est cette magie-là justement que je souhaite à tout le monde, que j’ai essayé de retranscrire dans ces livres avec des mots très simples. Et justement, des expériences, comme les fourmis quand je fais ma petite sieste sous un arbre, qui me grimpent partout. La nature est autour de moi, la nature est en moi, et c’est vraiment cette magie de pouvoir rencontrer cette harmonie.

    Vous avez une philosophie ou une devise, c'est "Laisse ton âme toucher la Terre et marche".

    Voilà, on est censé faire ça depuis le début et on le fait. Quand on me regarde à l'heure actuelle, on me dit : "Mais tu es un peu bizarre" et en fait non, je suis normale parce que c’est ce qu'on est censé faire.

    Est-ce que vous sentez que la Terre elle vit, vous sentez une chaleur.

    Elle vibre, oui, elle vibre, elle est là, elle est en nous. Et ce qui est magique, c’est qu’avec les années, j’ai compris que la marche était en fait la vitesse parfaite pour nous, les humains. Donc, c’est-à-dire notre capacité de voir, de percevoir les choses parce qu’on perçoit les choses. La vie n'est qu'un détail, ce n’est que quelques pour cent. Le reste, on a tous nos instincts et nos sens qui se déclenchent. Même ici, maintenant.

    Oui. Ça veut dire que vous partez d'un arbre, et vous revenez au même arbre, des années après.

    Oui.

    Vous êtes fidèle finalement.

    Oui, très. L’arbre ne bouge pas beaucoup, c'est assez facile.

    C’est un arbre, vraiment, il y a vraiment un point d’ancrage dans votre vie, cet arbre-là.

    Oui, c’est mon arbre, voilà. C'est un arbre… Ça, c'était l'expédition précédente.

    On va voir des images d’ailleurs. Ça veut dire que ça, c’est au fond un ancrage dans la vie, nécessaire.

    Oui. Alors en fait, pour moi, je dois avoir cette capacité d’adaptation, c'est indispensable, de m’adapter au terrain. Mais aussi de recréer un espèce de cocon peu importe où je suis et de me sentir à la maison. Mais en l’occurrence, lorsque l'arrivée de l'expédition, cette expédition-là qui est sauvage par nature, qui était imposé, on me disait : "On va arriver dans une ville, il y aura de la presse, il y aura les médias", j’ai dit : "Non, non. Je sais exactement où je vais arriver. Je vais arriver vers mon petit arbre que j’avais rencontré 10 ans auparavant".

    Oui, et il est là. Et là on vous voit presque en méditation, quand vous avez retrouvé ce point d’ancrage.

    Oui. Alors, chaque arrivée est très différente, mais il y a quelque chose en commun à chaque arrivée, c'est qu’il y a une joie d’arrivée, il y a… Pendant tout ce mois, et là 3 ans en l'occurrence, il y a eu toutes mes énergies qui sont mises pour arriver. Mais quand j’arrive, il y a une espèce de coup de blues. Il y a un moment de… Et après je fais quoi ? Il y a un moment de lâcher prise et je chiale à chaque fois, je pleure comme une madeleine même si je me suis promis de ne pas pleurer, je pleure. Il y a une espèce de lâcher prise comme ça. Et je réalise que je suis vivante, la plupart du temps.

    Mais c’est quand même difficile, c'est dur. Alors, vous devez prendre 10 kg avant de partir. Il vous faut grossir. Ça, je peux vous donner des conseils. Mais c’est dur.

    Prendre du poids c'est indispensable parce que notre corps est tellement bien fait, notre machine est tellement bien faite, autant le psychique que le corps en lui-même, mais il faut l'aider, il faut lui donner un petit coup de main parce que je porte 32 kg dans le dos. Donc en gros, la balance, elle est simple. C'est-à-dire que je dois faire 2 fois le poids de mon sac pour pouvoir le porter. Donc, je dois faire plus de 60 kg. Donc, dès qu’on frôle les 60 et en dessous, il y a des problèmes à porter ces 32 kg.

    Et jamais peur ? Alors, dans d'autres expéditions vous avez survécu à une avalanche, vous avez failli être abattue par des trafiquants de drogues. Non, mais, la peur, c'est vrai ça.

    Alors, la peur est saine. Il y a la vraie peur et la fausse peur. Il y a la fausse peur, c’est celle qu'on s'autocrée, on marche dans Paris la nuit, il y a une petite ruelle un peu sombre…

    C’est encore plus dangereux peut-être dans Paris, effectivement.

    Donc l'esprit commence à gamberger comme ça, il commence à s’enclencher, et vous raconte des histoires. La vraie peur c’est celle qui prend aux tripes, qui remontent la colonne vertébrale, qui vous chatouille derrière la tête, celle-là, il faut l'écouter, c'est un signal d'alarme.

    Sarah MARQUIS, ça s’appelle "Instincts" au pluriel. 3 mois, seule, en survie dans l’ouest sauvage australien, publié chez Michel Lafon. Merci d’avoir été notre invité Sarah.

    Merci à vous.

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    00:08:21
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