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  • L'invité

    Marie de Hennezel

    Invitée : Marie de Hennezel, psychologue française ; elle a été la confidente de François Mitterrand et l'a accompagné jusqu'à la fin de sa vie.

    Présentation : Patrick Simonin.

    Transcription

    Bonjour Marie DE HENNEZEL.

    Bonjour.

    Pourquoi dites-vous aujourd'hui que François MITTERRAND a changé pour toujours votre vie ?

    Parce qu'il ne m’a fait que du bien. C'est ce que je lui ai dit avant qu’il ne meure, c'est vrai. Il a créé mon poste de psychologue en soin palliatif, il a préfacé mon livre : "La mort intime", c’est grâce à lui que j’ai rencontré mon mari qui était son interprète d'anglais. Donc, ça fait beaucoup de choses qui changent une vie. (...)

    Bonjour Marie DE HENNEZEL.

    Bonjour.

    Pourquoi dites-vous aujourd'hui que François MITTERRAND a changé pour toujours votre vie ?

    Parce qu'il ne m’a fait que du bien. C'est ce que je lui ai dit avant qu’il ne meure, c'est vrai. Il a créé mon poste de psychologue en soin palliatif, il a préfacé mon livre : "La mort intime", c’est grâce à lui que j’ai rencontré mon mari qui était son interprète d'anglais. Donc, ça fait beaucoup de choses qui changent une vie.

    Et au-delà, il y a ce livre que vous publiez aujourd'hui, MITTERRAND qui aurait 100 ans : "Croire aux forces de l'esprit". Évidemment on pense à sa voix, je vous propose de l'écouter.

    "L’an prochain, ce sera mon successeur qui vous exprimera ses vœux. Là où je serai, je l’écouterai le cœur plein de reconnaissance pour le peuple français qui m’aura si longtemps confié son destin et plein d’espoir en vous. Je crois aux forces de l’esprit et je ne vous quitterai pas. "

    Ces mots résonnent encore en vous, j'imagine, aujourd’hui Marie DE HENNEZEL.

    Oui, d’autant plus que je crois que c’est la deuxième fois que nous nous sommes vus. Cette expression, les forces de l'esprit me sont venues au moment où il m'a fait comprendre qu'il avait peu de temps à vivre, et où je lui ai dit que le temps qui lui restait à vivre ne dépendait pas uniquement de la médecine parce que le corps a ses mystères, mais de lui, de son désir de vivre et des forces de l'esprit.

    Vous êtes, j'allais dire, spécialiste du bien-vieillir, de la fin de vie, vous rencontrez François MITTERRAND, c’est le 6 novembre 1984 à l'Élysée, lors d'une remise de décorations et là, il y a quelque chose qui vous dit, on va se revoir.

    Oui, je l'ai perçu dans le contact, le contact de la poignée de main, dans le regard. J'ai senti une très, très grande solitude et j’ai eu envie de lui écrire pour lui dire ce que j'avais senti. Et il m’a répondu dans la foulée qu’il souhaitait me connaître, il m’a dit : "Est-ce possible ? Il vous suffit de me le dire". Et puis, il a rajouté cette phrase : "Le mot correspondance a pour moi tout son sens grâce à vous".

    Il y a une lettre au tout début de ce livre, publié chez Fayard, avec ses mots, son écriture à lui. Il dit : "J'aimerais vous revoir, est-ce possible ?"

    Bien sûr, j'ai immédiatement appelé son secrétariat et nous nous sommes vus la semaine suivante.

    Oui, vous le rencontrez cette fois dans la bibliothèque de l'Élysée, et là, vous échangez. Vous échangez sur la mort, la vie, les philosophes.

    Et on découvre aussi tous ce que nous avions en commun aussi : le Morvan, l'amour des arbres. Je crois qu'il sent aussi tout de suite que je suis une chercheuse spirituelle, je ne suis pas enfermée dans des dogmes. Ça lui plaît énormément parce que c'est ce qui lui convient. J'ai une vision de Dieu qui se rapproche de la sienne, c'est-à-dire qui est beaucoup plus liée à un Dieu cosmique, qui serait dans la nature. Il me dit d'ailleurs : "Je suis un peu druide". Ce qui est une jolie expression et qui traduit très, très bien son rapport au spirituel.

    Il va d'ailleurs poser ses mains sur un menhir, une sorte de pierre magique.

    C’est un menhir, c'est-à-dire que c'est une pierre celte. Comme il y en a à Carnac, ça descend… La chaîne d'Irlande dit-on, descend jusque dans les (inaudible), et j'ai ça dans le terrain qui est en face de ma maison. Et quand je lui ai raconté ça, il m’a dit : "Je viendrai la voir". Il est venu 2 fois et une fois, nous sommes descendus jusqu’à la pierre et effectivement, il a posé ses mains et nous avons médité une dizaine de minutes et c'est là aussi qu'il a évoqué l’endroit où il serait probablement enterré, en me disant que finalement, il ferait le choix de Jarnac parce qu’il voulait être auprès de sa mère.

    En même temps il vous dit : "Il ne faut pas mourir avant de mourir". Il veut vivre, il a un appétit d’ambition, de pouvoir, il est président.

    Quand il a su qu’il était malade, c’était au début de son premier mandat. Et donc, effectivement, il avait toujours rêvé d'être à la tête du pouvoir. C’était, je crois, une ambition importante dans sa vie. Il m'a dit un jour qu’il était mené par cela avec une pointe de nostalgie en me disant : "J’aurais aimé au fond, comme vous, mettre l’amour au centre de ma vie. Mais j’ai été mené par autre chose". Et ça vous tire vers le haut. Il était en fait aspiré par le haut.

    Des échanges incroyables, il y a un échange presque amoureux qui vous lie quelque part Marie DE HENNEZEL.

    Oui, je sais qu’un des journalistes a parlé d'échanges quasi amoureux. Ce n'était pas une liaison amoureuse, ça, c'est clair. Ça a été clair dès le départ. Mais, il y avait de la tendresse, il y avait de l’affection et puis je crois qu’il y avait surtout une relation d’âmes en fait. Nous sentions les choses de la même manière et nous échangions des livres. Il m’a fait d'ailleurs découvrir aussi GIONO, moi je lui ai fait découvrir Maurice ZUNDEL. Il m’a fait découvrir (inaudible), qui est une femme extraordinaire, pour laquelle il avait une admiration folle parce que face à la mort, elle voyait ce qui était beau. Et ça, ça le subjuguait.

    Très malade, vous le voyez, vous lui massez les pieds, vous lui apportez une force de vie.

    Il me le réclamait, effectivement parce qu'il sentait que l'énergie le quittait et il disait qu'effectivement il avait besoin d’un contact physique pour que la vie revienne. Je crois que c'est ce qui l'a rendu le plus triste à la fin. C’était de sentir la vie qui partait de lui.

    Oui, et vous lui dites : "Partez en Égypte, vivez encore, vivez jusqu'au bout". Et puis vous lui dites aussi : "Un jour, demandez qu’on arrête votre traitement et ça ira vite".

    Oui, alors ça, c'est l’expérience que j’avais auprès des mourants dans l’unité de soins palliatifs. L'importance d’être vivant jusqu'au bout, de faire ce qu’on a envie de faire, de faire les derniers rituels. Et puis, quand on a bouclé la boucle et qu’on sent que le moment est venu, effectivement il suffit de se retirer en soi-même, de demander d'arrêter les traitements et la mort vient très vite. Et je crois que c'est ce qui s'est passé.

    Vous vous êtes juste dit au revoir la dernière fois. Qu'est-ce qu'il vous a dit ?

    Alors, il m'a dit, il m’a fait une demande un peu étrange, il m’a demandé de mettre une petite pierre en souvenir de lui, près de la pierre celte… Où il était venu, une petite pierre, j'ai mis une petite pierre blanche que j’appelle la pierre de François MITTERRAND, et il m’a dit : "Une petite pierre en souvenir de moi". C’est-à-dire, effectivement, il m’a demandé s'il serait présent dans ma pensée, dans mon esprit, dans mon cœur, après sa mort. Et je crois que c'était quelque chose qu’il vivait lui-même par rapport à ses morts à lui. Il les gardait dans son cœur et il avait, je crois, un très, très fort désir de vivre au-delà de la mort.

    Et vous diriez aujourd'hui Marie DE HENNEZEL, selon ses propres mots : "Je ne vous quitterai pas, je crois aux forces de l’esprit, de là où je serai". Il est encore là, avec vous par exemple, François MITTERRAND ?

    Oui, je rêve de lui quelque fois. Je le sens présent, comme je sens présent d'ailleurs d'autres personnes qui… Je fais partie des gens qui pensent qu’il y a un lien avec ceux qui sont morts, oui.

    Merci beaucoup Marie DE HENNEZEL, c’est un livre étonnant, une quête spirituelle : Croire aux forces de l’esprit, publié chez Fayard/Versilio et c'est un livre vraiment formidable. MITTERRAND aurait 100 ans. Merci, Marie DE HENNEZEL.

    Merci.

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    00:08:26
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